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Article paru le 29 avril 2010 dans l'Humanité

 

Tribunes & idées

Retraites : Les femmes encore davantage pénalisées

Par Catherine Bloch-London, sociologue, ATTAC France, commission Genre, 
et Christiane Marty, conseil scientifique ATTAC France.


Retraite  : fin des soixante ans  ? Cotiser plus longtemps  ?

Aujourd’hui, le niveau de retraites des femmes est déjà très inférieur à celui des hommes (62%)  : 1 020 euros par mois en moyenne contre 1 636 euros, si l’on prend en compte la pension globale (incluant pension de réversion et dispositifs familiaux)  ; 746 euros seulement si l’on considère les seules pensions de droit direct, soit 48 % du montant moyen de la pension des hommes (1 550 euros).

Cette situation reflète – et amplifie – les écarts entre les hommes et les femmes existant dans la vie active, et ce dès la fin de la scolarité. Plus diplômées que les hommes, les femmes ont plus souvent et plus longtemps connu des périodes de chômage, occupé des emplois moins qualifiés, fréquemment à temps partiel. La réduction des écarts de salaires est en panne depuis le milieu des années 1990. Alors que les comportements avaient évolué au fil des générations et que les femmes avaient cessé de se retirer temporairement du marché du travail pour élever leurs enfants, entraînant une progression continue du taux d’activité féminin, l’allocation parentale d’éducation étendue en 1994 aux parents de deux enfants a entraîné une baisse du taux d’activité des mères de deux enfants (18 points en quatre ans). Or la discontinuité des carrières est un des facteurs aggravant le bas niveau des pensions de retraite.

Leur carrière en moyenne plus courte contraint déjà les femmes à liquider plus tardivement leur retraite que les hommes  : trois sur dix attendent soixante-cinq ans, borne à laquelle ne s’applique plus la décote en cas d’annuités manquantes. En 2004, 59 % des femmes n’avaient pas pu valider une carrière complète, contre seulement 14 % des hommes. Le passage des dix aux vingt-cinq meilleures années (réforme de 1993), l’allongement de la durée de cotisation et le système de décote (1993 et 2003) ont particulièrement pénalisé les femmes. Ils ont déjà pour conséquence une baisse générale du niveau des retraites de 20 %, alors que toutes ces mesures n’ont pas fini de produire leurs effets.

Le recul de l’âge légal de la retraite au-delà de soixante ans et/ou un nouvel allongement de la durée de cotisation joueraient dans le même sens  : les femmes parviendraient encore moins à valider une carrière complète, leur pension baisserait fortement et le risque de basculer dans la pauvreté augmenterait.

La majoration de durée d’assurance, mesure spécifique en faveur des femmes, qui accordait un ou deux ans par enfant, respectivement dans le secteur privé et public, afin de compenser (très partiellement) les écarts de pension entre les sexes, a été fortement réduite par la loi Fillon de 2003 dans la fonction publique, et elle est aujourd’hui remise en cause dans le privé, et cela… au nom de l’égalité entre hommes et femmes  ! Au lieu de calculer le différentiel de pension sur l’ensemble de la carrière et de chercher à le compenser – comme l’ont fait sur les salaires quelques rares accords d’égalité professionnelle, sous la pression des femmes et des syndicats, et de prévoir un rattrapage –, c’est un nivellement par le bas qui est imposé.

Les projections pour le taux d’activité des femmes, utilisées pour le calcul du nombre de cotisants dans le futur et reprises dans le dernier rapport du COR, vont à l’opposé de l’égalité. Outre qu’elles reposent sur des hypothèses très incertaines – surtout à un horizon lointain de quarante ans –, elles ne prévoient aucune progression du taux d’activité féminin à l’horizon 2050, sauf ponctuellement dans les tranches les plus âgées. Cela signifie un renoncement à toute mesure politique visant à remédier aux inégalités existantes. Ce faisant, le COR entérine l’actuel partage très inégal des tâches et de l’emploi entre les sexes et prive par ailleurs les caisses de retraite d’un fort potentiel de cotisantes. Plus largement, toute une série de solutions permettant d’améliorer l’égalité entre hommes et femmes et de lever les obstacles qui jonchent leur trajectoire professionnelle aurait un impact significatif sur les retraites. Rattraper les inégalités salariales, qui représentent au minimum 10 % de la masse salariale, par des mesures volontaristes permettrait également de faire rentrer des cotisations. Majorer les taux de cotisations des employeurs qui embauchent à temps partiel, en particulier dans la grande distribution et le nettoyage, permettrait de mettre fin à ces pratiques discriminatoires. Développer un service public de la petite enfance et d’aide à la dépendance, avec des emplois mixtes, non précaires, de qualité et correctement rémunérés, permettrait de libérer les femmes de tâches qui leur incombent dans la sphère familiale, tout en cessant de les confiner dans des métiers de l’assistance et du social. On le voit, l’enjeu est un choix de société (1).

(1) À lire  : Retraites, l’heure de vérité, collectif Attac 
et Fondation Copernic. Éditions Syllepse.

Tag(s) : #Retraites