International - Article paru le 1er août 2007 dans l'Humanité
Editorial par Bernard Duraud
La CIA lave plus blanc
Les barbouzes battent leur coulpe ? En publiant, il y a peu, plus de 700 pages de documents secrets, la CIA laverait son passé trouble plus blanc que blanc. Cet épais
pavé de notes internes et de pièces diverses, baptisé les « bijoux de famille », provient pour l’essentiel d’un dossier commandé en 1973 par James Schlesinger, alors directeur de
l’agence, soucieux de donner des gages de transparence sur deux décennies de plomb, période close avec l’implication de la CIA dans l’affaire du Watergate et la démission du président Nixon. Le
« boss » des espions avait quelque raison de penser que bon nombre d’opérations secrètes violaient allégrement la charte de la CIA, chargée en principe de collecter, de centraliser des
renseignements et de mener des opérations clandestines à l’étranger, et non sur le sol américain. L’actuel directeur de l’agence, Michael Hayden, a fait sienne cette volonté d’entreprendre le
ménage. Il a justifié le tri des archives par le fait d’éviter qu’une accumulation de cachotteries ne pousse finalement la désinformation « à remplir le vide comme un gaz ». Il a aussi
reconnu dans une formule touchante que « l’agence avait fait des choses qu’elle n’aurait jamais dû faire ». C’est le moins que l’on puisse dire. Ce que révèlent les documents, ce sont
des tentatives d’assassinat de chefs d’État et de leaders politiques, répétées et avortées s’agissant de Fidel Castro qui est sans doute l’un des rares à avoir su déjouer tous les complots
fomentés contre lui, des surveillances illégales de citoyens, des emprisonnements abusifs, des expérimentations comportementales ou thérapeutiques sur des cobayes humains, à leur insu. Cependant
en séparant le bon grain du présent de l’ivraie du passé, il y a peu de chance que les « squelettes » sortent des placards. Au-delà de la simple lecture il se dégage aujourd’hui une
sorte d’accablement si l’on mesure le haut niveau de l’ingérence des États-Unis par des opérations dites « couvertes » à travers le monde. Depuis sa création en 1947 au début de la
guerre froide jusqu’au milieu des années soixante-dix, aucun contrôle parlementaire n’était exercé sur l’agence de Langley (ni d’ailleurs sur les autres services de renseignements américains).
Depuis les années soixante-dix avec la crise engendrée par la défaite au Vietnam et le scandale du Watergate, deux commissions du Congrès sont chargées de surveiller ses activités. Malgré les
restrictions imposées à l’initiative de l’exécutif, elles ont été régulièrement foulées au pied par « l’ordre spécial » dont est détenteur le président des USA. La mission de la CIA
couvre un large spectre et la liste des interventions criminelles est inépuisable. Rappelons tout de même le soutien au coup d’État au Chili en 1973, l’affaire de l’Iran Gate touchant l’Iran et
le Nicaragua, la lutte contre l’URSS en Afghanistan dans les années quatre-vingt alliée aux services secrets pakistanais et saoudiens pour former des moudjahidin, Ben Laden entre autres, le coup
de pouce à Saddam Hussein, etc. Toutes renvoient à cette « répugnante philosophie » d’une action illégale selon la définition célèbre du général Doolittle en 1954, qui jugeait
nécessaire de l’appliquer en raison du danger du communisme. La menace actuelle identifiée a nom terrorisme. Décriée parce qu’elle n’aurait pas su déjouer les attentats du 11 septembre, la CIA
reste l’instrument aux mains de George Bush et des faucons de Washington dont la mission « démocratique » proclamée est la guerre antiterroriste. L’État, légalement, est devenu
policier, inquisiteur et liberticide avec son Patriot Act, ses prisons secrètes de la CIA et ses tortures. Pratiques mises au jour, dans un processus de lutte démocratique par tous ceux qui
désormais exigent transparence et vérité. Car pour le fonds d’archives, il faudra sans doute encore attendre…
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