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La Patrie et le socialisme ?

Quand on ressort le drapeau tricolore....

Il est une histoire difficile à faire quand on se dit communiste. C’est celle du drapeaux tricolore et de la Marseillaise. Car derrière se cache les mots de nation, de patrie et nationalisme. Pourtant derrière se trouve aussi les mots Révolution, Constituante ou encore guerres révolutionnaires.

Et oui, la patrie continue de travailler les esprits de certains militants . Le nationalisme reste une doctrine qui structure le cerveau des Français.

Pourtant j’affirme qu’il est possible d’être patriote sans être nationaliste. J’affirme qu’il est possible d’être communiste et patriote sans pour autant tomber dans le chauvinisme.

Pour cela je voudrai revenir en arrière. Le nationalisme est une doctrine. Il s’agit de faire de la Nation une façon de penser. En clair, c’est l’affirmation de la supériorité d’un peuple sur les autres. C’est la porte ouverte à toutes les hécatombes. La bourgeoisie, par le passé s’est servie du nationalisme pour ses propres intérêts. La 1ère guerre mondiale en est le pire exemple. Les bourgeoisies françaises, allemandes, anglaises, russes, et autrichiennes n’ont pas hésité un seul instant : elles ont envoyé à la mort des millions de paysans et d’ouvriers juste pour savoir laquelle dominerait l’autre.

Mais revenons à la France de la " Belle Époque ".

Le nationalisme en 1914 avait infiltré, tel un poison, les rangs des socialistes et des anarcho-syndicalistes français. L’Union Sacrée de juillet et août 1914 découle de la trahison des leaders du socialisme français et de leurs camarades allemands.

Et pourtant, tous avaient fait le serment de ne pas s’entredéchirer pour les intérêts de leur bourgeoisie respective. La grève générale devait empêcher la boucherie.

Il y avait un militant qui avait mis en garde tous les socialistes européens. C’était Jaurès. Pourtant il se disait patriote mais non pas nationaliste. Cela provoqué lyre de ses camarades. Voici comment il l’expliquait.

Le patriotisme c’est affirmé que les acquis objectifs de la Révolution doivent être protéger contre toute attaque de l’extérieur. En clair, si l’Empire allemand venait attaqué la République française pour y rétablir un régime monarchique -donc contre révolutionnaire- il fallait défendre la patrie. Par contre, si la bourgeoisie française voulait se lancer dans une guerre d’expansion de son impérialisme, là les socialistes doivent s’y opposer de toute leur force. La patrie française, pour Jaurès, n’est pas supérieure à une autre Nation. Elle ne peut donc prétendre à l‘expansionnisme. Au nationalisme de la bourgeoisie, Jaurès répond que les prolétaires n’ont pas de pays. Face au danger de la guerre, Jaurès répond que l’internationale des travailleurs doit appeler à la paix. Et si la guerre se déclenche, les socialistes devaient alors, appelé avec force à la défaite de leur pays respectif. Car la guerre de la bourgeoisie n’est pas la guerre des travailleurs.

Or, les socialistes hurlaient quand Jaurès affirmé cela. Ils objectaient que l’on ne pouvait prétendre à la fois défendre la patrie contre une agression de l’extérieure et refuser la guerre. Pour eux la patriotisme jaurésien était du nationalisme maquillé !

Certains même en France clamaient que le drapeau tricolore et la marseillaise n’étaient plus que des chants de la " réaction ". A ceux-ci, ils préféraient " l’internationale et surtout le drapeau rouge de la commune de Paris ". Or, ce sont les mêmes qui en Août 1914 vont soutenir la mobilisation générale alors que le cadavre de Jaurès était " encore chaud ".

En fait, ils n’ont jamais rien compris à la notion de patrie que sous-entend l’attachement au drapeau tricolore et à la marseillaise.

Affirmer que la marseillaise est un chant révolutionnaire c’est dire que la Révolution Française fut une étape essentielle dans la lutte des classes. En préserver les acquis -et donc les symboles - c’est lutter contre toute tentative de récupération des emblèmes révolutionnaires. Donc être patriote c’est affirmé que le mouvement " sans-culottes " (sans le magnifié pour autant) est l’un des ancêtres du mouvement révolutionnaire prolétarien. Mais c’est aussi dire que la Constitution de 1793 est l’une des plus démocratiques que la France a eu. Donc les révolutionnaires d’hier et d’aujourd’hui doivent s’en inspirer.

Mais pour Jaurès cette défense des emblèmes de la patrie se couple à une autre notion tout aussi importante à ses yeux : le seul drapeau qui regroupe tous les prolétaires reste le drapeau du socialisme. Le drapeau tricolore et la Marseillaise ne sont que des symboles à conserver. Mais il ne faut surtout pas en faire la base de tout. Sinon, le risque est de tomber dans le chauvinisme. C’est le chemin qui mène au nationalisme.

Donc oui on peut -et l’on doit- être patriote comme Jaurès ! Mais on ne doit jamais oublier que le socialisme est notre programme. Dans un monde socialiste, les nationalismes n’auront pas le droit de citer.

C’est par manque de connaissances historiques que les socialistes de 1914 ont pêché. Leur opportunisme leur a voilé les yeux. Ceux-là même qui ne juraient que par leur " internationalisme " sans jamais le comprendre, sont tombés dans le chauvinisme le pire qui soit : le nationalisme.

Aujourd’hui ce débat semble trancher par les historiens marxistes (ils en existent encore.).

Pourtant au PS et ailleurs, on a ressorti les drapeaux tricolores et la Marseillaise. Mais il semble bien que ce soit un attachement à la Nation -et donc aujourd’hui au valeur du MEDEF- qui prévalent plutôt que celui de la défense des acquis de la Révolution Française. Jaurès aurait-il encore perdu ?



De : Ulrich Savary
vendredi 15 juin 2007

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Tag(s) : #Débat après le 6 mai 2007
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