Sarkozy dévoile sa stratégie antisociale
Chaude journée aujourd’hui pour l’avenir du système social français. Une journée au cours de laquelle Nicolas Sarkozy tiendra une fois encore la vedette, mais, fait nouveau, sans la monopoliser… Il doit préciser devant l’Association des journalistes de l’information sociale « l’ensemble de la stratégie sociale du gouvernement » dans un discours fixant « le cadre, les objectifs, le calendrier et la méthode, notamment de la réforme des régimes spéciaux ». Au-delà, le président se prononcerait sur la protection sociale, la fusion de l’ANPE et l’UNEDIC, le pouvoir d’achat, la formation professionnelle et la représentativité syndicale. Le lendemain, dans un discours non moins attendu, il traitera de l’avenir de la fonction publique. Le tout, dixit Sarkozy lui-même, avec le souci « d’éviter les humiliations » et de « faire comprendre sa détermination ». Bref, comment trouver la bonne méthode pour faire avaler une série de pilules amères… Cela, à un moment où des obstacles commencent à se dresser sur son chemin. La riposte aux mesures antisociales déjà prises (paquet fiscal, privatisation de GDF, etc.) et à celles qui se profilent (comme les franchises médicales) s’organise. Répondant à une demande croissante dont la Fête de l’Humanité a témoigné et qu’expriment, ci-dessous, les acteurs du mouvement social que nous avons interrogés, la gauche se met à son tour en ordre de bataille : pour la première fois depuis la présidentielle, les quatre principales formations de gauche, PS, PCF, Verts, LCR, se réunissent pour mettre au point une « riposte » commune à la politique sarkozyste.
Y. H.
« Ne pas baisser les bras »
Christian Dufraisse,
syndicaliste CGT à la SNCF à Tours.
« Attaque contre les régimes spéciaux de retraite - qui prépare de nouvelles régressions pour tous comme l’allongement à quarante-deux ans de la durée de cotisation -, attaque contre le fret SNCF… Il est possible de s’opposer à cette offensive. Cela implique de ne pas miser sur la seule mobilisation des salariés directement concernés. Sur le fret, l’action syndicale a permis d’élargir la contestation de la fermeture de 262 gares. Des élus de gauche comme de droite réclament un moratoire. Les associations qui participent au Grenelle de l’environnement le revendiquent également. Élargir la mobilisation, mener le débat avec l’ensemble des citoyens peut permettre de renverser le rapport de force. Aujourd’hui, si, selon les sondages, 70 % des Français sont favorables à la suppression des régimes spéciaux, il ne faut pas pour autant baisser les bras. Souvenons-nous du CPE ou de la constitution européenne, la défaite du gouvernement et la victoire du "non" n’étaient pas acquises d’avance. »
« J’attends de la gauche une riposte très forte »
Didier Menard,
médecin généraliste en Seine-Saint-Denis,
président du Syndicat de la médecine générale.
« J’attends que le mouvement social soit plus pédagogue. On a à faire à des politiciens compétents dans la communication, une communication qui trompe, on le sait, mais assez bien faite pour que ça ne se voie pas trop. Avec les franchises médicales, il ne s’agit pas simplement de retrouver un peu d’argent pour financer les soins des malades d’Alzheimer : c’est la continuité d’un processus de transformation de la protection sociale maladie pour pousser vers une privatisation progressive du système. Il revient au mouvement social de bien expliquer ce mécanisme-là. Il faut interroger les syndicats représentés dans la Sécu : vont-ils accompagner la destruction de l’assurance maladie ? Notre responsabilité à tous est de protéger les citoyens de ce mauvais coup. J’attends de la gauche une riposte très forte. Je suis persuadé qu’on peut faire reculer la droite là-dessus. Il est indispensable de lancer un mouvement populaire par des actions partout comme nous essayons de le faire le 29 septembre (voir encadré). Enfin, il faut qu’on soit en capacité de faire des propositions alternatives. »
« Pour une unité idéologique »
Marie Buisson,
professeure de français et d’histoire-géographie
au lycée professionnel Jean-Monnet de Montrouge, syndiquée à l’UNSEN CGT.
« Nicolas Sarkozy nous donne des leçons de pédagogie, nous dit comment faire ceci ou cela. Mais toutes les mesures prises dans le même temps impliquent une dégradation de l’enseignement. La plus marquante est sans nul doute la suppression des 11 200 postes dans l’éducation. Les moyens ne sont pas une fin en soi, mais aujourd’hui on ne peut plus fonctionner. Les effectifs des classes augmentent, certaines sont supprimées. Et il y a tout ce qui ne se voit pas. La formation des enseignants, par exemple, ou le faible pouvoir d’achat des jeunes profs qui pousse aux heures supplémentaires. Ce n’est pas correct de demander à un enseignant de passer huit heures par jour face aux élèves, ni pour lui, ni pour eux.
Face à cela, j’attends de la gauche qu’elle montre une unité idéologique. Pas une unité consensuelle, mais portant sur des idées fortes. Qu’elle dise haut et fort que ce qui compte pour la réussite des élèves, ce n’est ni l’autorité ni le Karcher.
Nous ne sommes pas des fainéants. Notre métier n’est pas non plus un sacerdoce. Nous sommes des salariés et nous voulons travailler correctement dans des conditions correctes. »
« Que la gauche s’unisse contre toutes les inégalités »
Vincent Duze,
secrétaire CGT du CE Peugeot Mulhouse.
« L’objectif de Sarkozy et du MEDEF, c’est de détruire les acquis sociaux. Mais le maintien du CDI n’est pas négociable. Quand on voit la souffrance psychologique occasionnée par les restructurations avec des personnes qui se retrouvent sur des postes dévalorisants et avec perte de salaire, on peut imaginer les conséquences du « jetable à merci ». Aujourd’hui, ce sont les actionnaires qui décident du niveau d’investissement de l’entreprise. Si l’important pour ces gens c’est le profit à court terme, je crains que nous soyons à l’aube d’un grand chantier de délocalisation de notre industrie. Aujourd’hui, une augmentation des salaires serait la bienvenue. Mais pour faire plaisir aux riches et à Bruxelles, Sarkozy préférera nous annoncer qu’il y a trop de services publics et que, malgré nos vies usées au travail, il faudra que nous travaillions plus. J’attends de la gauche qu’elle s’unisse pour combattre toutes les inégalités qui sortent du chapeau de monsieur Sarkozy. Toute la gauche, PS, PCF, Verts, LCR. »
Propos recueillis par Marie-Noëlle Bertrand, Alain Cwiklinski, Yves Housson et Pierre-Henri Lab
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