Monde
Il y a soixante-deux ans, Hiroshima
le six août 1945, 8 h 15. La ville d’Hiroshima s’éveille sous le feu nucléaire américain. Le premier bombardement atomique de l’histoire fait au total 250 000 victimes et, trois jours plus tard, une autre bombe A américaine s’abat sur Nagazaki. Le 15 août 1945, le Japon capitule : place à la guerre froide. Soixante-deux ans plus tard, l’archipel se souvient encore et la commémoration de cette tragédie devenue mémoire collective du peuple nippon est l’occasion de délivrer des messages forts.
En ce jour anniversaire des bombardements et face à une assemblée de survivants recueillis, le maire pacifiste d’Hiroshima, Tadatoshi Akiba, a renouvelé sa critique de la prolifération nucléaire ; prenant à partie la politique des États-Unis et de son propre gouvernement : « Le gouvernement japonais, qui a pour devoir d’oeuvrer pour l’abolition des arsenaux atomiques par le biais du droit international, devrait préserver sa Constitution pacifiste dont il doit être fier et dire clairement non à la politique démodée et erronée des États-Unis », a-t-il déclaré. En effet, le traumatisme d’Hiroshima et de Nagazaki n’est pas seulement inscrit dans les mémoires. Il l’est aussi dans la Constitution du Japon, fidèle, depuis 1967, à ses trois principes de ne pas fabriquer d’armes nucléaires, de ne pas en avoir sur son sol et de ne pas chercher à en acquérir.
Une politique antinucléaire fondamentale que le premier ministre, Shinzo Abe, a réaffirmée, évoquant de son côté la responsabilité historique du Japon : « Notre pays ayant été le seul de l’histoire de l’humanité à endurer un bombardement atomique, nous avons pour responsabilité de transmettre cette malheureuse expérience à la communauté internationale. » De quoi clore tout débat sur une éventuelle nucléarisation de la péninsule, inquiète de la montée en puissance chinoise et du péril nord-coréen ? Le premier ministre, peu populaire et affaibli par la défaite cuisante de son parti aux dernières élections sénatoriales, a, en outre, voulu marquer la commémoration par des gestes symboliques : révision des critères d’indemnisation pour les victimes des radiations (les « hibakushas ») et, surtout, excuses publiques pour les remarques de l’ancien ministre de la Défense japonais, Fumio Kyuma, qui ont déclenché, à juste titre, un scandale. Celui-ci avait en effet déclaré que les bombardements nucléaires - au total 300 000 morts - « n’avaient pu être évités » puisqu’ils avaient mis fin à la Seconde Guerre mondiale. Soit une certaine forme de banalisation minimisant les conséquences de l’utilisation de l’arme nucléaire.
Hélène Rançon
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