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Réfléchir à gauche sans strass ni paillettes

Article paru dans l'Humanité du vendredi 8 juin 2007

Appel . Le texte de Gauche Avenir, qui a recueilli des dizaines de signatures n’est pas l’embryon d’un nouveau parti politique, affirment ses initiateurs.

Quelles intentions, quel projet derrière l’appel de Gauche Avenir publié ces derniers jours (voir notre édition du 5 juin, pages " Tribune libre ") ? " Les grandes manoeuvres (re)commencent à gauche pour prendre la tête de tel groupe ou pour fonder telle coalition ", s’insurgeait aussitôt Jean-Pierre Brard, le - député maire (apparenté - communiste) de Montreuil (Seine-Saint-Denis). " Recomposition dans tous les sens ", annonçait une chronique matinale de France Inter en y voyant " un rapprochement entre la gauche du PS et le PCF, quitte à perdre la référence communiste ". Qu’en disent eux-mêmes les premiers signataires, socialistes de différentes sensibilités, communistes, syndicalistes, universitaires, chercheurs, journalistes ? Unanimement, ils s’inscrivent en faux contre ces interprétations.

Dans un nouveau texte sur leur site Internet (www.gaucheavenir.org), ils précisent leurs objectifs : analyser les causes de l’échec du 6 mai, redéfinir les valeurs et l’idéal de la gauche " en tenant compte de l’évolution de la société, des nouveaux enjeux planétaires et des nouvelles aspirations qui se sont fait jour ", être " un lieu d’engagement individuel " et " un carrefour " des réflexions, des débats qui se mènent dans de multiples lieux : associations, clubs, partis, milieux universitaires. " Nous voulons réfléchir en nous plaçant volontairement loin des enjeux de pouvoir, retrouver un langage commun, les valeurs de la gauche, ne pas nous contenter de slogans ", témoigne le député socialiste Paul Quilès, initiateur de cette démarche avec l’eurodéputé PS, Marie-Noëlle Lienneman. Pour cette dernière, il s’agit de rompre avec la " méthode strass et paillettes " et de s’attacher à des enjeux de fond. " Nous ne sommes pas en train de construire un nouveau parti. Et nous ne présupposons pas une organisation politique mais nous avons une ligne politique : le rassemblement de la gauche et l’affirmation de ses valeurs. " Une question sur laquelle un autre des signataires, le journaliste Claude Cabanes, met lui aussi l’accent. " Quand on perd la bataille des valeurs, on perd les batailles politiques ", insiste-t-il.

Président du groupe GUE au Parlement européen, Francis Wurtz, à l’invitation de Marie-Noëlle Lienneman, s’est associé à cet appel. " C’est une démarche utile qui n’est pas séparée de celle à laquelle je participe avec grand intérêt au sein du PCF, et encore moins opposée ", explique-t-il en se félicitant de l’initiative prise par Marie-George Buffet, après le premier tour de la présidentielle, d’un congrès extraordinaire pour réfléchir à toutes les questions qui concernent les communistes. Gauche Avenir est, pour lui, " un espace de réflexion et d’initiative ", en aucun cas l’ébauche d’une formation politique. De son côté, l’ancien ministre communiste Jean-Claude Gayssot, lui aussi signataire, précise son état d’esprit : " Je souhaite qu’avec mon parti nous affirmions une offre politique nouvelle pour conforter et poursuivre, dans les conditions de notre temps, le combat de nos prédécesseurs. " Mais, insiste-t-il, " cet appel n’est l’embryon d’aucune formule d’appareil, notre souci est vraiment le débat d’idées, la bataille culturelle ". Membre de PRS, l’association créée par Jean-Luc Mélenchon, Alexis Corbière, pour sa part, estime que " la gauche, toute la gauche, est à réinventer et que le clivage entre les branches socialiste et communiste n’est plus pertinent ". Il se dit d’autant plus intéressé par le spectre politique présent dans Gauche Avenir qu’il envisage une construction à l’image de celle du Linkspartei allemand, tout en reconnaissant que, " dans l’esprit des initiateurs, on n’en est pas là ".

Sans être à l’initiative, le sociologue Patrick Champagne s’est " associé bien volontiers " à la démarche. La manière dont s’est enclenchée la campagne de Ségolène Royal est entrée en résonance avec ses travaux sur la médiatisation, la pipolisation, l’utilisation des sondages. " J’ai pressenti la catastrophe ", dit-il. Alors, participer à cet appel, c’est " ne pas baisser les bras et répondre à la nécessité d’une réflexion en profondeur de gens qui se reconnaissent dans les valeurs de gauche ". C’est aussi " mettre en synergie toutes les forces qui permettent de comprendre la situation pour procéder à une refondation, retrouver une cohérence ". Il compte mettre au pot commun ce que ses travaux lui permettront d’apporter, sa compétence. " Pour autant qu’on me le demande ", ajoute-t-il.

Pour l’heure l’appel de Gauche Avenir suscite l’intérêt, répond à une attente. 164 signatures se sont ajoutées sitôt les premières rendues publiques. " Mais il lui faudra éviter un écueil, essayer de ne pas être fracassé par les enjeux tactiques et tacticiens ", souligne Alexis Corbière. " Cette initiative deviendra ce qu’elle sera capable de produire, estime Marie-Noëlle Lienneman. En même temps, nous donnons un signe politique : après plusieurs défaites lourdes, il faut que ça bouge. Et nous ne sommes pas dans le camp de la rénovation-replâtrage-virage au centre gauche. "

Jacqueline Sellem

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Tag(s) : #Débat après le 6 mai 2007
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