Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Travailler peut nuire gravement à votre santé

jeudi 11 octobre 2007 / "le Patriote"

Les atteintes à la santé liées au travail sont largement sous-estimées. En France, le travail tue, blesse et rend malade, à raison de deux morts par jour dus à des accidents, de huit morts par jour dus à l’amiante, de deux millions et demi de salariés exposés quotidiennement à des cocktails cancérigènes (1), de millions d’hommes et de femmes constamment poussés aux limites de ce qu’un être humain peut supporter, moralement et physiquement.

L’intensification des tâches, la pression des délais, la précarisation des statuts et la fragmentation des équipes entraînent une forte dégradation des conditions de vie dans l’entreprise. Ainsi, jamais le nombre de salariés exposés aux substances cancérigènes n’a été aussi important. Fragilisées par l’exigence hiérarchique et l’obligation de résultats, certaines personnes en viennent même à se suicider. Après trente ans de stabilité, les cas de maladies professionnelles reconnues et indemnisées sont passés de quatre mille en moyenne dans les années 1980 à quarante mille en 2005. Près de 90 % de l’augmentation est due aux pathologies périarticulaires — ce que, dans d’autres pays, on désigne par « lésions pour efforts répétitifs sous fortes contraintes de temps » — et aux maladies liées à l’amiante. Il est officiellement admis que ces chiffres ne donnent qu’une faible idée de la réalité.

Dans le monde, les accidents et maladies dues au travail tuent quelque deux millions de personnes par an, selon un rapport du BIT (2) de 2003 ; c’est la plus importante insécurité au monde devant les guerres et les accidents de la route. Or, jamais on ne dira des accidents et maladies professionnels mortels que ce sont des homicides dus à des employeurs qui rêvent de transformer leurs entreprises en paradis d’esclavagistes. Et pourtant, « blessures et maladies ne sont pas une fatalité au travail », souligne de la directeur général du BIT, M. Juan Somavia. Il en appelle au développement rapide, au niveau mondial, d’une culture de la sécurité au travail. Il fait remarquer que plus le syndicat est puissant, plus le lieu de travail est sûr. L’implication des travailleurs dans la conception et le fonctionnement de l’appareil productif, jointe à la liberté syndicale, revêt donc une importance particulière dans la sécurité au travail.

Les produits toxiques : une vraie bombe à retardement !

On trouve plus de quatorze produits cancérogènes dans le chariot d’une femme de ménage travaillant au nettoyage des bureaux.

De plus en plus de victimes de l’amiante, des pesticides, des vapeurs d’éther de glycol utilisés comme solvants dans les peintures industrielles se retrouvent devant les tribunaux pour demander des indemnisations. Personne ne peut plus nier les dangers mortels du travail, aussi la nouvelle stratégie des entreprises est la précarisation des risques : une spécialité, par exemple, d’EDF qui fait travailler à l’intérieur de ses centrales nucléaires plus de 30.000 intérimaires, appelés « steaks à rems » (unité de mesure radioactive). Principalement menacés, ils encaissent 80 % des radiations reçues par les travailleurs de l’atome. Isolés, le travailleur précaire garantit une invisibilité avec, en prime, en cas de pépin, le moyen de s’abriter derrière le « faux nez » de la sous-traitance. La France détient le record européen d’inégalité masculine devant le cancer avant 65 ans : un ouvrier a quatre fois plus de risques de mourir de cette maladie entre 45 et 54 ans qu’un cadre supérieur. Pourtant, un professeur d’épidémiologie de renommée mondiale, Richard Doll, et, avec lui de nombreux scientifiques du monde entier ont réussi à épargner aux industriels de l’amiante, de la chimie et du nucléaire d’être reconnus responsables, en affirmant que les seules causes du cancer sont le tabac, l’alcool et certains comportements alimentaires.

Insuffisance de prévention

Et pour surveiller la santé des salariés, il reste la Médecine du travail. Mais cette médecine préventive, méprisée parfois, n’est malheureusement pas un service public et reste dépendante des patrons. Que les médecins du travail, qui ont un minimum d’éthique médicale, ne s’avisent pas de s’intéresser aux mauvais traitements subis par les salariés. Ils seront priés de regarder ailleurs. En témoigne le conflit entre le DRH du site d’IBM La Gaude et le médecin du travail attaché au site, révélé dans nos colonnes (« le Patriote » du 7 septembre). Le contrat de travail est en ce sens pleinement un contrat de sang, et se caractérise bien par un « lien de subordination ».

Emmanuelle. Gaziello.

• « On préfère crever au boulot sans dire que c’est le boulot qui nous tue. » Carnets d’un inspecteur du travail. G. Filoche. 2005.

——— (1) Données officielles de l’assurance-maladie et du ministère du Travail. (2) BIT : Bureau international du travail ; l’Organisation internationale du travail (OIT) est l’agence tripartite de l’ONU qui rassemble gouvernements, employeurs et travailleurs de ses Etats membres dans une action commune pour promouvoir le travail décent à travers le monde.

Encadré

Pour mesurer la dimension de ces drames, voici les chiffres que l’on trouve sur le site de la Caisse nationale d’assurance maladie pour l’année 2004 :

— accidents du travail : 576 décès ;

— accidents de trajet : 490 décès ;

— maladies professionnelle : 521 décès.

http://www.le-patriote.info

Publicité
Tag(s) : #Société
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :