L’Humanité des débats du samedi 30 juin 2007
Faut-il augmenter le SMIC ?
Rappel des faits Le gouvernement Fillon a refusé de donner un « coup de pouce » au SMIC au 1er juillet. Limitée au minimum légal, la revalorisation porte le SMIC horaire brut de 8,27 euros à 8,44 euros. Soit une hausse équivalant à par jour, au prix d’une baguette de pain. Le salaire mensuel net des smicards atteint tout juste les 1 000 euros net par mois pour 35 heures par semaine.
C’était le premier rendez-vous de la nouvelle équipe au pouvoir avec la question si sensible du pouvoir d’achat, dont le candidat Nicolas Sarkozy avait fait l’un des thèmes forts de sa campagne présidentielle. Comme il l’avait, il est vrai, lui-même annoncé, il a décidé de ne pas faire de geste significatif en direction des 2,5 millions de salariés les plus défavorisés, les smicards. Alors que la loi prévoit la possibilité de lui donner un « coup de pouce » afin qu’ils puissent participer aux fruits de la croissance, leur salaire ne sera revalorisé que du strict minimum (l’inflation plus la moitié de la hausse du pouvoir d’achat du salaire horaire ouvrier). Pas de coup de pouce, donc, « parce qu’il aurait un effet négatif sur l’emploi des moins qualifiés », justifie le chef de l’État, reprenant l’antienne libérale, pour le moins controversée, du « coût du travail » qui jouerait contre l’emploi. Deuxième raison invoquée : les hausses « trop rapides » du SMIC ont « provoqué la smicardisation de la société française ». Nicolas Sarkozy pointe ainsi un problème largement reconnu, le tassement des salaires vers le bas, mais en évacue la principale responsabilité : le blocage des salaires, au-dessus du SMIC, par les employeurs. Et il s’appuie sur cette situation pour préparer une réforme du SMIC qui viderait pratiquement de son sens cet instrument de justice sociale entre les mains du gouvernement : sous prétexte de « dépolitiser la question » et de glisser « un peu de rationalité économique dans la décision », il reviendrait désormais à une « commission de sages, indépendants », créée à la rentrée, de donner son avis sur la revalorisation du salaire minimum. Seul le MEDEF a applaudi à ces décisions, vertement critiquées par l’ensemble des syndicats de salariés, la CGT y voyant « l’annonce de tensions sociales que nous saurons exprimer à la rentrée ».
Quant aux salariés, les smicards et les autres, en mal de pouvoir d’achat, le président les renvoie à ses mesures favorisant les heures supplémentaires (défiscalisation et exonération de cotisations) dont de nombreux observateurs ont noté qu’elles auront un effet à la fois limité et sélectif.
Yves Housson
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)