Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Article paru le 10 août 2007

Monde

Les cheminots allemands ont quand même fait grève

Berlin . Contournant les interdits judiciaires, le personnel roulant de la Deutsche Bahn, « remonté » contre la privatisation, a paralysé hier deux grands réseaux régionaux.

En dépit des formidables pressions qui s’exercent sur eux depuis quelques jours, dont l’interdiction de faire grève par la voie judiciaire prononcée mercredi a constitué l’indiscutable couronnement, les cheminots allemands ont réussi hier une véritable démonstration de force.

Usant des derniers espaces que leur laissait le verdict du tribunal du travail de Nuremberg qui empêchait tout mouvement de grève « sur les grandes lignes et le transport de fret » sous prétexte des « dommages » que cela occasionnerait « à l’économie allemande », ils ont choisi hier matin de cesser le travail pendant deux heures sur les S Bahn (les RER locaux) des villes de Berlin et Hambourg. Le mouvement, très bien suivi puisqu’environ un train sur dix circulait hier matin dans la capitale (trois sur dix à Hambourg), inattaquable sur le plan juridique, constitue un véritable pied de nez à la direction de la Deutsche Bahn (DB) et souligne combien les cheminots sont attachés tout à la fois à leur revendication et à la défense de leur droit de grève.

Les conducteurs de locomotive et les personnels roulants de la compagnie nationale avaient voté au sein de leur syndicat GDL en faveur de la grève à plus de 95 % lundi dernier. Après plus d’une décennie d’austérité draconienne, destinée à préparer le terrain d’une privatisation qui doit déboucher sur l’entrée en Bourse de la DB l’an prochain, ils réclament des augmentations de salaire substantielles (jusqu’à 31 % pour les plus basses - rémunérations).

Et ils ne font pas mystère de leur opposition radicale au processus même de privatisation ; « le chemin de fer à la Bourse, les conducteurs de locomotive au bureau d’aide sociale », proclamait hier une banderole que les grévistes avaient déployée dans la gare centrale de Hambourg. Ce qui explique l’ampleur du tir de barrage et des pressions à leur encontre. Car les dirigeants des partis qui se sont succédé aux affaires du pays ces dernières années ainsi que le patronat, une bonne partie des médias et… l’organisation de « tutelle » des cheminots, le syndicat des transports (Transnet, émanation de la confédération DGB), intégrée au nom du « partenariat social », avaient tous appuyé fortement le processus de privatisation.

L’action d’hier est destinée à « montrer que nous attendons de la direction qu’elle nous présente enfin une offre digne d’être négociée », souligne Manfred Schell, le président du syndicat GDL. Particulièrement remontés, les cheminots semblent bien loin d’être aussi isolés que ne le laisse supposer la sorte d’unanimité en faveur des restructurations de la DB. Car les dysfonctionnements apparus ces dernières années ont rendu l’opinion publique de plus en plus sceptique quant aux bienfaits supposés de la privatisation du service public. Des élus locaux se prononcent désormais ouvertement contre. Et hier « le mouvement a été accueilli avec beaucoup de compréhension » de la part des usagers, constatait le reporter du Spiegel on line, le site Internet du célèbre magazine.

Bruno Odent

Publicité
Tag(s) : #Europe
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :