Société
Faut-il plus d’autonomie pour les collèges et lycées ?
Elle figure dans la liste des courses de rentrée sans que l’on sache pour autant quand elle sera livrée : l’autonomie des lycées et collèges compte parmi les chantiers commandés par Nicolas Sarkozy au ministre de l’Éducation. Xavier Darcos, lors de ses interventions, effleure seulement le sujet. Le président de la République, lui, y est très attaché, qui en avait fait l’une de ses propositions de campagne. « Les établissements dans lesquels vous enseignerez auront une plus grande autonomie dans le choix de leur projet, de leur organisation », rappelle ainsi le chef de l’État à l’attention des profs, dans sa « Lettre aux éducateurs » rendue publique mardi.
Elle portera autant sur le budget que sur les projets pédagogiques. Elle conférera également aux chefs d’établissement un pouvoir de recrutement élargi à l’égard des personnels mais aussi des élèves hors secteurs. Car le chef de l’État lie la mesure à celle de la suppression de la carte scolaire, qu’il entend accompagner d’une liberté, pour les familles, « de choisir l’école de leurs enfants (…) en fonction du projet pédagogique mis en oeuvre ». Chaque collège et lycée se spécialiserait ainsi autour d’une compétence. Le sport, les langues, les sciences ou encore l’orientation vers les voies professionnelles, d’ores et déjà dévolue aux collèges Ambition réussite (1). Un audit datant de l’automne dernier préconisait ainsi que, sur l’ensemble des heures de cours attribuées aux établissements, 20 % soient utilisées comme bon il semblera aux chefs d’établissement. Lesquels seront dès lors soumis à résultat, sous peine de sanctions financières. « L’évaluation sera partout la règle, insiste Nicolas Sarkozy. Les moyens seront répartis en fonction des résultats et difficultés rencontrées par les élèves. »
Le chef de l’État dit ainsi proposer un remède aux maux dont souffre l’école, à commencer par la ghettoïsation et l’échec. Dans le milieu éducatif, l’idée de mieux articuler réalité de terrain et politiques nationales est acceptée, si ce n’est revendiquée, de même que la possibilité de s’appuyer sur les particularités locales pour développer des projets. Pour le reste, le dessein présidentiel - au-delà même de l’épineuse question de la carte scolaire - provoque du scepticisme, voire une opposition ferme.
Casse du caractère national de l’enseignement, mise en concurrence des établissements mais aussi des élèves et des personnels : le SNUPDEN-FSU, syndicat de chefs d’établissement, se montre particulièrement véhément à l’égard d’un projet qui fait d’eux des VRP autant que des chefs d’entreprise, estime Catherine Manciaux, secrétaire générale adjointe de l’organisation. La loi d’orientation sur l’école votée en 2005 leur donne déjà le pouvoir de recruter les assistants d’éducation (surveillants), rappelle-t-elle. Or, ces derniers, désormais libres de postuler où bon leur semble, tendent à fuir les établissements difficiles. « Les collèges au profit des lycées, les ZEP au profit des centres-villes, les zones rurales au profit des zones urbaines », explique-t-elle, redoutant que le déséquilibre ne s’accentue.
Alors que l’époque est à la précarisation des personnels - profs inclus -, elle juge par ailleurs malsain que leur carrière soit ainsi dépendante du seul chef d’établissement. Sachant qu’avec tout cela, l’autonomie pédagogique ne sera pas garantie.
Alors que les établissements du second degré dépendront de plus en plus des financements accordés par les régions et les départements, ces derniers n’hésitent plus à faire valoir leurs exigences quant aux projets pédagogiques. Quant au principe d’une évaluation, Catherine Manciaux se dit pour… à condition d’en revoir les critères. Ces derniers ne tiennent compte que d’objectifs quantitatifs. « Or, certains collèges acceptent des dizaines de mômes, exclus par d’autres », explique-t-elle. « S’ils sont mal notés après cela, continueront-ils d’accepter des décrocheurs ? » Même interrogation à propos de l’obligation faite aux chefs d’établissement d’assurer la mixité sociale qui accompagne la mesure. « Henri-IV n’aura aucun problème à attirer les pauvres. Mais quels moyens seront donnés aux ZEP pour attirer les riches ? »
Où se lit, en creux, le risque d’enfermer les établissements dans le cercle forcément vicieux de la loi de l’offre et de la demande.
(1) 253 collèges ZEP classés « ultra-prioritaires ».
Marie-Noëlle Bertrand
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