« Une avancée importante bien qu’insuffisante »
Laura Martin Gonzales, ex-députée européenne
des Asturies (Gauche unie), fait l’analyse de la portée
du nouveau texte législatif.
Laura Martin Gonzales, qui a siégé également comme députée au Cortès durant la précédente législature, est aujourd’hui ministre du Logement dans le gouvernement des Asturies et tête de liste de la Gauche unie aux prochaines législatives. « Pour la Gauche unie ce texte n’est pas suffisant, mais nous estimons quand même qu’il marque une avancée très importante », estime-t-elle. Et d’expliquer qu’il est très difficile d’aller plus loin aujourd’hui dans le texte de la loi tant sont grandes les pressions exercées sur le gouvernement.
« Il y a une pression terrible, précise-t-elle, venant non seulement de la droite mais aussi des militants socialistes qui ne veulent pas de cette loi. L’ancien premier ministre socialiste, Felipe Gonzales, a dit lui-même qu’elle n’était pas nécessaire, jugeant l’initiative de Zapatero tardive et mesquine ». Mais, rappelle notre interlocutrice, « c’est la droite qui a lancé le débat dans le pays et manifesté son opposition à ce texte, affirmant qu’il s’agissait d’un acte de vengeance et que la gauche cherchait à s’accaparer la République ».
La Gauche unie a proposé de nombreux amendements au texte qui ont été acceptés et ses cinq députés élus aux Cortes vont l’approuver. Plusieurs raisons sont invoquées. « Lors des prochaines élections législatives, explique l’ancienne élue européenne, la droite peut revenir au pouvoir et nous pouvons alors dire au revoir à la loi, et si les socialistes l’emportent, il peut y avoir une pression plus forte des militants socialistes qui s’y opposent, c’est aussi dangereux. Il nous faut saisir cette occasion même si nous ne sommes pas pleinement satisfaits. »
En quoi la loi est-elle insuffisante aux yeux de certaines associations ? « Nous demandions que soit décrétée l’illégalité définitive des procès franquistes. La loi ne les déclare qu’illégitimes ». De ce fait les condamnations prononcées par les tribunaux franquistes ne sont pas annulées ou révisées dans leur ensemble mais pourront l’être au cas par cas. Selon les avocats et les juristes, « il y a reconnaissance des droits des victimes, et la loi une fois votée est un socle pour aller plus loin ».
Laura Martin Gonzales insiste sur l’importance pour les victimes et leurs familles de pouvoir retrouver les restes des morts disparus. Le texte contraint les institutions locales à financer la localisation et l’ouverture des fosses communes. Jusqu’à présent les recherches des corps et leur identification étaient à la seule charge des associations. « Mon grand-père a été assassiné et nous n’avons jamais su où il avait été enterré. Ma grand-mère est morte il y a quelques années sans savoir où était son mari. Et nous sommes des milliers et des milliers à être dans ce cas ».
« Nous devons approuver cette loi, réaffirme-t-elle, parce tous les signes du franquisme vont disparaître des rues ». Plus de trente ans après la mort du Caudillo.
Propos recueillis par Dominique Bari
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