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Société - Article paru le 13 septembre 2007 dans l'Humanité

 

Le Grenelle de l’environnement dans le brouillard

Écologie . Les associations, les élus et les syndicats fustigent « le désordre » des négociations, censées aboutir, à la fin octobre, à des « mesures concrètes » en faveur d’un développement durable.

Avis de gros temps sur le Grenelle de l’environnement. À l’origine : l’impression de nombre de ses participants de naviguer sans cap. À commencer par les associations regroupées au sein de l’Alliance pour la planète. Elles sont suivies de près par les présidents de région et les syndicats. Sommé de se présenter à bord, le ministre de l’Écologie, de l’Aménagement et du Développement durables (MEDAD) Jean-Louis Borloo est pour le moins discret.

des réunions dites de préparation

Logique, la première phase du Grenelle de l’environnement, initié début juillet par Nicolas Sarkozy, s’achève. Les six groupes thématiques (climat, biodiversité, santé, production, démocratie écologique, emploi), placés sous la houlette de quelques grands noms des sciences ou de la politique, ont planché tout l’été. Le but : que les responsables politiques, scientifiques, syndicaux, patronaux et associatifs listent leurs propositions, relèvent leurs oppositions et notent leurs convergences. Fin de ces réunions, dites de préparation, la semaine prochaine. Et après ? Le brouillard, disent en coeur associations, syndicats et élus.

Pour l’heure, plus d’un millier de propositions ont été répertoriées. Après une « consultation publique » fin septembre, et la conférence conclusive en octobre, le Grenelle doit déboucher sur « quinze à vingt mesures concrètes », dixit Jean-Louis Borloo.

Problème, « nous n’avons pas le début d’une idée sur la façon dont les différentes propositions vont être retenues », assure Yannick Jadot, porte-parole de l’Alliance pour la planète. « Nous voulons que ces propositions soient validées par les groupes de travail. Il est hors de question que les présidents de groupe ou Jean-Louis Borloo décident seuls », avertit le responsable de Greenpeace. « Si c’est l’objectif du ministère, on sort du Grenelle ». Ambiance…

« On est dans le flou total »

Plus contenus, les présidents de région s’accordent sur le même constat. « L’État a le choix entre construire une stratégie ou faire son marché parmi ces mille propositions », constate Didier Jouve, vice-président (Verts) de la région Rhône-Alpes et représentant de l’Association des régions de France (ARF). Même expectative du côté des syndicats. « Personne ne sait comment vont évoluer les propositions. La méthode n’a jamais été claire. On est dans le flou total », admet Bernard Saincy, responsable du développement durable à la CGT. Le secrétaire général du syndicat, Bernard Thibault, s’est même fendu d’une lettre à Jean-Louis Borloo.

Résultat, « la tension monte », affirme, sibyllin, le président de WWF, Daniel Richard. Rien de surprenant, tout le monde ne rame pas dans la même direction. Patrons, syndicats et associations n’ont pas toujours les mêmes vues sur le sujet… Et les suspicions de « désordre organisé » enflent.

Les associations, pour la première fois mises à égalité des autres partenaires, s’accrochent au processus. « On négocie des solutions, pas une ambition de la réponse à la crise écologique », prévient Yannick Jadot. Daniel Richard, non sans naïveté, lâche : « Nous sommes opposés à un Grenelle qui n’aboutirait pas à une transformation de la société. » C’est sans doute ignorer le paquet fiscal, si favorable aux grandes fortunes, adopté récemment par le gouvernement de François Fillon. Ou les déclarations de Nicolas Sarkozy, avant-hier, à propos de l’agriculture : « Je crois dans la concurrence, je crois dans l’économie de marché ». Grain à l’horizon.

Vincent Defait

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Tag(s) : #Environnement
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