Editorial par Maurice Ulrich
La grosse gourmette
La belle cagnotte de l’UIMM, dont chacun au MEDEF connaissait inconsciemment l’existence sans vouloir se l’avouer, selon Laurence Parisot, servait, paraît-il, à fluidifier les rapports sociaux. On ne sait ce qu’il en est de la mécanique des fluides chez les députés de la majorité, mais pour eux, en tout cas,
les affinités électives avec les propositions et les demandes du MEDEF semblent couler de source. Affaire
de conviction sans doute. Reste que le lobbying
de ce que l’on appelle les groupes de pression,
du MEDEF aux chambres de commerce à Paris ou
en région, en passant par les grandes fédérations professionnelles, n’a pas les deux pieds dans
le même sabot. Jusqu’à fournir aux députés des amendements clés en main, au cas où ils n’auraient pas bien compris à quel point les intérêts privés se doivent de l’emporter sur l’intérêt général. Ce n’est pas sans résultats. Bien au contraire. Régulièrement le MEDEF publie ce qui a été obtenu dans ces tractations de couloirs, de salons et de restaurants chics, sous la forme d’un tableau de chasse. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il obtient davantage que les salariés et le menu peuple. C’est presque du sur-mesure, du service maison. Un bouclier fiscal ? Pas de problème. Faire sauter les 35 heures ? C’est fait. Assouplir les procédures de licenciement ? C’est en train. Prendre d’assaut les régimes spéciaux avant de repousser d’un an, puis de deux, puis on ne sait de combien l’âge du départ à la retraite ?
On s’y emploie… Mais il y a plus.
C’est fou ce que les lois et les mesures adoptées
par la droite ressemblent au programme du MEDEF pourraient penser un Huron ou un extraterrestre fraîchement débarqué. C’est qu’il leur aurait échappé que la rupture annoncée par Nicolas Sarkozy avait précisément cet objectif-là. Aligner l’ensemble
de la société française sur le modèle ultralibéral. Laurence Parisot, quelques jours à peine après l’élection présidentielle, ne disait pas autre chose :
« Il y a de nombreux tabous qui ont été levés.
Les Français ont cessé de faire l’autruche. Ils ont accepté de regarder les choses en face. Et ceci change tout. » Des tabous levés ? Le chef de l’État semble désormais porter sa fonction comme une grosse gourmette en or. Au point de s’octroyer cette obscène augmentation de salaire de 140 %. Cela vient après
le yacht, le Fouquet’s, les vacances américaines.
Mais s’il gouverne comme un parvenu, ce n’est pas
par une faute de goût. C’est parce que l’affichage de
la richesse, désormais, doit devenir une valeur. En voilà assez de culpabiliser les riches. Oui, cela change tout.
À condition que ça marche. Nicolas Sarkozy s’autolégitime et s’autoproclame dès que se présente
un problème. Il confond le suffrage universel
avec un blanc-seing qui lui autoriserait tout.
Mais il faudrait pour cela que la France n’ait
qu’une tête, la sienne, et Dieu nous en garde.
La démocratie se construit en permanence.
Le chef de l’État, le gouvernement ne sont plus,
s’ils le furent, en état de grâce. Magistrats, avocats, étudiants, fonction publique, enseignants, gaziers et électriciens, agents de la SNCF et des transports publics, salariés du privé frappés par les plans massifs de licenciements que le verbe sarkozyen n’a pas suspendus, ça commence à faire du monde. Sans compter tous ceux qui commencent à comprendre que le paquet fiscal
de juillet pour les privilégiés sera leur ceinture
de demain, un peu avant les municipales et beaucoup après. Chacun pressent que le mois de novembre risque d’être tendu. Ou la France continue sur cette voie,
ou l’intérêt public reprend le dessus et la démocratie
ses droits.
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