La révolution informationnelle met au centre de toute chose les connaissances et les savoirs de chacun.
Elle bouleverse le partage de l’information en la rendant accessible et abondante. Elle révolutionne les processus de production en mettant au coeur du travail sa composante intellectuelle. Elle bouscule la répartition de la fabrication des richesses en mondialisant les flux de production en réseau. Elle produit, en un temps record, une nouvelle civilisation : celle de la connaissance. Mais cette civilisation est menacée par le libéralisme. L’obsession financière gère à six mois. Elle veut rendre rare ce qui est abondant, privé ce qui est public, rentable ce qui est gratuit. Elle prend le risque du contrôle absolu des citoyens, au mépris des droits les plus élémentaires, pour mieux verrouiller l’accès à toute richesse informationnelle. Elle veut encadrer et filtrer internet, elle mène la guerre contre les logiciels et les contenus libres, elle veut verrouiller tout par des brevets. Elle se soucie plus de facture que de fracture numérique.
Pour le moment le politique reste au mieux spectateur de cet affrontement entre intérêt collectif et intérêt des actionnaires, au pire, comme avec le gouvernement sortant, il conjugue manque d’ambition globale et attaques incessantes contre les biens communs. La majorité UMP-UDF n’a fait que freiner l’innovation, lutter contre les formats ouverts et interopérables, combattre le logiciel libre, tenter de mettre en place l’ordre moral avec la récente mise en place de la "commission nationale de déontologie". Il faut complètement changer de logique.
Le premier combat doit porter sur la démocratisation des TICs. Celle-ci passe par trois vecteur de partage de l’innovation : accès, équipement, usages. Un Pôle public du numérique doit coordonner l’aménagement numérique du territoire : très haut débit pour tous et partout, péréquation tarifaire. Pour l’équipement, des ordinateurs abordables (moins de 500 € TTC avec une TVA à 5,5 %) et indépendants (logiciels libres et lutte contre la vente liée) permettront d’aller vers un taux d’équipement des ménages de 75% d’ici 2008. Concernant les usages, nous proposons de démocratiser la culture scientifique et technique, à commencer par un plan de formation d’urgence des enseignants et des élèves, et la mise en place d’une filière TIC incitant à la réorientation vers les matières scientifiques. Il s’agira d’éduquer aux usage tout autant qu’à la technique. La production de contenus pédagogiques libres sera encouragée dans l’éducation. Ces trois axes d’actions, aujourd’hui complètement abandonnés par l’Etat, sont également source d’emplois privés comme publics, de croissance et de modernisation collective.
Notre second combat passe par les formats et les licences. L’intéropérabilité, les logiciels et les contenus libres ne sont pas des suppléments d’âme, ils sont la condition d’un développement rapide et socialement performant des TICs. Bien que tous le monde s’en réclament, ils sont d’ailleurs menacé par les lois UMP-UDF : DADVSI, LSI, LCEN, RGI peu contraignant et toujours pas promulgué pour ne pas gêner le lancement du nouveau produit de l’éditeur hégémonique... La droite est tout au service des multinationales du loisir et des grands éditeurs logiciels. La prochaine attaque pour la brevetabilité logicielle au parlement européen, EPLA, sera d’ailleurs portée par un député du groupe dont l’UMP fait partie, et une député du groupe dont l’UDF fait partie. Nous proposons au contraire de constituer une agence de développement du logiciel libre. L’ensemble des fonctions (hospitalière, territoriale et d’Etat) et des établissements publics doit faire un usage privilégié des logiciels libres et des formats ouverts et interopérables. La loi DADVSI sera abrogé. Une plate forme publique de téléchargement permettra la mise à disposition de créations librement téléchargeables et la rémunération des créateurs par une mise à contribution des profits privés du secteur. Les DRM seront encadrées. Les bien communs informationnels seront universalisés et mis sous licence libre. La France interviendra sur le plan européen pour une renégociation de EUCD et pour une interdiction durable de la brevetabilité logicielle.
Enfin, le travail de salariés de plus en plus nombreux n’est plus mesurable en unité de temps. La création de valeur réside de plus en plus dans la recherche, l’appropriation des connaissances, des savoirs et des compétences. Comment ne plus opposer gain de productivité et partage des richesses, épanouissement des salariés et création de valeur ? Le capitalisme accapare les capacités d’imagination et de créativité des artistes comme des salariés en prélevant leur temps hors travail et en confisquant leur production immatérielle. La gestion du dividende numérique doit au contraire reconnaître aux salariés le rôle de producteurs d’idées dont ils sont les auteurs. Un droit d’auteur pour les salariés doit être institué.
Nous sommes dans un nouveau monde. Tout y devient possible : universaliser le savoir, réduire la pénibilité du travail et sa durée pour le rendre agréable et valorisant, utiliser la productivité du travail pour mieux partager les richesses, éradiquer l’illettrisme, promouvoir un patrimoine commun immatériel, créer de nouveaux services publics... Pour cela nous choisissons résolument la société du partage, celle construite sur ce que Bill Gates appelle avec mépris le "communisme informationnel".
Marie-George Buffet
candidate de la gauche populaire antilibérale à l’élection présidentielle
27 mars 2007
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