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Copenhague, le sommet du moins pire

vendredi 27 novembre 2009 / "le Patriote"


Les pays émergents risquent de demander des comptes aux pollueurs historiques que sont les pays industrialisés, dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais ce sommet, tout risqué qu’il soit, est particulièrement important pour la santé future de la planète. Il n’est ni plus ni moins que la relève de Kyoto, dont le protocole arrive à échéance en 2012.

Le risque majeur est que, de ce sommet de l’ONU organisé à Copenhague du 7 au 18 décembre, ne débouche aucun accord sérieux. Pourtant le discours a énormément progressé dans les esprits depuis Kyoto, ratifié en 1998, ainsi que dans l’opinion. Même la position des Etats-Unis pourrait, et devrait avancer. « La menace représentée par le changement climatique est grave, elle est urgente et elle grandit », disait récemment Barack Obama, pourtant classé comme mauvais élève par Greenpeace. L’urgence a d’ailleurs à nouveau été soulignée cette semaine par l’Organisation météorologique mondiale, laquelle a annoncé que la concentration de la plupart des gaz à effet de serre avait atteint en 2008 des niveaux jamais égalés depuis l’époque préindustrielle.

Mais les déclarations se succèdent et rien n’avance réellement depuis maintenant de nombreuses années. Des fonds promis, par le passé, aux pays les plus pauvres par les pays riches (quelque 18 milliards), seuls 10% ont effectivement été versés.

La question du financement est cruciale. Qui doit payer la facture de la lutte contre le changement climatique ?

« Beaucoup de milliards ont été débloqués pour la crise financière, et malheureusement, on voit bien que pour cette crise là, les pays industrialisés, responsables historiques de la situation dont pâtissent actuellement les pays en voie de développement, traînent la patte pour apporter une aide financière », explique Nadine Bruzzese, coordinatrice du groupe local de Nice pour Greenpeace.

Eva Joly, député européenne, signait dernièrement un texte pour l’instauration d’une taxe Tobin « verte », justifiée ainsi : « Selon le rapport annuel de la Banque mondiale, les pays industrialisés ne subiront les conséquences du réchauffement climatique qu’à hauteur de 20 % alors que les pays les plus pauvres, responsables de 2 % seulement des émissions, seront les plus durement touchés. Chaque année déjà, selon le Forum humanitaire mondial, 300 000 personnes meurent et 325 millions sont durement affectées par le réchauffement climatique ».

Ultimatum climatique. C’est le nom de l’appel lancé par une dizaine d’ONG (Greenpeace, WWF, FNH, Réseau Action Climat, OXFAM, Action contre la faim, Secours Catholique, Médecins du Monde, Amis de la Terre, FIDH et CARE).

Cette pétition, dont l’objectif de recueillir un million de signatures, demande aux dirigeants de prendre des engagements ambitieux et chiffrés lors du sommet afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. A Paris, un grand concert a eu lieu dimanche dernier pour soutenir les ONG.

Mais le vœu pourrait bien rester lettre morte. « Comment accorder la moindre confiance à des forces politiques aliénées aux marchés financiers et soumises à la sacro-sainte loi du profit immédiat ? », se demandait il y a quelques jours Michel Guilloux dans un éditorial de l’Humanité.

Pourtant, des propositions chiffrées ont bel et bien été formulées. Les pays riches ont globalement pris des engagements compris entre 11% et 15% de réduction de leurs gaz à effet de serre.

L’Union européenne a promis de réduire unilatéralement ses émissions de 20% par rapport aux niveaux de 1990 et de 30% si d’autres suivent son exemple, et qu’un accord est trouvé.

Un projet de loi soumis au Sénat américain propose de réduire d’ici 2020 les émissions de 7% par rapport aux niveaux de 1990. Le Brésil a promis de réduire de 80 % le déboisement de l’Amazonie d’ici à 2020.

Mais l’heure n’est qu’aux discours.

Peinture verte. Denis La Spesa, membre du MNLE (Mouvement National de Lutte pour l’Environnement), avance que l’« on aborde Copenhague en sachant pertinemment qu’on n’est pas ambitieux ». Tout en reconnaissant que ce sommet est d’une importance capitale, la question de la confiance demeure : « Est-ce que l’on peut croire sincèrement que ceux qui n’arrivent pas à résoudre la crise financière, sont à même de venir à bout de la crise environnementale ? » En France par exemple, continue-t-il, lorsque l’on parle d’environnement, « il faut systématiquement être politiquement correct. Lorsque l’on veut être critique, on se fait rétorquer que l’on n’a rien compris. Car les intérêts financiers sont énormes et malheureusement toujours présents. Le Medef camoufle avec un coup de peinture verte son capitalisme effréné. Or, pour nous, la question de l’environnement n’est pas dissociable de la question sociale ». Pour lui, ce sont les associations, syndicats et partis politiques qui doivent se saisir de la question.

Et tant que ce ne sera pas le cas, les déclarations d’intention pourront se multiplier, il y a fort à parier que la planète, peut-être à l’inverse de l’opinion, ne s’en accommodera pas.

R.F.

http://www.le-patriote.info/spip.php?article3012
Tag(s) : #Environnement