lundi 10 septembre 2007, par Lidice Mozes / "le Patriote"
Assis devant son café, son visage laisse transparaître un délicat sourire à chaque petite phrase qu’il utilise pour résumer son histoire, pour le moins touchante. C’est un couple de médecins niçois qui l’a fait venir en France. Son quotidien très rapidement se résumait au jardinage, ménage, cuisine, gardiennage : homme à tout faire pour un salaire, selon lui, de 150€ mensuels ! En échange de ces services il a eu aussi une chambre assez confortable, il était nourrit et blanchit.
Sauf que, Joseph apprend très brusquement qu’il est atteint du SIDA, maladie dont il a vaguement entendu parler. Il ne parle pas français, il ne sait pas lire ni écrire et ses gestes et la façon dont il répond aux questions laissent entrevoir un certain décalage dans sa personnalité. Ses employeurs le gardent malgré cela mais son visa arrivant à terme il reste en situation irrégulière et ses ennuis s’accumulent. Tout d’abord parce qu’il travaille jour et nuit sans repos, ne reçoit aucun soin pour essayer de combattre sa maladie et enfin, il risque à tout moment de se faire renvoyer au pays. Ce dernier prétexte étant utilisé par le couple pour l’empêcher de sortir le plus possible de leur propriété.
Deux ans s’écoulent ainsi. Lors d’un contrôle de police en 92, il est arrêté et renvoyé dans son pays d’origine. La situation au Burkina-faso, un des pays le plus pauvre au monde, est difficile. Le chômage et le manque de ressources économiques entraînent un important taux d’immigration. Joseph n’arrive plus à subvenir aux besoins de sa famille et n’a le choix que d’accepter la proposition de son employeur de rentrer en France.
Sans contrat de travail, toujours en situation irrégulière, ses journées se ressemblent toutes. Les sorties se font rares, il explique même qu’on lui confisque ses papiers et qu’on l’empêche de sortir pour éviter tout contact avec la police.
Ce n’est qu’en 1997 que ses employeurs décident d’entamer les démarches nécessaires afin de le régulariser. C’est aussi à partir de ce moment là et sept ans après son arrivée en France qu’il reçoit les premiers soins pour la maladie dont il est victime.
Depuis, il est vrai que ses employeurs le déclarent à la Sécurité Sociale, il dispose d’un contrat de travail à mi-temps en tant que personnel d’entretient et réception. Mais Joseph se plaint de travailler sans cesse et de ne pas être payé pour les heures supplémentaires.
En 2005, il fait la connaissance de Pascal Koama, président de l’association de ressortissants d’Afrique Noire de Nice Côte d’Azur. Ce dernier avait été contacté par un couple a qui Joseph s’était confié. Il a portée l’affaire devant le Procureur de la République, en dénonçant ce cas « d’esclavagisme et séquestration », mais la plainte a été classée « sans suite ».
Un deuxième recours a été entamé par Pascal Koama, cette fois-ci devant le Conseil des prud’hommes de Nice, afin de réclamer les heures supplémentaires impayées. Mais, coup de théâtre, l’affaire vient d’être radiée à cause du manque de pièces pour permettre aux conseillers de pouvoir statuer.
Pour l’avocat des médecins, il n’y a pas de doutes : ses clients ont toujours respecté leur employé. Selon lui, les policiers sont venus dans la villa suite à une plainte déposée par monsieur Koama et sont aussi tôt repartis après avoir constaté que les conditions de vie de Joseph n’étaient pas si mauvaises que ça.
« Ils lui payent même un billet d’avion une fois par an pour qu’il puisse rejoindre sa famille », ajoute-lui, avant de signaler que Joseph dispose d’un scooter pour se déplacer et a le droit de faire ce qui lui chante en dehors des horaires de travail.
Certes, il a l’air convainquant. Et puis, d’un autre coté, l’avocat de Joseph a abandonné l’affaire et ne s’est pas présenté à l’audience du Conseil des Prud’hommes la semaine dernière. Ce fait, sème le doute quant à la crédibilité de l’histoire.
Contacté par téléphone quelques minutes après, l’avocat explique son geste par le manque de pièces prouvant les heures supplémentaires impayées. « C’était illusoire de croire que les juges auraient pu prendre une quelconque décision, vu qu’il n’y avait aucune preuve. Ce genre de dossier est très compliqué », a-t-il expliqué. Cependant, il confirme la détresse de ce quinquagénaire, contraint à des horaires épuisants et isolé de presque tout contact avec le monde extérieur. Il se dit dans « l’impossibilité juridique » de trouver une solution, car il n’y a pas de violences physiques.
« Je voudrais juste travailler moins », nous glisse Joseph avec timidité, en regardant sa tasse de café. Tout à coup, puéril, vulnérable, ses yeux remplis de gentillesse il explique qu’il se sent « un peu fatigué ces derniers temps » mais « il ne faut pas le dire » car personne ne lui donnerait du boulot.
Lidice MOZES
* Afin de garantir son anonymat, nous avons changé le prénom de cette personne.
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