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Tribune libre - Article paru le 20 octobre 2007

L’Humanité des débats

Guy Môquet : faut-il lire sa dernière lettre ?

Table ronde. Floréale Mangin, présidente de l’Union nationale lycéenne, Christine Rondepierre, proviseur du lycée Jean-Moulin du Blanc-Mesnil, Valérie Sultan, prof de lettres et secrétaire académique du SNES de Créteil.

Lire ou ne pas lire ? Shakespearienne, la question tourmente le corps enseignant depuis le 14 juillet.

Recueilli, ce jour-là, devant la cascade du bois de Boulogne pour un hommage à trente-cinq jeunes résistants fusillés par les nazis, Nicolas Sarkozy y entendait, ému, une lycéenne déclamer la lettre de Guy Môquet. Il annonçait dans la foulée que cette même lettre sera lue à tous les lycéens le jour de la rentrée. L’échéance et la forme ont, depuis, été bouleversées. La lecture aura lieu le 22 octobre - c’est-à-dire lundi -, date de l’exécution du jeune résistant. Les établissements pourront choisir la façon dont ils lui rendront hommage. La lettre pourra être lue en cours ou collectivement, par les profs, des résistants ou des déportés. Des personnalités extérieures pourront être invitées avec lesquelles la réflexion pourra s’engager.

Cet assouplissement ne suffit pas à juguler les inquiétudes de la communauté éducative. Exaspérations face à la multiplication d’injonctions parasitaires du travail des enseignants, craintes quant à une manipulation politique de la lettre sortie de son contexte historique, craintes renforcées du fait que cette initiative émane d’un président qui veut, par ailleurs, faire de l’école « le creuset » de « l’identité nationale » (1), peur, au final, d’une manipulation des jeunes et du public. Coincés entre la volonté de ne pas bouder Guy Môquet et le refus de se laisser instrumentaliser, les profs, donc, hésitent sur la stratégie à adopter. À l’appel du SNES et de SUD éducation, beaucoup devraient refuser de prendre part à la lecture. D’autres ont, à l’inverse, opté pour « l’excès de zèle » et la réappropriation du débat. Et les lycéens dans tout cela ? Peu consultés sur le sujet, ils prônent la vigilance quant à l’usage qui sera fait de la lettre. Et d’eux-mêmes.

M.-N. B.

(1) Lettre aux éducateurs,

du 6 septembre 2007.

Floréale, vous avez dix-huit ans, peu ou prou le même âge que Guy Môquet lorsqu’il écrit sa lettre. Quelle appréciation portez-vous quant à la volonté présidentielle d’en faire un modèle pour la jeunesse ?
Floréale Mangin. C’est précisément cette idée qui m’inquiète. On peut difficilement être contre une lecture de la lettre de Guy Môquet. Mais je m’interroge sur la nécessité de décréter une journée de commémoration spécifiquement dédiée à cet écrit. Cette lettre est déjà étudiée au lycée, de même que la Résistance et la Seconde Guerre mondiale. Fort heureusement, ce ne sont plus des sujets tabous. Pourquoi cette cérémonie supplémentaire ? S’il s’agit d’ériger un individu, aussi courageux soit-il, en exemple national pour les jeunes, cela me paraît difficile à accepter et à analyser.

_ Cette commémoration soulève effectivement des interrogations dans l’éducation. Au point que le SNES appelle à ne pas y participer…<_ Valérie Sultan. Bien entendu, nous avons beaucoup discuté avant de prendre cette position. Surtout, celle-ci n’a rien à voir avec une réticence à parler de Guy Môquet ou de la Résistance. Mais plusieurs choses nous choquent. D’abord, le fait qu’une commémoration résolument acritique s’organise sur le seul fait du prince. Le président de la République a décidé, seul, passant outre toutes les instances démocratiques de l’éducation, de se lancer dans cette opération. Or il ne faut pas confondre gouverner et régenter. Il y a quelque chose d’insultant dans le fait de se voir dicter une lecture. Comme si nous ne connaissions pas notre métier. Nous n’avons pas attendu Nicolas Sarkozy pour parler de la Résistance. Par ailleurs, nous redoutons que l’école ne se transforme peu à peu en une sorte de réceptacle d’opérations compassionnelles hétéroclites qui font le plus souvent l’impasse sur la réflexion rationnelle. Or l’histoire, c’est aussi mettre à distance cette émotion pour analyser un événement, fût-il dramatique et terrifiant. Le devoir de mémoire, ce n’est pas l’histoire. Je dirais même qu’il tue l’histoire. Une fois que l’on aura fait cette commémoration, à combien d’autres faudra-t-il que l’on se plie ? L’inspection générale d’histoire - il est fort dommage qu’elle ne soit pas écoutée - dénonce précisément ce zapping commémoratif vécu comme contre-productif.

