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Le modèle allemand, un poison pour... les Allemands

Lundi 29 avril 2013

L’austérité et les réformes antisociales, imposées aux citoyens allemands et de l’UE, ont un effet boomerang sur la croissance, qui ne dépassera pas 0,5 %, cette année, outre-Rhin.

Depuis la mi-2012 l’économie allemande stagne. Elle affichait même au dernier trimestre de l’an dernier un recul spectaculaire (– 06 %) du PIB. Et le rebond, espéré par les autorités au début de l’année 2013, ne sera pas au rendez-vous. La Bundesbank, la banque centrale allemande, a ramené ses précisions de croissance pour cette année à 0,4 % du PIB et le gouvernement lui-même vient de faire savoir qu’il tablait sur une hausse de seulement 0,5 % de l’activité.

Si on veut bien y regarder d’un peu plus près, c’est le « modèle » choisi par Berlin et imposé à ses partenaires de la zone euro qui est lui-même à l’origine de cette grosse fatigue de la première économie de la zone euro. Elle subit un double effet boomerang. D’une part, les politiques de déflation salariale adoptées depuis le début de la décennie 2000 pèsent sur le marché intérieur et, d’autre part, les purges austéritaires imposées aux États membres de la zone euro par le biais, notamment, du traité budgétaire, réduisent ses débouchés à l’export.

Les salariés allemands ont subi un recul moyen de leurs rémunérations de 4,2 % sur la décennie 2000, selon une enquête de l’institut de conjoncture DIW (alors que les revenus du capital ont affiché, eux, une croissance à deux chiffres). Et les réformes antisociales du gouvernement de Gerhard Schröder, poursuivies par Angela Merkel, commencent maintenant à faire sentir d’autres effets dévastateurs. L’Allemagne est rattrapée par la pauvreté, d’après les plus récentes enquêtes d’Eurostat. Les minijobs à 400 euros, les travaux d’utilité publique à 1 euro de l’heure et la réforme Hartz IV de la couverture chômage qui fait basculer, après seulement un an, les personnes privées d’emploi vers le régime de l’aide sociale, sont passés par là. D’où une précarité de masse qui plombe la consommation. Quant à la crainte toujours plus répandue de plonger dans la misère à l’âge de la retraite à la suite des réformes successives de l’assurance vieillesse, elle n’incite pas vraiment les ménages à puiser dans leur épargne.

Les grands groupes exportateurs pour lesquels ces réformes ont été conçues, traversent également un trou d’air et réduisent leurs investissements. Car les marchés européens sur lesquels se situent 60 % de leurs débouchés sont frappés de récession. Terrible contradiction : c’est le modèle de gouvernance imposé par Bruxelles et Berlin au reste de la zone euro qui plombe l’activité et réduit les débouchés... des groupes allemands. Les pays du sud de l’Europe en effet sont exsangues, laminés par les plans d’austérité. Et même un pays comme la France, qui reste le premier partenaire commercial de l’Allemagne, est frappé de léthargie, Paris s’étant soumis à la contrainte d’un traité budgétaire, avec « règle d’or », inspiré par Berlin. Le modèle si désiré des messagers de l’orthodoxie libérale de ce côté-ci du Rhin est aussi un poison pour... l’Allemagne.

Tag(s) : #Economie