Choisir son école, un objectif légitime ?
En cette rentrée 2007, le débat paraît incontournable. Dès sa prise de fonction, au mois de mai dernier, le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, avait annoncé son intention de supprimer, « par étapes », la carte scolaire. Une date a depuis été arrêtée : sa disparition est programmée pour septembre 2010. Un assouplissement de 10% à 20 % des affectations a été mis en place dès cette année. Résultat : 13 500 demandes d’inscriptions hors secteur supplémentaires (un tiers concernant l’entrée en sixième, et deux tiers l’entrée en seconde). Des demandes acceptées à 77 % au niveau du collège et à 67 % au niveau du lycée, se félicite même le ministère.
Reste que la mesure continue de faire débat. Pour Xavier Darcos, la faillite de la carte scolaire, mise en place en 1963, est totale, ainsi qu’il l’expliquait, il y a deux mois, au Nouvel Observateur : « Les établissements sont désormais marqués par l’environnement et par une ghettoïsation soulignés par les sociologues. Du coup, aujourd’hui, la proximité, c’est l’inverse de la mixité. Le jeu est pipé entre les fils de famille qui détournent la carte scolaire, et les autres, pour qui elle est devenue une assignation à résidence. Sur cette affaire, il faut bien comprendre que l’on ne supprime pas les objectifs : on change juste les instruments. »
Pour les partisans de cette suppression, une telle décision ne peut donc être que bénéfique. Les parents se verraient ainsi octroyer le droit de choisir l’établissement dans lequel ils souhaitent voir leurs enfants poursuivre leur éducation. « La carte scolaire est devenue l’instrument de la ségrégation. La supprimer est pour moi un aboutissement, pas un préalable. Mon projet, c’est la qualité éducative pour tous », déclarait, l’an dernier, le candidat UMP à la présidentielle. Il s’agirait également de tenter d’en finir avec un système hypocrite qui voit de nombreuses familles, grâce à des dérogations, des fausses adresses ou des départs vers le privé, « éviter » l’établissement public auquel ils sont rattachés. Une étude datée de 2005 montrait ainsi que 40 % des élèves parisiens inscrits en sixième étaient concernés par ce « passe-droit ».
Pourtant, l’opposition à la suppression de la carte scolaire reste forte. Beaucoup y voient un pas décisif vers la libéralisation du système éducatif français : « La carte scolaire permet une régulation indispensable pour qu’il y ait une mixité sociale. Avec sa suppression, ce seront désormais les établissements qui, seuls, décideront. Les parents n’auront aucun pouvoir », prévoit Faride Hamana, président de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). Le danger serait donc de voir les plus défavorisés souffrir encore plus d’une mesure censée les aider : « Pour 80% à 85 % des familles concernées, la question d’un déplacement ne peut pas se poser. Le problème restera donc le même. Avec une ghettoïsation encore plus importante. » Les expériences menées par le passé paraissent abonder dans ce sens : « Les assouplissements de la carte scolaire conduits en France au début des années quatre-vingt ont créé davantage de problèmes qu’ils n’en ont résolus, en particulier dans les grandes villes », rappelaient, en septembre 2006 à Libération Gabrielle Fack et Julien Grenet, doctorants en économie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).
L’an dernier, les meilleurs élèves des collèges difficiles ont pu choisir le lycée de leur choix : sur les 244 concernés, seuls 27 ont saisi cette opportunité. « En cette rentrée 2007, sur environ un million d’élèves, 11 000 dérogations supplémentaires seulement ont été accordées. Cela montre bien que le choix du déplacement des enfants n’est pas évident pour de nombreuses familles », insiste Faride Hamana.
À terme, la possibilité pour les parents de choisir réellement l’école de leurs enfants paraît donc plus que compromise et ce, quel que soit le sort réservé à la carte scolaire. Dans le même temps, les établissements en difficulté continuent de souffrir. « La solution se trouve dans l’octroi de moyens supplémentaires pour les zones éducatives en difficulté. Or, c’est le contraire qui est décidé : pour des raisons économiques, on supprime des postes.
L’hypocrisie est totale », conclut le responsable FCPE.
Antoine Aubert
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)