« Augmenter les salaires est une question de justice sociale »
Lors de l’université d’été du MEDEF, Nicolas Sarkozy a lancé un appel aux patrons pour qu’ils n’oublient pas le pouvoir d’achat des salariés. Est-ce crédible pour vous ?
Maryse Dumas. Cet appel relève de l’incantation. Le président de la République dit clairement son refus que l’augmentation du pouvoir d’achat relève le coût du travail. Il ne veut pas d’un nouveau partage des richesses entre le capital et le travail. À l’université d’été du MEDEF, il a annoncé sa volonté de dépénaliser le droit des affaires. Cela signifie qu’il renonce à mener le combat contre les « patrons voyous », pourtant thème central de sa campagne électorale. Il engage une logique ou tout va être permis aux actionnaires et aux employeurs. Les salariés seront les dindons de la farce. S’il avait voulu se préoccuper des salaires, il aurait pu, dès le mois de juin, donner un coup de pouce au SMIC, faire pression sur les branches patronales pour négocier la revalorisation des grilles salariales en fonction de l’augmentation du SMIC. Le gouvernement pouvait aussi utiliser le levier des 23 milliards d’euros d’allégement de cotisations sociales que l’État verse aux employeurs pour conditionner ces aides, soit à des négociations salariales, soit à des politiques d’emploi et de recul de la précarité.
Comment accueillez vous le discours sur les fonctionnaires qui propose de redistribuer une partie des sommes récupérées par le non-remplacement des départs en retraites ?
Maryse Dumas. Ce que les fonctionnaires savent, c’est qu’on supprime des emplois. Mais leur salaire n’augmente pas. La meilleure réponse qui soit à ce que promet Nicolas Sarkozy vient de sa ministre de l’Économie quand elle parle de « plan de rigueur » pour la fonction publique.
La présidente du MEDEF, Laurence Parisot, réclame une politique économique de l’offre. Pensez-vous que la relance de la croissance par la consommation est toujours d’actualité ?
Maryse Dumas. Augmenter les salaires est d’abord une question de justice sociale, un moyen de valoriser le travail. Mais il est vrai qu’une relance de la consommation, assortie d’une politique d’investissement, de développement de l’industrie, de la recherche et des services publics est essentiel à la croissance. Au lieu de cela, Nicolas Sarkozy reprend à son compte l’objectif patronal d’obtenir des licenciement plus rapides et plus faciles. De ce fait, le président fait pression sur la négociation entre partenaires sociaux qui commence demain sur le contrat de travail pour que les syndicats signent sur la base des desiderata du Medef. Sans quoi, menace-t-il, il y aura une loi avant la fin de l’année. Un des moyens de lever la pression consiste à présenter un front uni des syndicats pour opposer à la facilité de licenciement de nouvelles sécurités pour les salariés.
Avec quels objectifs la CGT aborde la conférence sur les salaires organisée par le gouvernement en octobre ?
Maryse Dumas. Les salaires sont en berne. Ils étaient déjà le premier motif de conflit dans le secteur privé l’an dernier, en augmentation de 16 %. Il ne s’agit donc pas de repousser aux calendes grecques toute disposition sur le pouvoir d’achat. Plutôt que de distribuer des milliards aux plus riches, il y a besoin d’injecter immédiatement de l’argent dans les rémunérations, mais aussi en modifiant le diktat des allégements de cotisations patronales, en instaurant des mesures d’aide aux conditions de transports, de logement et aux dépenses énergétiques.
Entretien réalisé par Paule Masson
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