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International - Article paru le 21 septembre 2007 dans l'Humanité

 

Paris sur le sentier de la guerre de Bush

Diplomatie . La France, qui s’était opposée à la guerre en Irak en 2003, relaie aujourd’hui les menaces américaines contre l’Iran. Le monde s’inquiète de la rupture militariste et atlantiste impulsée par Nicolas Sarkozy.

Le nouveau cours de la diplomatie de la France constitue incontestablement une rupture avec la politique suivie, avec plus ou moins de constance, par toutes les équipes qui se sont succédé au pouvoir. Jusqu’à ces derniers mois, un certain consensus hérité du gaullisme transcendait les majorités, depuis que la France a quitté l’OTAN en 1966. Paris marquait sa volonté de faire entendre sa voix propre dans un monde divisé en deux blocs opposés engagés dans la fuite en avant du surarmement. Si, depuis, le monde est devenu unipolaire, il n’en est pas moins dangereux.

Les années 1960 et 1970 saignèrent de la guerre du Vietnam, le début du XXIe siècle est marqué par le désastre irakien. En 2003, la France exprimait son refus de la catastrophe annoncée,s’opposait à George Bush au Conseil de sécurité de l’ONU. Une position courageuse, soutenue dans le monde entier. La suite des événements a montré de quel côté était la clairvoyance. Aujourd’hui, c’est de Paris que partent les premières salves d’une possible campagne de bombardements contre l’Iran. Le peuple américain désavoue George Bush,le nouveau premier ministre britannique prend ses distances avec le suivisme de Tony Blair, et voilà que le maître finissant de la Maison-Blanche trouve de nouveaux porte-parole, ou plutôt de nouveaux porte-flingue en la personne de Nicolas Sarkozy et celle de Bernard Kouchner. Dans le même mouvement dérivant, la droite se prépare à faire réintégrer la France dans toutes les instances de l’OTAN, à faire de notre pays une nouvelle province de l’Empire.

En ce 21 septembre, Journée internationale de la paix, c’est un appel solennel que l’Humanité lance conjointement avec

le Mouvement de la paix à l’opinion publique pour dire « non » au militarisme et à l’atlantisme. Avec la même force et les mêmes ambitions qu’en 2003.

Jean-Paul Piérot

« Personne ne peut affirmer aujourd’hui que le chemin de la guerre (…) pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Une telle intervention pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d’injustice, aggraverait les tensions et risquerait d’ouvrir la voie à d’autres conflits. » En refusant l’option militaire contre l’Irak, le 14 février 2003, la France, par la voix de Dominique de Villepin, se faisait l’écho d’un monde qui refusait massivement la croisade décrétée par les États-Unis au nom de la destruction d’un arsenal nucléaire qui s’est avéré, par la suite, inexistant. Presque cinq ans plus tard, la « rupture » est passée par là, et les déclarations, hier, d’un autre protagoniste de l’époque, sont venues le rappeler cruellement.

« ne pas se laisser emporter »

Ancien chef des inspecteurs nucléaires de l’ONU, Hans Blix, qui avait plaidé jusqu’au bout en 2003 pour la poursuite des inspections, a exhorté Paris et Washington à modérer leurs propos sur le nucléaire iranien. « Je pense qu’on doit être plus prudent dans le langage que ce qui a été le cas aux États-Unis et à Paris », a-t-il affirmé. Visés : les récents propos de Bernard Kouchner, qui a assuré dimanche que le monde devait se « préparer au pire », c’est-à-dire à la perspective d’une « guerre » avec l’Iran. Le ministre des Affaires étrangères, actuellement en visite officielle aux États-Unis, a eu beau se dire, depuis, partisan de la recherche « jusqu’au bout » d’une solution négociée, promettre de se rendre à Téhéran, se décrire comme « un va-t-en-paix » et crier à la manipulation de la presse, ses déclarations, si elles lui ont valu les félicitations de Washington, ont déclenché une avalanche de protestations. C’est que cette escalade verbale concertée entre Paris et Washington nourrit de graves inquiétudes, alors même que les tensions au Proche-Orient se font chaque jour plus fortes, alimentées par le chaos irakien, par celui qui règne dans les territoires occupés ou encore par la fragilité de la situation au Liban et en Syrie. « Par principe, toutes les questions en suspens, où qu’elles se situent, doivent être résolues par le dialogue, de manière pacifique », a répété, mardi, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. « Nous avons affaire à un dossier très lié à la paix, à la sécurité et à la stabilité régionale au Proche-Orient et c’est pourquoi je demanderai à tout le monde de ne pas se laisser emporter jusqu’à ce que nous soyons parvenus au bout de la procédure » de vérification, a également tancé depuis Vienne Mohammed El Baradei, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, en rappelant que les dernières inspections n’ont pas mis à jour, « en ce moment, de danger clair ».

Au niveau de l’Union européenne, réactions gênées, silence ou soutien au travail de l’AIEA ont répondu au discours de la France. La Russie et la Chine se sont elles aussi élevées contre la perspective d’une intervention militaire. De même au plan intérieur cet alignement brutal sur Washington, les déclarations françaises jouant même, ici, le rôle de ballon d’essai au service de l’administration Bush, est loin de faire l’unanimité. L’opposition a unanimement condamné ce virage à 180 degrés de la politique étrangère de la France, critiqué par certains jusque dans les rangs de la majorité. Bernard Kouchner devra d’ailleurs s’expliquer, le 2 octobre, devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Cette levée de boucliers, pour l’heure, semble inciter l’Élysée à davantage de prudence verbale.

« mesures additionnelles »

Officiellement, a précisé hier le porte-parole de la présidence, David Martinon, la France entend convaincre ses partenaires européens de l’utilité de « mesures additionnelles » contre l’Iran, en dehors du cadre de l’ONU. Celles-ci, destinées à contourner les blocages au sein du Conseil de sécurité sur le renforcement des sanctions envers Téhéran, pourraient, a-

t-il affirmé, consister en des « recommandations » adressées par chaque pays aux entreprises pour les dissuader d’investir ou de se porter candidates pour des marchés en Iran. Pour le reste, le président de la République s’exprimera sur la crise iranienne lors de son intervention, mardi prochain, devant l’Assemblée générale de l’ONU. Un discours qui devrait prendre la forme, a confié sans rire son porte-parole, d’un plaidoyer en faveur du « multilatéralisme ».

Rosa Moussaoui

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Tag(s) : #Relations internationales
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