Utiles clarifications, l'éditorial de Paule Masson
Rédaction Web
2 Avril, 2014
«La nouvelle devrait être reçue positivement dans les sphères financières. » Tout est dit, ou presque. Les analystes de la Société générale, banque qui fut une des plus engluées dans la crise des subprimes en 2008, adoubent la nomination de Manuel Valls au poste de premier ministre. Tout comme le monde patronal.
Le locataire de Matignon a fait ce qu’il fallait, plaidant pour ajouter le terme de « libéralisme » dans les textes du Parti socialiste lors du dernier congrès. Il faut le reconnaître, François Hollande fait preuve d’une certaine cohérence : après avoir enterré dès son élection le discours du Bourget censé combattre le pouvoir de la finance, avoué deux ans plus tard son adhésion aux idées de la social-démocratie, il choisit un premier ministre qui incarne la rupture avec le « socialisme » du PS, ne verrait pas d’un mauvais oeil la suppression des trente-cinq heures et milite pour la TVA sociale. Tout cela annonce une accentuation de la cure d’austérité et une aggravation de la crise politique.
Le désaveu s’est révélé historique dimanche. Mais le président de la République persiste. Personne ne peut croire sérieusement aux grandes promesses de justice sociale. La feuille de route annoncée sur un « pacte de solidarité » est tout simplement intenable. C’est presque une question d’arithmétique : une baisse des cotisations salariales cumulée à une baisse des impôts ampute les deux budgets de redistribution sociale : la Sécu et l’État.
Dès lors, s’ouvre une période qui va amener d’utiles clarifications. L’aile gauche du Parti socialiste et une cinquantaine de députés menacent de ne pas voter la confiance au gouvernement mardi prochain à l’Assemblée nationale. Ils réclament une remise à plat du pacte de responsabilité et fustigent les objectifs de baisse des déficits publics. Hier, Henri Emmanuelli, cacique du PS, a averti que son vote de confiance n’était pas acquis. Le Front de gauche n’a pas d’hésitation. Ses députés voteront contre « la continuité libérale », selon les termes du président du groupe, André Chassaigne.
Depuis deux ans, le peuple de gauche peine à trouver le chemin pour exprimer son aversion de l’austérité. Alors que les urgences se multiplient, des divisions persistent au sein du mouvement social et constituent un handicap pour créer un rapport de forces. La marche contre l’austérité du 12 avril pourrait bien ouvrir une autre séquence. Lancée par 200 personnalités, représentant largement la gauche politique, diverses forces syndicales, mais aussi de nombreux artistes et militants associatifs, elle souffle un vent revigorant d’unité qui promet déjà de ne pas rester sans lendemain.
- Marche du 12 avril : "mobilisons toutes les forces de la gauche" [1]
- La gauche retrouve ses voix le 12 avril [2]
- Marche du 12 avril contre l'austérité : "Maintenant ça suffit !" [3]
Paule Masson
URL source: http://www.humanite.fr/politique/utiles-clarifications-leditorial-de-paule-masson-562385
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