1944-2014 : résistant, déporté, miraculé... Henri Ramolet témoigne
Il a connu la guerre, la faim, la souffrance, l’enfermement, l’odeur de la mort… Henri Ramolet, un homme élégant de 88 ans, revit son histoire, à chaque fois qu’il retrace cette période de sa vie.
« Quand on était gamin, on jouait à la guerre. » Quand il est devenu adolescent, il l’a subie. Dès 1941, les parents d’Henri Ramolet, demeurant rue d’Amilly (aujourd’hui rue Gabriel-Péri, à Chartres), hébergent des femmes et des hommes qui organisent la Résistance. Vers 15 ans, ils lui demandent de faire de même auprès des jeunes. « Je n’attendais que ça. Cela ne me faisait pas peur. »
Henri Ramolet commence par distribuer, de nuit, des tracts dans les boîtes à lettres. Il pénètre ensuite dans des mairies de l’agglomération chartraine pour y récupérer des tickets de rationnement, qui seront utilisés par la Résistance, des tampons officiels, et des papiers à en-tête, de façon à pouvoir confectionner de faux papiers. Rapidement, les “coups” sont plus risqués, mais réussissent. Dans la nuit du 21 au 22 octobre 1943, lui et ses amis font sortir de l’Hôtel-Dieu, à Chartres, six garçons internés à Voves, qui étaient hospitalisés.
Sa vie est alors rythmée par les actes de résistance, de sabotage, les alertes, les bombardements… Jusqu’au 5 juillet 1944, où des Allemands viennent l’arrêter au domicile de ses parents. Il a été dénoncé par un membre de son équipe. « Mon père m’a dit de fuir par la fenêtre, mais les Allemands étaient partout autour de la maison. » Ailleurs, onze autres jeunes sont arrêtés.
Condamné à mort
Tous sont conduits à la kommandantur, à l’hôtel de France, à Chartres. Interrogé pendant dix jours, battu, et enfermé dans l’actuelle prison, rue des Lisses, à Chartres, « cellule n° 5 », Henri Ramolet ne lâche rien. « Ça durait du matin au soir, sans boire ni manger. » Deux semaines plus tard, la sentence tombe comme un couperet : Henri Ramolet est condamné à mort. Comme ses camarades prisonniers. « On s’y attendait. »
Un matin, les Allemands entrent dans la cellule des jeunes Français, et font l’appel. « On pensait que notre heure était arrivée et que nous allions être fusillés à Chavannes (NDLR : quartier de Lèves). On nous a dit que nous allions changer de prison. » Il se retrouve alors à la prison du Cherche-Midi, à Paris. Jusqu’au matin du 15 août, où 665 femmes et 1.650 hommes sont entassés, « pire que des animaux », dans les wagons de ce qui sera le dernier convoi de déportés. Tous se retrouvent nus. Pendant cinq jours, ils restent sans boire ni manger. Beaucoup meurent autour d’Henri Ramolet. Le 20 août, les hommes descendent en gare de Weimar (Allemagne), marchent 6 km sans savoir qu’ils se dirigent vers le camp de concentration de Buchenwald. Henri Ramolet porte le n° 77904 et une veste rayée. Pendant une période de quarantaine, il charrie de lourdes pierres dans les carrières, dort dehors, dans la boue. Des dizaines d’hommes meurent chaque jour. Ses copains sont transférés dans les usines.
« L’abominable odeur des fours crématoires
Le 8 novembre 1944, Henri Ramolet se retrouve au revier (dispensaire). Il souffre d’une pleurésie purulente. Pour tenter de le soigner, on lui casse une côte de manière rustique, pour faire passer un drain et permettre au pus de s’écouler. « J’ai ensuite été exempté de travail. Cette maladie m’a sauvé la vie. »
Henri Ramolet reste pudique sur ses souvenirs dans le camp. Il évoque tout de même « l’abominable odeur de la fumée des fours crématoires qui se rabattait sur nous avec le vent ». Et les morts, toujours des morts. Devant ses yeux de jeune homme. En avril 1945, les alliés se rapprochent, Henri Ramolet est conduit par les Allemands vers un endroit inconnu. En cours de route, il aide son ami Marcel à marcher, tant celui-ci est malade. Marcel finit par tomber à terre. La seconde fois, un Allemand lui tire une balle dans la tête.
À Cham, en Bavière, Henri Ramolet est enfin libre et pris en charge par la Croix-Rouge. Lorsqu’il revient à Chartres, « en première classe », il ne pèse que 36 kg. Il passe une radio. Le médecin de famille pense qu’il ne pourra pas s’en tirer.
En 1997, Henri Ramolet est retourné, avec des amis, à Buchenwald. « J’ai remis la veste rayée qu’on m’avait distribuée et je suis entré en disant : vous ne m’avez pas eu. » Il a alors été reçu avec les honneurs.
François Feuilleux
source http://www.lechorepublicain.fr/eure-et-loir/actualite/2014/08/06/1944-2014-resistant-deporte-miracule-henri-ramolet-temoigne_11102693.html
Publicité
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)