« L’État doit assurer ses missions »
Le Centre hospitalier sud- francilien va regrouper huit lieux de soins de l’Essonne à l’horizon 2011. Que va-t-il advenir de ces sites ? Sont-ils amenés à disparaître totalement ?
Jean-Luc Gibelin. La question du maillage de l’offre de soins sur ce département, comme plus largement sur le territoire national, est une vraie préoccupation. La logique qui est retenue actuellement étant celle de la diminution des dépenses remboursées, la qualité de la réponse aux besoins de santé diversifiés de la population n’est pas la préoccupation prioritaire.
Que pensez-vous de ce projet ?
Jean-Luc Gibelin. Ce projet est une forme de test de ce qui a été appliqué notamment en Grande-Bretagne avec la situation que l’on connaît quant à la qualité de l’offre de soins dans ce pays. Il n’est pas bon pour la population de notre pays que ce type de projet se généralise. L’État doit assurer ses missions et doit créer les conditions d’un accès égal aux soins de qualité et non en fonction de l’intérêt de tel ou tel groupe financier de s’installer sur un site.
Concrètement, qu’est-ce que cela va changer ?
Jean-Luc Gibelin. Dans le quotidien des professionnels du Centre hospitalier sud- francilien, c’est dans un premier temps la possibilité d’avoir un site rénové et moderne. C’était attendu, comme dans de nombreux établissements hospitaliers, au vu de l’état du parc hospitalier. Pour autant, la réalité concrète des conditions posées par les - financeurs de ce projet n’est pas encore palpable. Il se peut qu’il y ait des découvertes douloureuses dans le cadre du fonctionnement. L’hôpital redeviendra propriétaire du site au terme de trente années, au moment où il faudra réinvestir, moderniser, c’est-à-dire lorsque cela coûtera…
Pourquoi l’État a-t-il recours à ce type de solution ?
Jean-Luc Gibelin. C’est une question de choix politique. Plutôt que de mettre l’investissement hospitalier comme une priorité, le choix a été fait de s’orienter vers une cession progressive de ce secteur important aux financiers. C’est un choix de société.
Financièrement, combien ce projet va-t-il coûter et qui va payer quoi ?
Jean-Luc Gibelin. Les chiffres qui circulent donnent une réalisation à environ 330 millions d’euros, un loyer annuel de 30 millions durant trente ans, cela veut dire que l’opération coûtera au moins 900 millions d’euros au budget hospitalier donc à l’assurance-maladie. Ce sera sans doute plus car, encore une fois, la réalité du fonctionnement n’est pas encore connue et, malheureusement, l’on peut faire confiance aux juristes des financeurs actuels pour trouver des clauses leur permettant de ne pas assurer tel ou tel aspect de la maintenance.
Y a-t-il des risques de dysfonctionnements ?
Jean-Luc Gibelin. Comme pour toute organisation humaine, il peut y avoir des - dysfonctionnements. Le plus grave est que les financiers qui sont au centre du projet n’ont pas comme préoccupation la qualité de la réponse aux besoins de santé mais le niveau des profits immédiatement récupérables dans cette opération. C’est bien là la vraie question. Ce n’est pas leur métier de s’assurer de la santé de la population.
Entretien réalisé par M. D.
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