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10/10/2013 : Humanité Dimanche, Politique, Election, par Stéphane SAHUC, Rédacteur en Chef Adjoint

La défaite de Brignoles, un révélateur, une « leçon » ?

« La raison d’être du FdeG : Prouver qu'une autre politique est possible et la mettre en œuvre partout où cela est possible. »

La cantonale partielle de Brignoles (Var), dernier avertissement avant les élections municipales, va-t-elle pousser le gouvernement à modifier sa politique qui conduit l'électorat de gauche à s'abstenir et les partis de gauche à s'interroger sur ce qu'attendent les populations?

Le premier tour de l'élection cantonale de Brignoles, qui s'est conclu par l'élimination du candidat de gauche, le communiste Laurent Carratala (soutenu également par le PS), du second tour avec le FN à 40 % et l'UMP à 20 %, n'est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. S'il semble être de bon ton d'appeler aujourd'hui à battre le FN.

La première question qui se pose est de savoir pourquoi, à gauche, un large front n'a pas été possible dès le premier tour pour éviter de se retrouver dans cette situation. Car, dans ce canton, l'influence de l'extrême droite n'est pas une nouveauté. Déjà, lors des élections précédentes, le FN avait accédé par deux fois au second tour. Dans le contexte d'une partielle, le risque FN était donc une réalité anticipée. Et le PCF avait alerté. Pascal Savoldelli, responsable national du PCF aux élections, expliquait encore, le 20 septembre, que dans « les circonstances exceptionnelles de cette cantonale, le cœur comme la raison militent pour une candidature de rassemblement de toute la gauche dès le 1er tour pour franchir l'obstacle des 12,5 % des inscrits permettant sa participation au 2eme tour ». Il ajoutait que « le PCF et le Front de gauche ont pris toutes leurs responsabilités en proposant à EELV une candidature commune avec un titulaire PCF-FG et une suppléante écologiste. EELV a refusé », Cette division a donc mécaniquement contribué à l'élimination du candidat de gauche dès le premier tour.

Mais la question qui reste posée est: est-ce qu'une union de toute la gauche aurait permis la victoire? La réponse « chacun sous ses couleurs »s emble ne pas être suffisante pour relever le défit politique posé au Front de Gauche.

Compte tenu du résultat, il est permis d'en douter. Le total à gauche est à peine de 23 %, avec une abstention de 67 %. Et c'est bien ce chiffre qui doit interpeller. Il signifie que l'abstention a massivement été de ce côté-là de l'échiquier. Les électeurs de gauche ne jugent donc pas utile de se déplacer, y compris lorsque le FN risque de gagner une élection. Une leçon à méditer pour tous ceux qui, à gauche, sont tentés de rejouer la stratégie rnitterrandienne d'utiliser le FN pour rendre la droite inéligible. 5 ans de Sarkozy, de dérive populiste, de banalisation et de légitimation des idées du FN, 4 ans de crise et son cortège de chômage et de précarité, 18 mois de désillusions pour ceux qui avaient voté pour le changement,

C'est ce cocktail qui explose une nouvelle fois. Dans le contexte actuel où la politique du gouvernement déçoit terriblement, jouer avec le FN, c'est jouer avec le feu. Et cela pourrait se retourner contre ses auteurs. La solution passe donc par redonner de l'espoir, par un changement de politique pour répondre aux besoins des populations en matière d'emploi, de salaires, de retraite. Et ce n'est pas en se contentant d'agiter le hochet sécuritaire que le FN reculera.

Alors Brignoles, est-ce le résultat du soutien du PS au candidat PCF? Sans aucun doute selon Jean-Luc Mélenchon ou François Delapierre du Parti de gauche. Ce dernier estime que,» dans ce canton, le candidat PCF arborait aussi le poing et la rose. Il le faisait convaincu de la puissance bénéfique du talisman qui allait bientôt le frapper". Le candidat communiste aurait donc été emporté dans le rejet du PS et de la politique gouvernementale, et un candidat estampillé uniquement Front de gauche aurait fait mieux?

L'explication résiste mal à l'analyse de la dernière séquence d'élections partielles. Ainsi, lors de l'élection législative partielle du Lot-et-Garonne, l'effondrement du PS ne s'était pas accompagné d'une progression du Front de gauche. Scénario similaire dans l'Oise. La réponse «partons sous nos couleurs" semble donc ne pas être suffisante pour relever le défi politique posé au Front de gauche. Car, au bout du bout, se pose la question de la crédibilité du Front de gauche quant à son utilité pour changer la vie quotidienne maintenant.

Pour le PCF, C'est ce défi que doit relever le FG, avec les élections municipales en ligne de mire, cela passe justement par la mise en débat avec l'ensemble des forces de gauche de propositions de nature à changer concrètement la vie des gens. Mais également construire des actions et des mobilisations avec pour objectif de créer un rapport de forces obligeant toutes les forces de gauche à se prononcer sur ces propositions et à les intégrer.

De cela, de ce programme, découle ensuite la stratégie qui peut donc être union avec le PS ou autonomie avec le FG, assurent les dirigeant: du PCF. Au PG, l'analyse n'est pas la même puisque la rupture avec le PS - y compris avec les plus à gauche du Parti socialiste accusé: de « gesticulations unitaires" – est posée comme un élément de clarté nécessaire à l'émergence d'une alternative à gauche.

Marie-George Buffet, l'ancienne secrétaire nationale du PCF, juge sur Face book, que, « face au danger, l'heure est moins à l'appel au front républicain sans contenu qu'à une mobilisation sans précédent sur les contenus d'une politique de gauche redonnant sens et efficacité à la politique dans la vie quotidienne de nos compatriotes :

Prouver qu'une autre politique est: possible et la mettre en œuvre partout où cela est possible!

« Voila pour moi, c'était cela la raison d'être du Front de gauche, qu'est-il devenu? » se demande-t-elle, en mettant les pieds dans le plat. Une manière de regretter qu'au sein du FG le débat sur les listes aux municipales semble prendre le pas sur la construction concrète de cette alternative et sur les gestes permettant l'élargissement du FG. Car pour la dirigeante communiste Brignoles comme les précédent élections partielles prouvent également que «l'idée du Front gauche a reculé dans la population depuis l'élection présidentielle Or, ajoute-t-elle, «la seule force qui peut déranger le paysage politique" c'est bien le FG. Et d'estimer «qu'il est temps" pour ce dernier de «reprendre une initiative fort au moment où les députés du FdeG vont être obligés de voter contre un « budget catastrophique »,

Dont acte

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Tag(s) : #BRIGNOLES
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