Tribune libre - Article paru le 21 août 2007 dans l'Humanité
L’invitée de la semaine
Sylvie Mayer
Coordinatrice avec Jean-Pierre CALDIER du Guide de l’économie équitable (*).
Construire un mode d’échanges plus équitable
Chaque été le prix des fruits et des légumes revient dans l’actualité. Ils sont trop chers pour les bourses modestes. De leur côté, les viticulteurs, arboriculteurs, maraîchers, éleveurs sont
confrontés en permanence à des crises qui conduisent à la disparition d’une ferme toutes les vingt minutes en France, toutes les trois minutes en Europe. L’agriculture ne représente plus que
5 % du PIB mondial, 2 % de celui des pays riches. Des millions de paysans du monde souffrent du prix d’achat de leurs récoltes, inférieur de 10 % à 50 % à leur prix de
revient. Contraints à produire pour l’exportation face à la concurrence des produits occidentaux subventionnés, ils ont dû renoncer à leurs cultures vivrières. Ils sont les premières victimes de
la faim. Des paysans d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ont commencé à s’organiser pour résister. En partenariat avec des organisations non gouvernementales, en même temps qu’ils exigent que
l’agriculture sorte de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ils construisent un mode d’échange plus juste, plus équitable, plus digne, plus transparent. Avec des parts allant de 5% à
50 % selon les produits et les pays (50 % des bananes achetées par les Suisses sont bio équitables), ce « commerce équitable » est désormais sorti de la marginalité. Des
consommateurs de plus en plus nombreux exigent la présence de ces produits toujours plus diversifiés dans leurs lieux d’achat. Des entreprises publiques et privées, des collectivités locales
commencent à s’y approvisionner pour leurs restaurants, les vêtements de leurs salariés, les cadeaux de Noël… Peut-on imaginer que les pratiques, les valeurs, les critères de ce commerce
alternatif s’étendent à l’ensemble du monde ? Qu’ils s’appliquent au commerce de produits agricoles en France et en Europe ? Peut-on organiser un commerce équitable Nord-Nord ?
Sud-Sud ? Des agriculteurs, en France, en Europe, commencent à s’y mettre. J’y reviendrai, mais je peux déjà dire que cela implique de transformer profondément le système de commerce
international et de régulation des prix, de changer les règles de l’OMC, de permettre à chaque peuple, chaque pays, chaque ensemble régional de décider librement de sa politique agricole pour
développer sa souveraineté alimentaire. Cela ne pourra se réaliser qu’avec l’implication des citoyens et citoyennes du Nord et du Sud. (*) Guide de l’économie équitable, édité par la Fondation
Gabriel-Péri. http://guideeconomieequitable.blogspot.com ou www.gabrielperi.fr/solidaire
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