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Les ménages plombés par le logement
PCF des Bouches du Rhone
Malgré l’optimisme de l’Insee, plusieurs études minimisent la hausse du pouvoir d’achat. Les ménages les plus pauvres subissent de plein fouet l’inflation.

En tablant sur 3,2 % d’augmentation du pouvoir d’achat pour 2007, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) est-il trop optimiste ? Plusieurs études réalisées récemment pour des magazines spécialisés dans la consommation le laissent à penser. La plus sévère envers les résultats de l’Insee a été publiée dans 60 Millions de consommateurs, la revue de l’Institut national de la consommation (INC). De juin 2006 à juin 2007, l’INC évalue la hausse du pouvoir d’achat par ménage à seulement 0,8 %, soit 24 euros d’augmentation. Le revenu mensuel moyen (la moyenne entre les plus hauts revenus et les plus bas - NDLR) par ménage a beau être passé de 3 028 euros à 3 093 euros en un an, soit 65 euros de revenu mensuel supplémentaire ; dans le même temps, les hausses de prix l’amputent de 41 euros.

Les calculs du magazine 60 Millions de consommateurs incluent pour la première fois l’achat immobilier, contrairement à ceux de l’Insee, pour qui « l’acquisition d’un logement par un ménage n’est pas une consommation mais un investissement destiné à accroître son patrimoine ». Selon l’organisme officiel, « la forte hausse des prix de l’immobilier sur la période récente n’a pas d’influence sur le pouvoir d’achat ». Faux, assure 60 Millions de consommateurs, qui répond que les remboursements liés à l’achat d’un bien immobilier pèsent sur le budget d’un ménage : + 6 euros par mois pour un loyer, + 5 euros pour un remboursement de crédit, sans compter l’entretien (+ 1,40 euro). La revue publie également un comparatif de l’évolution du pouvoir d’achat en 2006. Selon l’Insee, elle est de 2,3 % sur l’ensemble des ménages et de 0,8 % par ménage. En intégrant l’immobilier, l’INC arrive à… 0 % ! Ainsi, entre 2001 et 2006, quand l’Insee donne 1 % d’augmentation du pouvoir d’achat, 60 Millions de consommateurs tempère, à 0,7 %.

Autres éléments de l’étude de 60 Millions de consommateurs à prendre en compte, et qui alourdissent la facture : la voiture et les dépenses de santé. L’inflation des dépenses de réparation, d’entretien et de remplacement des pièces ampute les budgets familiaux de 7 euros par mois. En ce qui concerne la santé, la majoration de 2 euros des honoraires de médecins, la hausse des cotisations d’assurance santé complémentaire (+ 1,40 euro) ou celle des tarifs d’hébergement en établissement spécialisé pour les personnes âgées (+ 2 euros) grèvent aussi les budgets des ménages. Même si elle utilise un mode de calcul classique (sans intégrer le prix de l’immobilier), une autre étude, réalisée par AC Nielsen pour l’hebdomadaire spécialisé LSA, est édifiante. Elle cible l’inflation des produits alimentaires « premiers prix » : + 3,4 % pour la panification industrielle, + 4,6 % pour les pâtes et + 10,3 % pour les farines et les semoules ! Un poste budgétaire insignifiant ? Pas si on considère que ce sont les produits les plus consommés par les ménages à faibles revenus…

« On travaille plus pour acheter autant »

Fins de mois difficiles, achats de rentrée onéreux, augmentation des prix des produits alimentaires… Reportage dans un centre commercial, au coeur de Bobigny, ville populaire s’il en est en Seine-Saint-Denis.

Dans les allées du centre commercial de Bobigny (Seine-Saint-Denis), les chariots ne se bousculent pas, en cette journée de rentrée. Quelques familles, dans les rayons des fournitures scolaires, scrutent les prix les plus attractifs. Pour Patricia, fleuriste, le début du mois de septembre n’est pas encore synonyme de lourdes dépenses. « Ma petite fille entre en maternelle. Je n’ai pas grand-chose à acheter. Mais je fais quand même attention aux prix des cahiers à dessin ou du petit matériel », raconte cette mère qui fait toutes ses courses en grande surface en raison de « la variété des prix ». Pour Sonia, la différence est nette. Mère de trois enfants, elle avait dépensé, l’année dernière, environ 100 euros en matériel de rentrée. Cette fois-ci, les frais ont été multipliés par deux avec le passage en sixième d’un de ses fils.

Malika a choisi de ne pas travailler pour pouvoir garder sa fillette de deux ans qui n’est pas encore scolarisée. Avec un époux au chômage et deux autres enfants dont un qui entre au collège, cela commence « à être dur » pour la famille. « C’est toujours plus cher, constate-t-elle, surtout si on veut de la qualité. Je ne peux pas me permettre d’acheter les produits les plus chers. Mais quand on en a vraiment besoin, on est bien obligés. » Comme la plupart des personnes rencontrées, Malika estime que « la vie a augmenté depuis l’arrivée de l’euro » : « Avec les francs, je m’en sortais. Aujourd’hui, entre les couches, tous les produits pour bébés et les visites chez le médecin, on ne peut même plus mettre de l’argent de côté… »

Les fins de mois difficiles à boucler, Céline et Michaël connaissent, eux aussi. « Cela arrive plus souvent que les mois où il en reste », témoigne le jeune couple venu de la ville voisine de Drancy. Avec une fille en maternelle et un deuxième enfant en route, Céline et Michaël travaillent tous les deux. « Quand on voit ce que nos parents achetaient et ce que l’on a avec la même somme, nous qui, à notre tour, avons fondé une famille ! Cela a facilement doublé en dix ans. Ce n’est pas le cas des salaires », remarque le mari.

Pour certains, les prix n’ont pas particulièrement évolué dans la dernière période. « Par rapport au franc, c’est certain, mais je ne vois pas de grosses différences depuis », estime une cliente. D’autres affirment carrément ne pas regarder les prix. « C’est des menteurs, ou alors qu’ils nous disent comment ils font », s’étonne une assistante administrative de l’éducation nationale pressée. « Nous, on travaille plus pour acheter autant », ironise-t-elle, dans une allusion à la propagande sarkozyste.

Pourtant Robert et Lucienne, retraités l’un des PTT l’autre de l’éducation nationale, ne se plaignent pas. « Tout n’augmente pas. Regardez, je viens d’acheter des pommes de terre à 1,50 euro le kilo », montre-t-il dans son chariot. « On profite des offres promotionnelles et on découpe les bons de réduction, c’est toujours ça de gagné, précise-t-il. Ce sont les produits frais et les fruits et légumes qui sont chers. Mes crèmes desserts ont augmenté de 2 centimes depuis la dernière fois. On vient deux fois par semaine et on dépense en moyenne 50 euros à chaque fois. C’est vrai qu’on ne peut plus acheter comme on le faisait il y a quinze ans. Nos retraites, elles, n’augmentent pratiquement plus », finit par admettre Robert. Et Lucienne d’ajouter : « On paye aussi plus de Sécu et de mutuelle ».

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Tag(s) : #Société
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