Ces Espagnols des Glières
Le Roman des Glières. La résistance
des républicains espagnols
au plateau des Glières,
par Véronique Olivares Salou
et Michel Reynaud. Éditions Tirésias, 2007, 16 euros.
Si l’on commence à connaître la résistance
des guérilleros espagnols dans le grand sud
de la France, on ignore quasiment l’épopée
des combattants espagnols dans d’autres régions. C’est le cas des guérilleros républicains
sur le plateau des Glières, aux côtés
des maquisards français. Il manquait un ouvrage
sur cette composante de choc, ô combien déterminée et lucide. Le Roman des Glières, de Véronique Olivares Salou et Michel Reynaud, comble cette lacune.
En Haute-Savoie comme ailleurs, la résistance des « rouges » espagnols est issue de leur regroupement répressif en Compagnies de travailleurs étrangers, au service de Vichy et de l’Allemagne. Très vite, ils s’y réorganisent politiquement, surtout les communistes et l’Union nationale. Dès la fin de 1942, Miguel Vera, un militant d’exception, qui deviendra commandant, prend le maquis avec quelques hommes. En avril 1943 naît au mont Veyrier le premier maquis composé uniquement d’Espagnols, dans une région où la population, pieuse, se méfie de ces « bouffeurs de curés ». Rapidement, la Résistance française de Haute-Savoie (AS, FTP, Combat) apprécie le courage de ces Espagnols antifascistes.
Lorsque le débarquement se précise, il faut trouver un endroit propice aux nécessaires parachutages d’armes. Des dissensions opposent les partisans d’un « réduit alpin » et ceux, comme les Espagnols,
qui prônent la mobilité des maquis et des groupes réduits. Le 31 janvier 1944 l’ordre est donné
de monter au plateau des Glières. Aux côtés
du lieutenant Tom Morel, les Espagnols vont y créer les sections Ebro et Renfort de Ebro.
Le 17 mars, le pilonnage allemand commence.
Le 26 mars, la 157e division allemande, qui encerclait le plateau, passe à l’attaque, inégale, très meurtrière. Plus de cinquante Espagnols (les derniers à quitter
le plateau) tombent. Arrêté à plusieurs reprises, torturé, le commandant Miguel Vera échappe
à ses bourreaux. Après la Libération,
refusant d’aller combattre en Indochine,
il deviendra… vendeur de glaces. Un héros,
parmi des centaines d’autres, enfin sorti de l’oubli.
Jean Ortiz, universitaire
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