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Le 1er Mai, la rue pour une nouvelle voie, l'éditorial de Patrick Apel-Muller

Mardi 30 avril 2013

La démarche est inhabituelle. Et elle est solennelle. En écrivant vendredi dernier au président de la République, le secrétaire général de la CGT fait un constat : depuis un an, "pour les salariés, rien n’a changé positivement dans leur vie au travail et dans leurs conditions sociales" ; et avertit : "La rupture avec les politiques d’austérité et de rigueur budgétaire doit être à l’ordre du jour en France et en Europe."

Thierry Lepaon sent sans doute mieux que d’autres la colère sociale qui parcourt souterrainement la société. Elle n’a pas encore émergé, entravée par le désappointement né de l’oubli, par les gouvernants, des promesses d’avant le scrutin présidentiel. Mais chacun la sent ou la pressent, avivée par le scandale Cahuzac qui charrie les relations vénéneuses entre l’argent et des responsables politiques.

Mauvaise pioche, à la veille du 1er Mai, voilà que François Hollande multiplie les bonnes manières à l’égard du patronat. Une loi de flexibilisation de l’emploi qui brûle des pages entières du Code du travail, le veto mis à la loi d’amnistie des syndicalistes votée par le Sénat, une capitulation sans résistance devant les pigeons entrepreneurs... de quoi permettre « un Medef de combat », ainsi que le réclame le favori à la succession de Laurence Parisot, Pierre Gattaz. Les actes du gouvernement confirment un tournant social-libéral et une adhésion à cette austérité forcenée qui anémie le continent et fait flamber le chômage. Cela rappelle cette interpellation de Jaurès à Clemenceau, si cher à Manuel Valls : « Vous écorchiez la grande bourgeoisie quand vous étiez dans l’opposition, maintenant que vous êtes au pouvoir, vous étranglez les travailleurs »...

La contestation de ces choix déborde les rangs des responsables de la CGT. Elle gagne les ministres, les députés, Europe Écologie-les Verts et le Parti socialiste. Ce débat est installé au cœur de la gauche. Les économistes affichent de plus en plus nombreux leurs distances avec la rengaine de la « rigueur ». Il n’y a plus guère qu’Alain Juppé pour juger qu’il n’y a « aucune contradiction entre austérité et croissance ». Voilà même qu’une étude en provenance d’universitaires d’Oxford (GB) et de Stanford (USA) montre que les politiques d’austérité ont des conséquences désastreuses en matière de santé publique dans les deux continents où elles provoquent suicides, dépressions, résurgences ou explosion des maladies infectieuses, impossibilités de se soigner...

À la veille de la journée des travailleurs, Thierry Lepaon estime qu’il « n’est pas trop tard pour bien faire. Le président est au pied du mur : ou c’est un changement de cap ou il renonce à la feuille de route, celle du changement ». Dans les défilés prévus dans les grandes et les moyennes villes de France, c’est ce que réclameront des dizaines de milliers de manifestants. Leur nombre pèsera immédiatement mais aussi pour mobiliser demain la majorité des salariés en faveur de l’augmentation des salaires et du pouvoir d’achat, l’emploi, la politique industrielle, les services publics, une protection sociale de haut niveau et les droits à la retraite. Un brin de muguet à la boutonnière.

Patrick Apel-Muller

URL source: http://www.humanite.fr/social-eco/le-1er-mai-la-rue-pour-une-nouvelle-voie-530723

Le 1er Mai, la rue pour une nouvelle voie à gauche
Tag(s) : #Politique