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International - Article paru le 29 janvier 2010 dans l'humanité

 

Obama fragilisé par la crise sociale


Le président s’est montré peu convaincant dans son discours sur l’état de l’Union, s’efforçant de rassurer une opinion traumatisée par le chômage tout en annonçant un plan d’austérité.


Dans son premier discours sur l’état de l’Union mercredi soir, Barack Obama a tenté de répondre à la montée de l’inquiétude de ses compatriotes face à l’explosion du chômage, qui a plus que doublé en 18 mois et touche désormais, selon les statistiques officielles, plus de 10 % de la population active. Cette forte dégradation sociale, qui affecte jusqu’aux classes moyennes, a contribué à la démobilisation de l’électorat démocrate et donc à la perte de l’emblématique siège de sénateur d’Edouard Kennedy dans le Massachussets, il y a un peu plus d’une semaine. Une mauvaise surprise d’autant plus préoccupante pour le président que se profilent en novembre les élections de la mi-mandat (renouvellement de la Chambre et d’un tiers du Sénat). Pour tenter de remonter la pente, Obama a tout particulièrement mis l’accent sur l’emploi. Il doit être « notre première préoccupation en 2010 », a-t-il lancé.

Le président a proposé d’allouer à des banques de proximité quelque 30 milliards de dollars récupérés sur les fonds remboursés par les grands établissements de Wall Street renfloués par l’État. L’objectif serait d’aider ces petites banques à financer les PME, aujourd’hui littéralement étranglées à cause de leurs difficultés à accéder à de nouveaux crédits. Obama a annoncé également un crédit d’impôt pour « plus d’un million de petites entreprises recrutant de nouveaux employés » et « des incitations fiscales pour toutes les entreprises (…) qui investissent dans de nouveaux équipements ».

Le président Tâtonne

Ces annonces butent cependant d’emblée sur le plus grand scepticisme. Car au-delà même de leur contenu plutôt convenu, elles sont avancées en même temps que des mesures destinées à réduire de façon drastique les déficits. Ces coupes dans les dépenses fédérales sont censées faire économiser quelque 250 milliards de dollars (180 milliards d’euros) sur dix ans (voir ci-contre). Elles sont une réponse aux marchés financiers qui réclamaient des mesures « d’assainissement », s’inquiétant d’une éventuelle recrudescence de l’inflation qui dévalorise les placements. Wall Street affichait sa satisfaction après avoir plutôt mal encaissé les propos du locataire de la Maison-Blanche, à la fin de la semaine passée, sur son projet de régulation du système bancaire destinée à refroidir la machine à spéculer, repartie de plus belle depuis quelques mois. Dans son discours, le président a certes affirmé qu’il allait maintenir le cap visant à obliger les banques de dépôt à rompre leurs liens avec les hedge funds (sociétés de placements hyper spéculatifs). Mais sans plus de détail quant à une mise en œuvre concrète.

De la même façon, le président a affirmé qu’il était toujours déterminé à faire aboutir sa réforme du système de santé. Mais le passage à la concrétisation se présente, sur ce dossier-là, sous des auspices encore plus défavorables. Les démocrates viennent de perdre au Sénat le siège qui leur donnait une majorité qualifiée. Or, de compromis en compromis, le texte a déjà été vidé de beaucoup de sa substance. On voit donc mal comment il pourrait resurgir miraculeusement d’une renégociation avec les républicains. Et plusieurs dizaines de millions de citoyens risquent donc de rester privés de toute couverture santé.

Autre signe de son décrochage sensible avec l’opinion états-unienne, Obama s’est focalisé devant le Congrès sur les sujets intérieurs, ignorant quasiment la politique étrangère. Tout juste a-t-il confirmé l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan. Mais sans fixer, comme il l’avait pourtant promis initialement, le moindre calendrier de retrait.

Bruno Odent

Tag(s) : #Monde