Les fausses solutions de la crise libanaise
Le danger d’une escalade
au Liban devient-il imminent ?
Une guerre civile peut-elle éclater
à la suite des divisions
entre les différentes communautés confessionnelles qui forment le Pays
du cèdre ou bien ce sera, de nouveau,
une agression israélienne
qui l’ensanglantera ?
Toutes ces hypothèses sont plausibles…
En effet, et tandis que le président
des États-Unis, G. W. Bush,
hausse le ton contre le Hezbollah
qui - selon lui - « combat les forces
de la tempérance » (lire les Forces libanaises, issues du Parti phalangiste néofasciste et Fouad Sanioura,
président du Conseil et ami
inconditionnel de Washington)
grâce à « l’argent iranien »,
les différentes instances
du gouvernement israélien
ont tenu des réunions dites
« spéciales » dans le but d’étudier
les possibilités d’une guerre
« pouvant éclater sur le front nord »
avec la Syrie et le Hezbollah…
Au même moment, plusieurs faits significatifs viennent appuyer ces hypothèses menaçantes. D’abord, l’insistance des officiels états-uniens,
à commencer par la ministre des Affaires étrangères, à recevoir le chargé d’affaires libanais Antoine Chédid comme nouvel « ambassadeur » à Washington,
parce que le gouvernement de Fouad Sanioura en a décidé ainsi et même
si cette décision constitue une grave violation de la Constitution libanaise. D’ailleurs, la ministre et son porte-parole, Sean McCormack, ne se sont pas contentés dviolation formelle, puisqu’ils sont allés jusqu’à déclarer que les États-Unis voulaient lors de cette rencontre
discuter de leur « appui aux efforts
du gouvernement de Sanioura afin
de renforcer encore plus la souveraineté
et l’indépendance du Liban, d’élargir
le processus des réformes politiques
et économiques et d’appuyer le Liban contre les tentatives des forces
qui veulent violer cette souveraineté
et cette indépendance ».
En d’autres termes, l’administration
Bush ne veut pas seulement liquider
toute résistance à ses projets, mais elle veut aussi opérer des changements politiques et économiques qui lui permettent d’asseoir plus encore sa mainmise sur le Liban,
dont la création d’une nouvelle base militaire dans le secteur Jbeil-Batroun.
Ensuite, et en relation avec ce qui précède, on parle beaucoup dans certains cercles très fermés de la capitale libanaise
de la découverte d’une réserve de pétrole très importante le long de la côte libanaise entre la ville de Batroun et la frontière
nord du Liban (près du camp palestinien de Nahr El-Bared). Certains vont même jusqu’à dire que cette découverte date
déjà depuis 2004-2005 et que le gouvernement de Fouad Sanioura
en avait promis la concession à des sociétés états-uniennes, bien connues pour leur appui à l’administration de G. W. Bush
et particulièrement à l’homme fort
de cette administration : le vice-président, Dick Chenney. Mais, n’étant pas le seul décideur en ces matières, le gouvernement libanais actuel doit avoir l’aval d’un président de la République « malléable » ; d’où la nécessité de procéder
le plus rapidement possible
à une élection présidentielle,
afin de mettre fin à la présence
d’Émile Lahoud, ami de la Syrie,
à la tête de la République.
Pour ce faire, et comme la majorité
actuelle n’a pas les conditions nécessaires requises par la Constitution, à savoir
les deux tiers des députés élus, l’ambassadeur états-unien à Beyrouth
se démène pour « trouver une solution », aidé en cela par certains ambassadeurs arabes et ministres occidentaux qui étudient, paraît-il, des projets de solutions visant à décanter la crise qui sévit
depuis neuf mois.
Commençons par la première « solution » présentée par le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui stipule la tenue possible d’une rencontre internationale et régionale sur le Liban, afin de mettre en marche un consensus libano-libanais qui aurait pour conséquence d’éloigner la guerre civile qui se profile à l’horizon et permettrait d’élire un président reconnu par les deux parties en présence (la majorité et l’opposition). Ce qui veut dire, en réalité, un président « incolore, inodore et sans saveur »,
dont le rôle serait de gérer la crise libanaise, en attendant les échéances internationales et régionales, à commencer par l’élection présidentielle aux États-Unis, en novembre 2008, et par l’évolution
des pourparlers avec l’Iran…
Cette proposition, qui va dans le sens
de celle déjà présentée par le secrétaire général de la Ligue arabe, n’est valable
que si George Bush donne à la France et, par extension, à l’Union européenne
son consentement clair et net.
De plus, il lui faudrait aussi le consentement de l’Iran et de la Syrie
qui forment le second pôle de l’équation…
Quant à la seconde « solution »,
présentée par l’Arabie saoudite,
elle est composée d’un plan en quatre points : l’entente sur le nom d’un président « de consensus », puis sur celui du président du Conseil (qui sera nommé à la suite de l’élection du nouveau président). Suivront la composition du nouveau gouvernement (répartition des portefeuilles, noms, équilibre des forces…) et le contenu de la déclaration ministérielle, compte tenu des résolutions internationales sur le Liban et, en premier lieu les résolutions 1559, 1701 et celle concernant le « tribunal à caractère international » pour juger ceux qui ont perpétré le crime contre l’ex-premier ministre, Rafic Hariri. La troisième solution, présentée par les États-Unis,
se résume dans la nécessité d’aller directement à la présidentielle et,
s’il le faut, de changer les articles
de la Constitution qui précisent
le quorum, afin de supprimer la majorité requise (deux tiers des voix) pour
la remplacer, sans plus tarder,
par une majorité simple (51 % des voix).
D’où le mot d’ordre « now » qui fuse de nouveau, à deux ans d’intervalle. En effet, en 2005, les États-Unis ont donné l’ordre de procéder sans tarder aux élections législatives et d’utiliser, pour gagner du temps, la loi électorale préparée, en 2000, par le général syrien Ghazi Kanaan pour permettre la formation d’une nouvelle majorité, sur la base d’une entente quadripartite entre les sunnites de Saad Hariri, les chiites de Nabih Berri, le Hezbollah et les Druzes de Walid Joumblat, et obtenir, ainsi, une majorité de 78 députés (sur 128). En 2007, cette majorité, à la base insuffisante, s’est effritée, ce qui nécessite, une fois de plus, des acrobaties sur le plan des lois et
de la Constitution. Ces trois solutions
ne pouvant aboutir, reste la quatrième,
la scission du pouvoir, par la création
de deux gouvernements : l’un dirigé
par Sanioura et l’autre par un membre
de l’opposition. Une telle solution sera, sans aucun doute, le point de départ
d’une nouvelle guerre civile encore plus meurtrière que celle que le Liban a déjà vécue à la suite de la formation, de 1988
à 1990, de deux gouvernements. Le chaos menace, donc, à nouveau le Liban. Un chaos dû à l’internationalisation et à la régionalisation à outrance de la crise qu’il vit. Tous les conflits s’entrecroisent dans ce petit pays, à commencer par celui
qui oppose les États-Unis à la Syrie et à l’Iran, à propos de l’Irak, des armes du Hezbollah, de la situation en Palestine. Sans oublier la nouvelle donne : la présence d’al Qaeda et des autres groupes terroristes, pro états-uniens ou autres…
(*) Membre de la direction du Parti communiste libanais.
Par Marie Nassif-Debs, journaliste (*)
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