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Politique / Social - Économie - Article paru le 29 octobre 2009 dans l'Humanité

 

La CGT relance la bataille de la retraite et de la pénibilité

Rassemblement à La Plaine-Saint-Denis de 2000 salariés du bâtiment pour le droit au départ anticipé pour travaux pénibles. Bernard Thibault met en garde contre le risque de laisser noyer le sujet dans le « rendez-vous » de 2010.


Alors que les suicides à France Télécom défraient la chronique, un autre drame, quasi invisible dans les médias, illustre l’état des conditions de travail en France. « Dans le BTP, entre 1997 et 2007, 1828 salariés ont perdu la vie sur les chantiers. Soit en moyenne 182 morts par an. Chaque jour travaillé, un salarié perd sa vie en essayant de la gagner », rappelait hier Éric Aubin, secrétaire de la fédération CGT du secteur, lors d’un meeting qui a rassemblé 2 000 personnes à La Plaine-Saint-Denis. Au-delà des morts, le BTP se distingue en affichant un taux de fréquence et un indice de gravité des accidents du travail deux fois plus élevés que la moyenne de l’ensemble des branches.


L’avertissement de Bernard Thibault


Rien d’étonnant, dès lors, si les travailleurs du bâtiment sont, de longue date, à la pointe du combat pour le droit à la retraite anticipée pour travaux pénibles. Un nouveau droit qui, en attendant une amélioration sensible des conditions de travail, apporterait « réparation » à l’ensemble des ouvriers usés prématurément par le labeur, dont l’espérance de vie est inférieure en moyenne de six ans à celle des cadres. À l’heure où la crise frappe sévèrement le BTP, les fédérations patronales annonçant des dizaines de milliers de suppressions d’emplois du fait de la baisse de la construction de logements, cette mesure de justice permettrait en outre à la branche de traverser l’épreuve en évitant de licencier. Et, ajoute Éric Aubin, en modifiant l’image de la profession, si mauvaise qu’un jeune sur deux formés aux métiers du BTP la quitte deux ans après y être entré.

Si la CGT a décidé de relancer la bataille, un an après l’échec, provoqué par le Medef, des négociations interprofessionnelles syndicats-patronat, c’est qu’elle redoute qu’il fasse à nouveau l’objet d’une entourloupe. Nicolas Sarkozy a annoncé un « rendez-vous » en 2010 sur la retraite où « tout » serait mis sur la table, durée de cotisation, âge légal de départ et pénibilité. Le patronat risque de mettre à profit ce « rendez-vous » pour « noyer le sujet dans la problématique générale de la retraite », en faire « une monnaie d’échange », avertit Bernard Thibault, qui participait au meeting d’hier. Le Medef chercherait à « s’exonérer de sa responsabilité » en « faisant jouer la solidarité entre salariés » pour financer un dispositif sur la pénibilité. La CGT réclame donc que la question soit « traitée avant le rendez-vous 2010 ».


Yves Housson

Tag(s) : #Retraites