Alger, Barakat impose son rassemblement
Rédaction Web
16 Mars, 2014
Algérie, présidentielles
Envoyé spécial. Ghardaïa, les conflits inter-communautaires font trois morts. Cette fois-ci, la police algérienne a laissé faire. Samedi, le rassemblement de Barakat (ça suffit) au centre d’Alger, près de l’université centrale, n’a pas été interdit. Il était simplement interdit aux protestataires de ne pas marcher dans la rue. Mieux, le cordon de policiers affables, sans armes ni matraques, qui entourait les manifestants, laissaient les gens aller grossir la foule de manifestants parmi lesquels se sont glissés une dizaine de salafistes de l’ex-FIS proches d’Ali Benhadj l’ex-numéro deux du parti.
Le changement d’attitude des autorités qui, jusque-là réprimaient tout rassemblement, a étonné plus d’un. Les interpellations musclées du 6 mars ont été fortement critiquées par le patron de la police algérienne, le général Abdelmalek Hammel, qui les a imputées à la préfecture d’Alger, en se prononçant pour une « gestion démocratique » des foules. La veille, Paris de son côté avait interpellé Alger souhaitant que soit respecté les « libertés fondamentales en Algérie comme partout dans le monde». En fait les images vidéos de cette répression contre des jeunes manifestant pacifiquement relayées par les réseaux sociaux ne sont pas étrangères à la posture apaisée adoptée par les autorités. Au sein du pouvoir algérien, des voix se sont élevées afin de laisser les gens s’exprimer et de traiter autrement que par la répression la contestation écrit Slimane Lahouari dans Le Temps ! L’affaire de la censure d’Atlas-tv, chaîne privée qui a cessé d’émettre depuis quelques jours, dont le directeur de rédaction Hafnaoui Ghoul est un des animateurs de Barakat, a fait du mal à l’image d’un pouvoir politique qui affirme vouloir jouer la carte de la transparence !
Quant au mouvement Barakat, dont le «non au quatrième mandat» de Bouteflika tenait lieu de programme, il a également évolué depuis qu’il s’est doté d’une plateforme. « L’Algérie n’est pas un royaume », « Système poubelle dégage », « y’en marre du pouvoir », « police politique barakat », « oulach smah oulach » (pas de pardon en berbère), « Algérie libre et démocratique » tels étaient les mots d’ordre scandés par les manifestants qui entonnaient de temps à autre l’hymne des maquisards de l’ALN (Armée de libération nationale durant la guerre d’Algérie) « de nos montagnes s’élevaient la voix des hommes libres ». Constantine, Batna (Aurès) et Tizi-Ouzou (Kabylie) ont également été le théâtre de manifestations contre l’élection présidentielle du 17 avril. Et si ces manifestations restent confinées aux couches évoluées – les classes populaires étant en retrait – elles n’expriment pas moins un malaise réel au sein d’une société algérienne encore traumatisée par dix ans de violence terroriste ayant fait plus de 100 000 morts !
Les partisans d’Abdelaziz Bouteflika ont également mobilisé leurs bases. Plusieurs milliers d’étudiants venant de diverses universités du pays rassemblés dans une salle de sport sur les hauteurs d’Alger ont écouté l’ex-Premier ministre M.Sellal défendre le bilan du président Bouteflika et réaffirmer que le président-candidat n’a pas besoin de faire campagne.
Loin d’Alger, tout au sud, à Ghardaïa, les affrontements inter communautaires entre Mozabites (berbères) et chaâmbas (arabophones) qui durent depuis mercredi dernier, ont fait trois morts. Commerces, cafés, saccagés ou incendiés, morts d’hommes, ont plongé la vallée du M’Zab, située tout près du site gazier de Hassi R’mel, dans une situation des plus préoccupante. Toutes les tentatives et les médiations entreprises pour ramener le calme ont échoué. Des compagnies de gendarmes ont été déployées pour épauler des policiers dépassés par la situation et interdit de porter des armes à feu alors que certains manifestants auraient, selon des témoins, fait usage d’armes automatiques ! Au point où vendredi, plusieurs centaines de mozabites d’Alger se sont rassemblés devant la maison Tahar Djaout où se trouvent les sièges de plusieurs quotidiens algériens pour alerter sur ce qui se passe dans leur région et demander l’intervention de l’armée ! « Seule l’armée en qui on a confiance peut sauver le M’zab » a déclaré l’un d’eux.
- Algérie: Barakat, ce mouvement de contestation qui inquiète les autorités [1]
Algérie: extension de l’opposition à la candidature Bouteflika [2]
Algérie : Bouteflika interdit à une chaîne télé d'émettre [3]
Hassane Zerrouky
URL source: http://www.humanite.fr/monde/alger-barakat-impose-son-rassemblement-561110
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