 

La circulaire qui enjoint cette commémoration pèse également dans le refus d’y prendre part…
Valérie Sultan. Cette circulaire est choquante en plusieurs points. Elle ne dit rien de l’engagement politique de Guy Môquet, peu de son action de résistant. Elle transforme cet hommage au résistant qu’il était en une sorte d’ode à l’obéissance. Un comble quand on pense qu’il s’est battu contre un pouvoir oppresseur et liberticide. Surtout elle reprend, entre autres phrases, celle prononcée par Nicolas Sarkozy lors de son discours à Boulogne, en juillet : « Aimez la France car c’est votre seul pays et que vous n’en avez pas d’autre. » Vous me voyez dire cela devant mes élèves ? Leur expliquer que faire le choix d’être français suppose d’oublier nos autres origines ? Comme si toutes ne pouvaient pas cohabiter ? Je pense que, dans ce cadre, le meilleur hommage à rendre à Guy Môquet est de ne pas lire sa lettre ce lundi.

 

Christine Rondepierre, votre établissement a, à l’inverse, décidé de consacrer toute la journée de lundi à cette commémoration…
Christine Rondepierre. Nous ne voulions pas que cet hommage se résume à une lecture rapide et clandestine de la lettre de Guy Môquet, mais qu’il devienne un objet de culture. Dès la rentrée, nous en avons débattu avec les personnels. Plusieurs écueils étaient redoutés. Celui d’un usage détourné qui pouvait être fait de cette lettre. Celui, aussi, de ne pas réussir à faire que les lycéens s’approprient cette histoire comme la leur et subissent, au bout du compte, cet hommage. De mon côté, je craignais une cérémonie étriquée faute de participants. Mais le débat a soulevé d’autres réflexions. Celles relatives aux discriminations que subissent nos élèves, parce qu’ils sont jeunes, banlieusards ou, pour quelques-uns, sans papiers. Celles relatives au fait, aussi, que nos élèves, comme nous tous, sont parfois les acteurs de ces discriminations. En se bagarrant, en ne se supportant pas les uns les autres, en préjugeant. Nous nous sommes donc interrogés sur ce qui peut faire qu’un individu entre dans l’intelligence du monde. Qu’il dépasse ces mauvais réflexes qui existaient, déjà, il y a soixante ans, et ont permis l’acceptation de l’antisémitisme. La nécessité de rendre hommage à Guy Môquet ce jour-là a fini par faire consensus. Hommage à Guy Môquet, mais également à Jean Moulin, à Lucie Aubrac, à ceux de l’Affiche rouge, à toutes les facettes de la Résistance. À ceux qui résistaient depuis les années trente contre le fascisme, à ceux qui ont pris subitement conscience de la nécessité de le faire. Nous avons décidé d’aborder la question des discriminations persistantes, liées aux origines, au sexe, aux handicaps… Et d’en débattre, avec tous, dans le cadre d’un forum citoyen. Lundi, il n’y aura pas cours. Des résistants viendront, mais aussi des associations, des acteurs d’aujourd’hui. Par exemple Sarah Oussekine, dont le frère, Malik, a été tué il n’y a pas si longtemps (1). Nous nous sommes mis d’accord pour appeler cela : « Résistance aux discriminations, hier et aujourd’hui ».

 

La lettre de Guy Môquet est celle d’un enfant à ses parents, forcément intime, forcément chargée d’émotion. Certains redoutent que celle-ci ne prenne le pas sur la réflexion...

