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Article paru dans La Marseillaise du mardi 31 juillet 2012 

l’Austérité dans le colimateur

Grèce, Espagne, Italie... De nombreux pays ont démontré l’inefficacité des politiques d’austérité. Pourquoi s’entêter ? photo illus Rt

Grèce, Espagne, Italie... De nombreux pays ont démontré l’inefficacité des politiques d’austérité. Pourquoi s’entêter ? photo illus Rt

Après les économistes atterrés, l’OFCE, centre de recherche en économie de Sciences Po, dénonce les « objectifs déraisonnables » pour faire baisser les déficits publics.

« Des économies sont nécessaires, nous allons faire des économies » : même en annonçant que l’option très controversée de hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG) ne serait pas prise, Jérôme Cahuzac, le ministre délégué au Budget n’a pu s’empêcher de marteler la philosophie du gouvernement. Mais de rappeler que si « naturellement tout devait être décidé pour la rentrée et la loi de finances initiale », pour l’heure, « rien n’était encore calé ». Août sera donc studieux. Or, l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE) vient de sortir un rapport opportun pour alimenter la réflexion : « évaluation du projet économique du quinquennat 2012/2017 ».

Outre le contexte de crise et de récession menaçant de se transformer en dépression majeure, le rapport campe en préambule que les élections présidentielles ont donné une légitimité forte à « un changement d’orientation de la politique économique ». Il précise aussi que la France ne saurait être déconnectée des autres pays de la zone euro et que d’autres facteurs - comme le taux de change de l’euro ou le prix du pétrole - sont aussi des données qui interviennent dans un débat qui ne se cantonne pas aux seules politiques publiques.

Mais de centrer leurs analyses sur ces politiques et d’analyser les nouvelles orientations au regard de ce qui a déjà été mis en place ou envisagé : « une stratégie dont la première étape est d’aboutir à la réduction, quoiqu’il en coûte, du déficit public à 3% du PIB à la fin de l’année 2013 ». Pourquoi ? « Pour rassurer les marchés financiers comme les autres agents économiques et mettre en place les conditions d’une reprise future vigoureuse ». Avec quels outils ? « La réduction des dépenses publiques et la hausse de la fiscalité ». Jusque là, rien que de finalement banal.
Plus intéressantes en revanche sont les mesures que ces économistes se sont attelés à réalisées sur les effets à cinq ans de ces choix politiques. Les calculs sont détaillés (126 pages !) mais, grosso modo, un concept économique permet de calculer le lien entre politiques budgétaires et impact sur l’activité. Par extension, cela permet à ces économistes de calculer les effets en terme de croissance et d’emploi. Ils affirment ainsi qu’un « respect des engagements budgétaires » « coûterait plus de 160 000 emplois en cinq ans pour un gain de 1.5% de PIB de la dette publique ».

« Des objectifs déraisonnable »
Et d’aller plus loin en estimant que ce sont des politiques intenables : « aucun grand pays européen ne respectera ses engagements de réduction de déficit », ce qui, règle d’or oblige, provoquera des sanctions et donc un renchérissement des conditions financières sur le remboursement de la dette. Et d’accuser les Etats de « ne pas prendre toute la mesure de la crise » et de proposer des « objectifs déraisonnables » qui ont pour seuls effets « d’enfermer les pays de la zone euro dans une spirale où la nervosité des marchés financiers est le moteur d’une austérité toujorus plus grande ».
L’OFCE propose une stratégie alternative : viser non pas l’équilibre des finances publiques mais la contrainte du déficit structurel en dessous de 0.5 point du PIB et arrêter les contraintes dès que ce seuil est atteint. Selon leurs estimations, « Allemagne, Italie et Finlande arrêtent leur politique d’austérité dès 2013, la France et le Portugal doivent poursuivre jusqu’en 2014, la Grèce jusqu’en 2015 et les autres pays de la zone euro jusqu’en 2017 ».
Les auteurs reconnaîssent que ce n’est pas la panacée, « ce scenario n’éviterait pas les destructions d’emploi industriels mais en limiterait considérablement l’ampleur » tout en estimant que « l’effort étant plus mesuré, il pèserait d’une façon plus juste sur les contribuables de chaque pays, évitant l’écueil des coupes sombres dans les budgets publics ».
Autre écueil, ce « plan B » est surtout intéressant pour... les économies dominantes. Mais il a au moins le mérite d’ouvrir le débat.

Angelique Schaller.

Tag(s) : #Economie