Editorial par Michel Guilloux
ADN et amiante
« Ridicule ». Ainsi le premier ministre
a-t-il qualifié samedi ceux qu’inquiète le projet de loi sur l’immigration, en particulier l’amendement de la honte sur les tests ADN. Ridicules Danièle Mitterrand et Dominique de Villepin, Raymond Aubrac et Aimé Césaire, Lilian Thuram et Bernard Thibault ? Ridicules les partis de gauche et le Comité consultatif national d’éthique ? Ridicules Emmaüs et France Terre d’asile ? Ridicules la Fédération des protestants de France et la LICRA ?…
L’emploi d’un mot aussi connoté que celui de « détail », dans la même phrase de son discours prononcé à la Mutualité, en dit long sur les arrière-pensées politiciennes qui nourrissent le fond de loi actuellement en débat. Comme son nom l’indique, l’amendement ADN n’est qu’une composante de la loi mais il l’éclaire crûment. À moins de considérer l’épiscopat lui aussi comme « ridicule », l’avis exprimé par les évêques de France relève tout ce qui ne va pas dans la philosophie générale d’un gouvernement qui préfère se livrer à la chasse aux immigrés et surtout ne rien changer au sort des pays africains.
Provocation verbale ou rodomontade face aux lézardes, jusque dans son propre camp, nées du choc entre la mise en oeuvre de sa politique et sa réception par le pays, on ne choisira pas. On doute que l’écart de langage, comme la loi sur l’immigration au fond, ne serve à autre chose que cultiver par la division l’électorat populaire qui a permis la victoire de l’actuel chef de l’État. Que le chef adjoint de la majorité présidentielle soit obligé de pratiquer aussi vite pareille surenchère verbale pour détourner le débat public n’est pas nécessairement signe de force. L’autre aspect de la période est qu’elle prête au doute quant au second point central du discours présidentiel, le « travailler plus pour gagner plus » qui vise tout autant les catégories populaires. François Fillon s’était déjà distingué par l’usage du mot « faillite » appliqué à un pays comme la France. C’était pour faire oublier le cadeau fiscal de 15 milliards aux plus riches de ce pays cet été et continuer à marche forcée dans la casse sociale. En regard de cette réalité bien tangible pour les millions de salariés comme des plus démunis, la réception de la loi sur les heures supplémentaires, utilisée comme argument pour ne pas revaloriser le SMIC au 1er juillet, ne paraît guère de nature à regonfler un pouvoir d’achat étranglé. Les réactions patronales ne laissent aucune illusion à ce sujet. De même, le télescopage entre la volonté de « dépénaliser » le droit des affaires et la révélation de dizaines de millions d’euros changeant de mains à EADS ne laisse guère indifférent. Alors, allumons des pare-feu médiatiques…
Autre point de « contact » social, l’absence de prise en compte jusqu’à présent de la santé au travail dans les préoccupations du Grenelle de l’environnement, comme du peu de résultats concrets des conférences sur les conditions de travail. Pourquoi le MEDEF se hâterait-il d’aboutir, d’ailleurs, quand il dispose d’un gouvernement qui entend l’aider à museler, de fait, la voix des syndicats et donc des salariés ? Plus de deux millions d’entre eux sont exposés à des substances cancérigènes. Plus de cent mille sont morts ou vont mourir de l’exposition à l’amiante. L’initiative lancée en Seine-Saint-Denis a valeur d’exemple national à méditer, pour le travail réalisé en commun par des élus, des scientifiques et des responsables syndicaux. La révélation à laquelle il aboutit sur l’ampleur des dangers encourus au quotidien ne peut que conforter toutes celles et ceux qui se retrouveront samedi dans la rue avec les associations de victimes du travail et de l’amiante. Ensemble.
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