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International - Article paru le 8 octobre 2007

histoire

Une célébration boomerang

Maintenant que nous sommes libérés du -communisme, célébrons le Che ! La célébration - médiatico-commerciale bat son plein. Le sujet est vendeur. C’est que le 9 octobre 1967, à 13 h 10, était exécuté à l’école du petit village bolivien de La Higuera, Ernesto Guevara, mort sans doute au moment nécessaire pour - devenir un mythe. Si Guevara est décédé, le Che,

en Amérique latine, n’a jamais cessé de vivre, nourrissant

les réalités et les luttes ; ailleurs dans le monde, il « revient » - régulièrement : Che « icône », Che « l’anti-Fidel », Che

« victime de Fidel », Che « rêveur vaincu », et maintenant Che « brute épaisse ». À chaque anniversaire, l’entreprise d’escamotage, ou de - révision, de l’image et de la pensée

du Che se poursuit, mais se renouvelle péniblement et - n’affaiblit pas le mythe. On comprend mal un tel acharnement - médiatique si on ne le ramène pas aux enjeux actuels :

la transformation sociale est-elle possible ? Lorsque je - demande à mes étudiants ce que représente à leurs yeux

le Che, ils répondent : « la révolution », « la liberté ».

Très peu savent qu’il était communiste. Cela devient presque politiquement incorrect de le préciser. Che serait

un rebelle sympathique, mais sans cause. - Rebelle

quand même, rebelle, et c’est ce que la bien-pensance de droite et de gauche ne supporte pas.

En ce quarantième anniversaire de son exécution, - demandons-nous pourquoi le symbole demeure si fort,

si universel, malgré l’air « libéral » du temps, malgré

le - reflux et la stigmatisation du communisme… Quelle est

la fonction politique de cette - effigie si marchandisée ?

Au-delà de la récupération - marketing, elle reste un signe

de subversion de l’ordre - établi, un signe dans lequel se - reconnaissent des millions d’hommes. Guevara est dangereux par ce qu’il incarne : la révolte à l’état pur, le rejet

du capitalisme avec une intransigeance absolue, une pensée réaliste et prophétique à la fois, une conception extraordinairement éthique du pouvoir, une exigence éthique

transformée en norme de vie, la politique aux mains propres, etc.

Les armes les plus actuelles, les plus utiles du Che, sont intellectuelles, politiques. Ses Notes critiques à l’économie politique, écrites en 1966, enfin publiées à Cuba en 2006, après de trop longues années d’embargo, confirment

la recherche guévarienne d’un « modèle alternatif »

au soviétisme, à propos duquel il fait preuve d’une analyse critique et d’une clairvoyance surprenantes pour l’époque ; cependant, la critique porte essentiellement sur l’évolution marchande du système et sous-estime ses carences démocratiques. Le Che a toutefois l’intuition que l’URSS « retourne au capitalisme », que le socialisme n’est pas ce que vit l’Union soviétique. Pour Guevara, le changement économique ne suffit pas s’il ne s’accompagne pas de profondes mutations culturelles, morales…

Il était difficile à Fidel Castro, pour des raisons géostratégiques, d’exprimer semi-publiquement les mêmes critiques. Mais rien sur le fond ne fonde la - légende noire, « la rupture », le « Che sacrifié », etc. À la tribune de l’ONU, le Che avait annoncé qu’il quitterait Cuba une fois la révolution consolidée. À ce jour, pas une archive - n’accrédite des divergences sérieuses entre les deux hommes, seulement une littérature de « repentis », et une lecture occidentale, - réductrice, de la révolution cubaine. Alors même que le Che est déjà en Bolivie, quatre - éditoriaux du journal Granma (« La lutte contre le bureaucratisme, tâche décisive »), de mars 1967, reprennent ses idées. On peut y lire : « La bureaucratie tend à agir comme une nouvelle classe. » Les différentes résolutions

de l’Organisation latino-américaine de solidarité,

son discours de clôture par Fidel, le 10 août 1967, et les textes de la conférence tricontinentale, réunie à La Havane en janvier 1966, attestent d’une identification avérée entre le Che et Fidel, d’une pensée - révolutionnaire autochtone, très internationaliste et anti-impérialiste, priorisant la lutte armée, le socialisme dans le tiers-monde, la révolution

en Amérique latine, la nécessité de desserrer l’étau autour du Vietnam et de Cuba, en ouvrant d’autres fronts, etc.

Ces concepts fidélistes et guévaristes, ces - approches communes, ne peuvent être dissociés du - développement même de la révolution cubaine, non conforme à la « vulgate - soviétique », souligne le Che. Une profonde communion politique et intellectuelle unit les deux leaders. Lorsque

le Che meurt en Bolivie, le 9 octobre 1967, il porte le projet révolutionnaire qui inspirait majoritairement la direction cubaine en ces années soixante.

Jean Ortiz a coordonné l’ouvrage Che, plus que jamais, Éditions Atlantica, septembre 2007.

Par Jean Ortiz, universitaire.

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Tag(s) : #Histoire
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