Floréale Mangin. L’usage qui peut être fait de cette lettre me pose effectivement problème. Ce n’est pas une lettre politique. Ce n’est pas une lettre qui parle véritablement de résistance et du pourquoi de l’engagement. Parce que le contexte était celui de la mort imminente d’un jeune homme, il en ressort avant tout de l’émotion. Combiné à la volonté de faire de Guy Môquet un héros national et lycéen, cela me donne l’impression que l’on cherche à nous formater, à nous cadrer. Ce ne serait pas la première fois, d’ailleurs. Quoi qu’il en soit, à l’issue de sa scolarité, un jeune doit être un citoyen doté d’esprit critique. Pas un individu obéissant et patriote. Or je crains cette dérive…

Valérie Sultan. Il existe toute sorte de support pour aborder la Résistance, la lettre de Guy Môquet en fait partie. La question est : pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ? Et l’usage qui est fait de l’émotion à l’école, effectivement, pose question. On use de leur sensibilité pour faire croire aux élèves que c’est par une sorte de bonne volonté individuelle que l’on résout des problèmes majeurs. Prenons un tout autre exemple : celui du handicap. On sait que c’est une question qui nécessite un traitement politique et social. Or on le traite à grand coup de Téléthon ou de Bigarchon. Idem pour l’environnement : on tient aux élèves des discours ultrasimplistes sur la nécessité de trier ses détritus… Mais les enjeux du protocole de Kyoto sont totalement gommés. Chacun est renvoyé à ses bons sentiments et à son action individuelle.

Christine Rondepierre. Guy Môquet a dit : « Mes chers parents, je vous quitte. » Mais il a également écrit : « Vous tous qui restez, soyez dignes de nous qui allons mourir » et « Je veux que ma mort serve à quelque chose. » Ces phrases ont un sens, entre autres celui de l’engagement. J’ai des lycéens qui, à vingt ans, ne sont jamais allés voter. Cette réalité nous a tous interpellés un jour. Ne peut-on pas s’emparer de cet événement pour permettre aux jeunes de s’interroger sur leurs moyens d’actions, individuels et collectifs ? En France, on peut faire partie d’une association à partir de seize ans. N’est-ce pas l’occasion de le rappeler ?

Tous les établissements ne seront pas dans cette dynamique. Un prof de maths, seul face à sa classe, aura-t-il les outils pour exploiter historiquement et sociologiquement cette lettre ?
Valérie Sultan. Demander à chaque prof de stopper son cours pour lire cette lettre m’étonne. Après tout, il y a des gens dont c’est métier et qui savent faire ce décryptage : les profs d’histoire. Par ailleurs, on ne peut pas ne pas voir la manipulation énorme, politique et médiatique, qui est à l’oeuvre. Je rappelle que Xavier Darcos a écrit une lettre à l’ensemble des députés pour leur demander de venir lire le texte de Guy Môquet dans les établissements. On va donc avoir un défilé de politiques… Je suis très sensible au problème de la manipulation des élèves. Le 22 octobre, d’une manière ou d’une autre, il faudra prendre position. Se taire ? Dire aux élèves pourquoi on ne veut pas lire la lettre ? Les rendre témoins des dérives de l’exécutif ? Cela me pose problème de voir le lycée devenir une foire d’empoigne politique. Nous refusons de tomber dans ce panneau. L’école est laïque, les enseignants ont un devoir de neutralité. C’est ce parti-là que nous avons choisi d’adopter lundi.

Floréale Mangin. Je crains effectivement que tous les élèves ne bénéficient pas de manifestations telles qu’il s’en prépare au Blanc-Mesnil. Tous n’auront pas les clés pour décrypter ce qui va se passer ce jour-là. Pour nous, la vigilance doit être de mise, quant à ce que l’on pourra nous imposer comme vision et quant à la manière dont le politique va entrer dans l’école. Au-delà, l’idée même de commémoration nationale dans le lycée m’interroge. Quelle est la part d’apprentissage dans cette opération ? On a le sentiment qu’elle vise la persuasion plutôt qu’une réflexion sur ce qu’est l’engagement. Il faut savoir que cette question n’était initialement pas à l’ordre du jour du dernier conseil national de la vie lycéenne. C’est nous qui avons demandé à en débattre. Nous avons obtenu de Xavier Darcos que les lycéens élus soient invités par leur chef d’établissement à parler de leur engagement dans la démocratie lycéenne. C’est une goutte d’eau. Les établissements où les jeunes pourront s’approprier cette initiative ne seront pas légion. En outre, je préférerais que l’on parle du sens de l’engagement tout au long de l’année. Par l’intermédiaire, par exemple, de l’enseignement civique (ECJS), trop souvent oublié. Ces heures de cours sont pourtant un enjeu pour favoriser le débat entre élèves, les impliquer dans leur apprentissage.

