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L’autre face de Picasso, toujours précurseur

Article paru dans La Marseillaise du jeudi 25 avril 2013

L’attente est enfin terminée ! L’exposition phare « Picasso céramiste et la méditerranée » débutera demain, samedi, à l’intérieur de la Chapelle des Pénitents Noirs d’Aubagne. Aux visiteurs désormais d’aller à la rencontre de ce côté artistique moins connu de l’artiste espagnol, qu’il s’était mis à pratiquer à près de 65 ans. Sans hésiter, comme il en avait pris l’habitude dans ses peintures, à bouleverser les techniques établies.

« C’est lors d’une visite promenade pendant la foire de la poterie à Vallauris en 1946 que Picasso rencontre dans cette ville de tradition potière, Georges et Suzanne Ramié, ce qui déterminera un travail constant jusqu’à la fin des années soixante autour de la Céramique », introduisent les deux commissaires de l’exposition Bruno Gaudichon et Joséphine Matamoros. « Picasso, en revenant sur les rives de la Méditerranée retrouve également sa culture à travers la mer, le bleu du ciel, le climat, la nourriture très typée... sur tout le pourtour de cette mer unificatrice et fondatrice de cultures », poursuivent-ils.

Et à découvrir les quelques 150 oeuvres présentées, prêtées par des musées ou des collections privées - des inédits sont là,ce qui ne manquera pas d’attirer les puristes -, impossible de leur donner tort. La visite, d’une durée de trois-quarts d’heure, permet de se plonger d’une manière nouvelle dans l’univers du Maitre, disparu voilà 40 ans.

Cet événement de MP 2013 montre essentiellement des objets du quotidien, tels différents plats, poêlons ou pinâtas, que Picasso détourne à sa guise. Des poteries datant de la grecque antique « raffinées » sont aussi parfois mises en contraste avec ses créations, lui qui favorisait le « concept ». Saisissant. « C’était un génie, une éponge. Tout ce qu’il voyait il l’intégrait. Si ça ne lui servait pas, il mettait la chose dans un coin de sa tête et elle ressortait au moment où il en avait besoin. Non pas sous forme de copiage, mais de concept donc, c’est à dire que tout était digéré puis retranscrit selon sa préoccupation du moment », souligne Joséphine Matamoros.

Cuisson à point.. ou à vif

Toujours selon l’ancienne directrice du musée de l’art moderne de Céret, son savoir de la méditerranée, le natif de Malaga « l’avait essentiellement acquise au Louvre, endroit où il avait passé beaucoup de son temps ». Et cet esprit est omniprésent dans la Chapelle des Pénitents Noirs. La cuisson, d’où naissent les couleurs, est toujours à point, ou plutôt à vif, faisant ressortir toute la singularité de Pablo Picasso. Les oeuvres fourmillent de détails et font ressortir quelques thèmes évidents tels la corrida, superbement représentée dans une série d’assiettes « qui ne montrent jamais l’exécution », mais aussi des portraits de ses compagnes Françoise Gilot et Jacqueline Roque à l’honneur dans et sur différentes formes. Des têtes de faune, splendides, sont aussi réunies.

Quant au choix d’installer cet événement phare à Aubagne, il découle de lui-même, toujours selon Joséphine Matamoros « Aujourd’hui, la ville compte. 53 artisans ou industries spécialistes de Céramique et 250 ouvriers travaillant dans le domaine. J’ai donc souhaité qu’il soit ici dès que l’on m’a confié ce travail, il y a trois ans » .

« C’est avec beaucoup d’émotion que je redécouvre ces pièces, ces moments de travail », lâche, la voix plein d’émotion, Dominique Sassi, qui eut selon ses propres mots « l’immense privilège » de travailler pendant 20 ans pour Picasso dans l’atelier de Madoura à Vallauris, appartenant au couple Ramié.

Sous les ordres de celui qu’il appelait « le Maitre », il était chargé, entre autres, de produire des séries limitées, copie des originaux. L’homme raconte : « Picasso avait touché à tout. Bois, fer, bronze, béton... La céramique, que très peu, si bien qu’il va vite s’abandonner dans cette nouvelle expression. Forcément, Il a eu l’envie de la triturer, la déformer, la graver ».

Et lorsqu’on lui évoque le côté précurseur de l’artiste, il répond du tac-au-tac. « De suite il va faire ce que personne n’avait fait. Poser des couleurs qu’il ne fallait soit disant pas sur la terre cuite. Arriver à créer des mélanges réputés impossible. Tel un magicien, il a réussi ».

Quant au travail, il se passait toujours dans « une grande générosité. Chacun était à sa place, mais je n’ai jamais vu un accro », affirme t-il, ne voulant pas rentrer dans le débat du caractère réputé tyrannique du peintre de La guerre et la paix, chef-d’oeuvre fait lui aussi à Vallauris, tout comme la sculpture L’homme au mouton (ces deux pièces ne sont pas présentées à Aubagne).

« La chapelle est petite, mais tout est bien agencé. Il fallait que ça respire et c’est le cas ! De plus, je retrouve la vie de l’atelier. Et c’est l’essentiel » conclut-il, soulagé, au sujet de cette exposition, qui ouvre aussi le bal du Grand Atelier du Midi.

Cédric COPPOLAC.C

http://www.lamarseillaise.fr/analyse-de-la-redaction/analyse-dossier-du-jour/item/2843-dominique-sassiun-immense-privilege-lautre-face-de-picasso-toujours-precurseur-titre

Tag(s) : #CULTURE