Au MEDEF, l’appétit vient en mangeant
Dans son discours au Sénat, hier après-midi (lire aussi page 2), le chef de l’État a repris, au mot près, de nombreuses revendications portées par le patronat ces dernières années : dépolitisation de la fixation du niveau du SMIC par la mise en place d’une commission « indépendante », « rupture négociée » des contrats de travail sur le modèle de la « séparabilité » vantée par Laurence Parisot, développement des « négociations d’entreprise ou de branche » pour démanteler plus encore la réglementation sur le temps de travail, pressions accrues sur les chômeurs, sommés, sous peine de suppression des allocations, de prendre les emplois disponibles, etc.
Démanteler
le modèle social
Après les premières fusées lancées, fin août, par Nicolas Sarkozy lors de l’université d’été du MEDEF (avec, en particulier, ses annonces contre la « pénalisation du droit des affaires », autre sujet de mobilisation traditionnelle dans les rangs de l’organisation), Laurence Parisot, la patronne des patrons, a choisi, hier matin, à l’occasion de son point presse mensuel, de prendre un peu d’avance, afin de pousser
les feux du démantèlement
du modèle social français : le
MEDEF veut profiter du rendez-vous d’ajustement du régime général des retraites, fixé en 2008 par la loi Fillon, pour obtenir non pas « une réforme pour quatre ou cinq ans » mais une « réforme profonde et durable ».
« Nous sommes face à des déséquilibres structurels, argue Laurence Parisot. Il y avait quatre cotisants pour un retraité dans les années soixante, deux pour un dans les années quatre-vingt et, selon les projections, il y aura moins d’un cotisant par retraité vers 2020. » Comme, pour le MEDEF, il est hors de question de revoir l’assiette de cotisation et que toute « augmentation du niveau des prélèvements » demeure absolument inconcevable, Laurence Parisot réitère sa proposition de « repousser l’âge légal » de départ à la retraite (lors de l’université d’été du patronat, elle avait suggéré de passer à soixante et un ans en 2012 et à soixante-deux ans en 2020). Mais la présidente du MEDEF propose d’« aller plus loin dans la refonte du système » en mettant en oeuvre pour le régime général un système similaire aux régimes de retraite complémentaire Arrco (salariés du privé) et Agirc (cadres) : un « régime par points », ce qui reviendrait, assure-t-elle, à « remplacer un régime à prestation définie par un régime à cotisation définie ». Tout bénef pour le capital et double arnaque en perspective pour les salariés : une « refonte » dans cette voie ferait augmenter le prix d’achat du point, condamnerait les actifs à en acquérir moins et, du coup, à engranger moins de droits à la retraite, tout en préservant les entreprises de toute augmentation des cotisations…
Parisot fustige philippe seguin
Dans une veine assez proche, celle de la défense des « acquis sociaux » des patrons des grandes entreprises sur l’air du « Circulez, y a rien à voir », Laurence Parisot a fustigé Philippe Séguin, le président de la Cour des comptes, qui s’était contenté la semaine dernière d’observer que la Sécurité sociale a enregistré en 2005 une perte de recettes de 3 milliards d’euros en raison de l’exonération de cotisations sociales des stock-options. « La Cour des comptes n’est pas dans son rôle », considère-t-elle, quand l’institution préconise de faire cotiser sur les stock-options pour réduire le déficit de la Sécurité sociale.
Thomas Lemahieu
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