On déplore souvent l’émergence d’une politique spectacle. Ne risque-t-on pas de tomber dans de la commémoration spectacle, malgré, voire grâce aux efforts déployés ?
Christine Rondepierre. Peut-être. Mais on a aussi reproché à l’éducation nationale de sanctuariser l’école, de ne pas l’ouvrir sur l’extérieur. Pourquoi l’école n’aurait-elle pas une expression citoyenne et politique en lien avec des acteurs extérieurs ? Les risques existent, effectivement, d’être manipulé. Mais ne pas permettre à un élève d’accéder à une information, à une réflexion autonome et critique, c’est aussi un risque politique. On ne cesse de dire que les jeunes ne s’intéressent plus à rien, ne savent plus rien, que l’on a du mal à les mobiliser dans les instances délibératives… Il faut être cohérents. Surtout, il ne faut pas avoir peur de la vie et de ses contradictions. Au Blanc-Mesnil, il y aura des associations, il y aura aussi des politiques, entre autres Marie-George Buffet, la députée de notre circonscription… Il me paraît essentiel que les lycéens soient en mesure de réfléchir, y compris à cette initiative ministérielle. Après, ils en jugeront. Au reste, ce n’est pas une occasion « à la place de ». C’est une occasion supplémentaire, que l’on ne peut pas bouder alors que nous sommes face au péril de l’individualisme, du renoncement ou de colères tellement fortes qu’elles ne trouvent d’autres débouchés que la violence. On l’a vécu en 2005…

On l’a dit, cette commémoration se fait sur injonction présidentielle. Dans quelles limites le politique peut-il s’immiscer dans l’école ?
Valérie Sultan. On est effectivement la seule profession à qui l’on explique en permanence ce que l’on doit faire. Jusqu’à quel point va-t-on devoir stopper les cours pour chanter la Marseillaise, dresser le drapeau, lire une lettre ? Quel sens donne-t-on à tout cela ? Par ailleurs, et c’est là un avis personnel, comment entendre cette injonction à célébrer Guy Môquet quand, dans le même temps, Nicolas Sarkozy met à mal les héritages du Conseil national de la Résistance ? Comment entendre ce plébiscite du « vivre ensemble » quand s’organise une société réservant à chacun son petit compartiment social ? Quelque chose ne va pas…

Christine Rondepierre. Les prescriptions politiques sont nombreuses. Un programme, une circulaire, un référentiel de diplôme sont des prescriptions. Le risque de se faire instrumentaliser existe, lui, quel que soit le gouvernement en place. Mais dans le cas présent, notre marge de manoeuvre est large. Le BO du 30 août propose des textes très divers et il en existe encore d’autres. Rien n’oblige à se cantonner à celui de Guy Môquet. Pour notre part, nous passerons des documents sur Joseph Heipstein ou encore Olga Bancic. Nous parlerons de la résistance culturelle, quand, il y a soixante ans, on larguait des armes mais aussi des poèmes. Nous parlerons des tests ADN, des sans-papiers, des camps de Rom en France. Il y aura débat. Nous savons que nous ne partageons pas tous les mêmes points de vue. Mais nous poserons toutes les questions. Nous ne nous sommes rien interdit, tout simplement parce que, dans l’éducation nationale, rien n’est encore interdit.

Floréale Mangin. Après les réactions de la communauté éducative, le gouvernement a effectivement décidé d’ouvrir un peu plus la démarche. Mais, à la base, il s’agit bien d’un ordre. Une annonce, faite sans aucune consultation, ni des lycéens, ni du Conseil supérieur de l’éducation, ni d’aucune autre instance démocratique. Une annonce faite par voie de presse, non par le ministre compétent mais par le président de la République. Il y a là quelque chose d’inquiétant.

N’y a-t-il pas confusion entre le refus de commémorer la mémoire d’un résistant et le rejet d’une politique générale ? Si ce n’était pas Nicolas Sarkozy qui avait lancé l’initiative, la réticence aurait-elle été identique ?
Valérie Sultan. Le climat politique général est évidemment à prendre en compte. Mais ce n’est pas le fond du problème. Qu’un député de gauche vienne dans un établissement ne me convient pas plus. Il faut distinguer très clairement ce que l’on fait devant nos élèves et ce que l’on fait à l’extérieur. En intervenant au métro Guy-Môquet ou à Châteaubriant, un parti comme le PCF est complètement dans son rôle. Mais ce même Parti peut aussi dire : nous faisons confiance aux enseignants du service public pour faire leur travail. Ce n’est pas parce que Sarkozy entre dans une démarche de manipulation des élèves que la gauche doit se laisser prendre, elle aussi, à ce piège et se placer au coeur de ce qui risque d’être une foire d’empoigne politique. Pour notre part, nous tiendrons le même discours quel que soit le député qui se déplacera lundi.

