Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Article paru le 5 juillet 2007 dans l'Humanité

social - économie

Tuer les petits pour alimenter les gros

Viticulture . La Commission européenne a adopté hier la réforme de l’Organisation commune du marché du vin soumise aux États membres.

Le texte sur la réforme de l’organisation commune du marché du vin a été adopté hier par le conseil des commissaires européens. Il contient peu de changements par rapport au projet de juin 2006. Certes le programme d’arrachage passe de 400 000 hectares à 200 000, mais on peut penser que le premier chiffre avait été délibérément gonflé pour exagérer la gravité de la situation dans le seul but de provoquer un soulagement en le réduisant de moitié.

Car, sur le fond, le document de la Commission ne change pas. Il supprime tous les outils de régulation des marchés pour laisser libre cours à la loi de l’offre et de la demande. L’arrachage de 200 000 hectares est donc présenté comme une mesure d’adaptation au marché. Le dispositif repose sur l’adhésion volontaire des vignerons dont les plus anciens pourraient bénéficier d’une préretraite à cinquante-sept ans, cofinancée par le budget européen, et pouvant s’élever à 12 000 euros par an jusqu’à soixante-deux ans si les États cofinancent à 50 %. La Commission voit dans ce dispositif la possibilité de supprimer les vins qui ne trouvent pas de débouchés. Sauf que les choses ne sont jamais aussi simples. Beaucoup de vignerons en difficulté de trésorerie font de bons vins dans leurs créneaux de production. Ils seront tentés d’arracher une partie de leur vignoble pour se désendetter. Ils manqueront ensuite de vin pour répondre à la demande du marché.

L’autre mesure phare concerne la liberté totale des droits de plantation à partir de 2014. Jusqu’à présent, les droits de plantation ont toujours été réglementés et régulés par la profession et les États pour tenter d’ajuster l’offre avec la demande prévisible. Car une vigne se plante pour plus de cinquante ans et les investissements dans les outils modernes de vinification coûtent également très cher. La Commission fait mine de considérer que l’on peut gérer la production viticole comme les céréales et d’autres plantes annuelles. En réalité la Commission veut faire disparaître les exploitations familiales au profit des unités industrielles. Or l’Europe compte 2,4 millions de viticulteurs dont beaucoup sont des pluriactifs. La France n’en compte plus que 100 000 avec une superficie moyenne de 8 hectares par exploitant.

La FNSEA, Jeunes agriculteurs et plusieurs syndicats « horizontaux »de la viticulture ont tenu une conférence de presse hier matin pour critiquer plusieurs aspects du texte de la commissaire Mariann Fischer Boel. Ils disent vouloir « infléchir la réforme » avec des arrachages plus ciblés par bassin de production, voire même par coopérative pour éviter d’arracher des vignes dont les vins se vendent bien. Ils souhaitent maintenir quelques possibilités de distillation en fonction des rendements et se disent tous hostiles à la libéralisation des droits de plantation à partir de 2014. En revanche, les grands industriels européens de la viticulture et du négoce approuvent la réforme tout en regrettant le « report » à 2014 de la libéralisation des droits de plantation.

Gérard Le Puill

Publicité
Tag(s) : #Economie
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :