Bouygues-SFR-Free: craintes pour l'emploi dans la téléphonie mobile
Rédaction Web
9 Mars, 2014
Rachat de SFR par Bouygues Télécom, qui cèderait son réseau d'antennes et ses fréquences mobiles à Free: face aux grandes manoeuvres dans la téléphonie mobile française, Arnaud Montebourg fixe une "ligne rouge", "zéro plan social, zéro plan de départs volontaires, zéro licenciement".
Le ministre du Redressement productif réagit ce dimanche à la recomposition de la téléphonie mobile qui s'opère en France. Dans un entretien au Parisien dimanche, Arnaud Montebourg prend fait et cause pour le projet de fusion de Bouygues Telecom avec SFR, au détriment de l'autre candidat au rachat, Numéricable. Soulignant la nécessité, "dans le désordre européen, d'augmenter la taille de nos acteurs pour qu'ils soient capables de participer à la consolidation européenne et pas d'en être victimes", le ministre estime que "la concurrence par la destruction s'arrêtera si nous revenons à trois opérateurs mobiles tout en maintenant des prix bas. Elle ne s'arrêtera pas si Numéricable conquiert SFR, puisque la concurrence restera à quatre dans le mobile. Et, au final, soit Free soit Bouygues sera à ramasser à la petite cuillère avec des milliers d'emplois perdus".
Délocalisations et fusions
Le héraut du made in France veut surtout éviter une casse sociale de grande ampleur et fixe une "ligne rouge" pour les candidats au rachat : "Ce sera zéro plan social, zéro plan de départs volontaires, zéro licenciement". "Et engagement de patriotisme économique, c'est-à-dire cotation à la Bourse de Paris, siège social en France, recherche et developpement en France, relocalisation de call-centers et achat des équipements télécoms chez le français Alcatel". "Je demande donc à voir. Mais nous souhaitons déjà que les candidats améliorent ces offres au regard de nos exigences", précise Arnaud Montebourg.
L'inquiétude est vive pour ce secteur qui a déjà subi la délocalisation d'un grand nombre de services client et qui pourrait à nouveau connaître une saignée avec la fusion des activités des groupes qui se rapprochent. Ainsi, Bouygues Télécom va revendre à son concurrent Free et pour 1,8 milliards d'euros, selon le JDD, son réseau mobile et une partie de ses fréquences 4G, afin d'obtenir de l'Autorité de la concurrence le feu vert pour le rachat de SFR.
Les assurances de Bouygues
Interrogé par le JDD sur les conséquences sociales d'un rapprochement Bouygues-SFR, Olivier Roussat, pdg du groupe, affirme que ce "ne provoquera aucun départ". Il prend l'engagement que les réinvestissements dans la nouvelle antitée "créera de l'emploi". Quant aux boutiques et services de relation client, "en cas de fusion, nous aurons besoin des tous les salariés pour gérer la clientèle". Même engagement pour le réseau de boutiques.
La CGT ne croit pas à ces promesses. Le syndicat dénonce [1] le seul objectif poursuivi par ces grandes manoeuvres. "Dans les télécoms, en Europe, la rentabilité financière, compte tenu de la concurrence entre les opérateurs, se maintient via un mécanisme de concentration. Le gâteau diminue un peu, le besoin d’investissements reste très important et les actionnaires veulent maintenir leur taux de profit. Dans cette logique capitaliste, les besoins des salariés et des "clients" ne sont jamais pris en compte. La stratégie demeure le versement de dividendes aux actionnaires."
Pas inquiets
Des grandes manoeuvres qui n'inquiètent pas Nicolas Faber, délégué syndical CFTC, le premier syndicat chez Bouygues télécoms (47%): "Aujourd'hui, par rapport à l'emploi, je suis pas plus inquiet que ça. On est dans un groupe où tous les engagements pris ont toujours été tenus. Depuis l'arrivée d'un quatrième opérateur (Free, ndlr), on voit bien que c'est un marché qui est tiré par le bas en permanence. Aujourd'hui on est peut-être obligé de revenir à trois", a estimé le délégué syndical. "Cela peut garantir une concurrence constructive".
"Quand vous tirez les prix vers le bas, automatiquement les niveaux de service et les qualités de service ne peuvent être que le reflet du prix", a-t-il estimé. "Un réseau ça coûte cher (...) et pour qu'un réseau puisse répondre aux demandes de nos clients, il faut impérativement qu'on arrive à le faire évoluer", a-t-il précisé.
Mutualisation
Selon Bernard Allain, délégué FO, "la partie fréquence ne représente pas des emplois directs mais des capacités en termes de volumes de données et d'hébergements de clients. Quant aux antennes, a-t-il expliqué, "on était déjà dans une mutualisation d'une grande partie de notre réseau, en dehors des projets actuels. Donc, on savait de toute façon qu'il y aurait des antennes en doublon". "Je ne pense pas que ça rajoute une pression supplémentaire sur l'emploi", a-t-il ajouté, estimant que "l'emploi dépend directement de la guerre des prix et de la capacité des entreprises à investir notamment dans la fibre".
Chez Free, "on est plutôt rassurés", a indiqué un délégué syndical CFDT, premier syndicat dans l'entreprise. "Nous développer davantage de manière fiable et performante sans passer par Orange est une garantie d'emploi pour nos salariés", a-t-il affirmé. "On est dans une dynamique de recrutement et c'est une opportunité supplémentaire de recrutement", selon lui.
- A lire aussi:
Rachat de SFR au-delà des cinq milliards d’euros [2]
Rachat de SFR: il y a du monde sur la ligne [3]
Stéphane Guérard
URL source: http://www.humanite.fr/social-eco/bouygues-sfr-free-craintes-pour-lemploi-dans-la-te-560664
Publicité
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)