Floréale Mangin. Si un gouvernement de gauche avait pris la même initiative, en usant de la même démarche autoritaire, nous aurions réagi pareillement. Cela dit, je ne peux pas le nier, le fait que cet ordre vienne de Nicolas Sarkozy m’inquiète singulièrement. J’ai le sentiment que l’on est en train de poser des jalons, des cadres, à chaque niveau. On va vers une société de plus en plus autoritaire. Il faut le dénoncer, y compris à l’occasion de cette commémoration.

Le silence, lundi, ne risque-t-il pas d’être à son tour manipulé par ceux qui contestent l’engagement résistant de Guy Môquet et que la lecture de sa lettre dérange ?
Valérie Sultan. Bien évidemment, le piège est là : dans ce choix impossible entre lire et ne pas lire la lettre. Encore une fois, le point de vue de la laïcité nous semble le seul tenable. Quoi qu’il en soit, la question vaut pour d’autres. Pourquoi célébrer Guy Môquet et pas Joseph Heipstein, qui était étranger ? Cette initiative soulève une série d’interrogations, à commencer par celle de savoir qui on décide d’élever en héros de la nation.

D’autres questions affleurent de ce débat. Celle, par exemple, de savoir ce qu’est ou devrait être le rôle de l’école…
Christine Rondepierre. Si la question est de savoir si l’école doit participer au mouvement d’éducation populaire, ma réponse est oui. Elle est un lieu de formation et d’éducation, dotée certes de professionnels et d’experts, mais qui doit s’ouvrir à d’autres. Le monde du travail, salariés comme entrepreneurs, doit plus participer au contenu de l’apprentissage. Les parents d’élèves sont co-éducateurs. Une bénévole de la Ligue des droits de l’homme, un militant du MRAP ou un médecin du Planning familial contribuent tout autant à la formation complète du jeune. Du moment que les choses sont pensées et que l’on dispose de garde-fous, tout cela est une richesse.

Valérie Sultan. Je veux être très claire : les profs ne sont effectivement pas les gardiens du temple et l’école ne leur appartient pas. Elle appartient aussi aux élèves, aux parents, à l’ensemble de la société civile. Ce qui se fait ou pas à l’école, dans les programmes, est le résultat d’un débat démocratique, d’une médiation entre des experts, qui maîtrisent une discipline, et l’extérieur. Pour autant, il faut aussi mesurer le danger d’ouvrir l’école à tout et n’importe quoi. On voit déjà passer toute sorte d’intervenants dans les établissements, sur la délinquance, la maltraitance, la drogue, l’éducation à la parentalité… Je m’interroge quant à la pertinence de ce foisonnement. D’abord, cela fait sauter des cours. Ensuite, on développe un discours qui peut être très méprisant, quand il frôle parfois la morale et le paternalisme.

Floréale Mangin. Je suis profondément d’accord avec l’idée que le lycée n’est pas uniquement un lieu d’études mais aussi un lieu de vie. Je trouve d’ailleurs que nous bénéficions de relativement peu d’interventions extérieures et qu’elles sont généralement positives. Mais encore une fois, ma question est : a-t-on besoin d’attendre une injonction du président de la République pour faire cela ? Dans chaque établissement, il existe un conseil de la vie lycéenne. Utilisons-le. Utilisons les heures d’enseignement civique. Permettons enfin aux élèves d’être acteurs. Faisons en sorte qu’ils ne soient ni des spectateurs systématiques, ni les marionnettes des adultes.

(1) Malik Oussekine a été battu à mort

le 21 décembre 1986 par des « voltigeurs », équipes de policiers en moto.

Elles avaient été mises en place par

Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, pour réprimer les manifestations étudiantes

et lycéennes contre le projet Devaquet.

Entretien réalisé par Marie-Noëlle Bertrand

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Tag(s) : #Politique
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