Le front anti-franchises s’élargit
Contre l’instauration de franchises médicales, chaque jour ou presque apporte désormais son lot de prises de position (voir ci-dessous), et l’agenda de la riposte à ce nouveau coup contre l’assurance maladie solidaire s’étoffe. Première date inscrite sur ce calendrier : samedi 29 septembre, journée de sensibilisation de la population, à l’appel d’un collectif d’une cinquantaine d’organisations (voir l’Humanité du 24 septembre). Elle prendra la forme de réunions publiques, de rassemblements dans une cinquantaine de grandes villes, dont Lille, Rouen, Strasbourg, Toulouse, Marseille, Bordeaux, Nice, Grenoble, Le Havre ou Grenoble. À Paris, rendez-vous est donné au gymnase Japy à 14 heures, pour « quatre heures de débat et de mobilisation ». Comme l’ont souligné hier, lors d’une conférence de presse à Paris, plusieurs représentants du collectif, il s’agira du « point de départ » d’une action appelée à gagner en ampleur d’ici à l’ouverture du débat parlementaire sur le budget de la Sécu, à la fin d’octobre. Un deuxième rendez-vous est d’ores et déjà fixé : le 13 octobre aura lieu dans la capitale une manifestation nationale pour le droit à la santé, le refus des franchises et la reconnaissance de la pénibilité dans le travail, à l’appel de la FNATH et de l’Andeva, avec le soutien de la CGT et de la FSU. Le collectif constitué pour la mobilisation du 29 septembre a décidé hier de contribuer à la réussite de cette manif.
L’obstination du gouvernement à vouloir appliquer les franchises dès le 1er janvier prochain, comme il l’a annoncé lundi dans le projet de budget 2008 de la Sécu, malgré la montée des critiques, ne désarme pas les opposants. « Ces franchises feront payer en premier lieu les patients les plus malades. C’est injuste socialement, médicalement dangereux car ça va reculer leur accès aux soins, et économiquement inefficace comme l’a été le forfait de 1 euro sur les consultations », a expliqué hier devant la presse le médecin Christian Lehman, initiateur d’une pétition sur le sujet signée par près de 56 000 personnes. S’exprimant au nom des associations de malades présentes dans le collectif organisateur du 29 septembre, le président d’Act Up a dénoncé l’idée de « responsabilisation » des assurés sociaux avancée par le gouvernement pour justifier les nouvelles taxes. Les personnes atteintes de maladies chroniques n’ont « pas fait le choix d’être malades ». « Leur seule responsabilité est de se soigner correctement. » Ajouter de nouvelles difficultés financières pour des malades souvent en situation de précarité économique ne pourra qu’accentuer la « tendance à retarder l’accès aux soins ». Sans, pour autant, que la Sécu soit assurée de faire « des économies », renchérit Bernard Teper, coordonnateur du collectif : « Il y a une sorte de dogmatisme consistant à croire qu’avec les franchises on diminue le déficit. En réalité, à moyen terme ça créera un déficit supplémentaire », dit-il, en observant, comparaisons internationales à l’appui, que plus les systèmes d’assurance santé sont privés, plus ils sont dépensiers.
Ainsi, comme l’ont souligné plusieurs porte-parole d’associations et de syndicats, l’enjeu de la mobilisation engagée est bien de donner un « coup d’arrêt » à l’entreprise - désormais défendue sans complexe par Nicolas Sarkozy - de privatisation progressive de l’assurance maladie.
Yves Housson
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