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Eradiquer la famine ? Un devoir urgent !
Article paru dans La Terre le 31 juillet 2010
 

Cette semaine est marquée par des journées mondiales contre la misère et pour l’alimentation. Celles ci sont utiles à la réflexion, au débat, voire à l’action solidaire. Mais ce sont toutes les journées de l’année qui devraient être consacrées à la lutte contre la pauvreté, la misère, la famine. En effet, alors que le monde regorge de richesses, que la médecine comme l’agriculture ont fait des progrès considérables, on est abasourdi et révolté de constater qu’une personne meurt de faim dans le monde toutes les quatre secondes. Dix millions d’enfants de moins de cinq ans meurent chaque année de sous alimentation ou de consommation d’eau non potable. Quel scandale ! Trois milliards d’individus sont contraint de vivre avec moins de deux euros par jour. Pendant ce temps sept millions de millionnaires disposent de près du tiers de la richesse mondiale.

L’aggravation de la famine et de la pauvreté n’est pas un problème technique. Il s’agit d’un enjeu politique de première importance. Il concerne chacune et chacun. On ne peut, en effet, espérer vivre dans un monde de stabilité, de paix tant que la moitié de l’humanité survivra dans le dénuement et la misère. Ces insupportables maux frappent maintenant de plus en plus en Europe et aux Etats Unis, alors que les plus pauvres des pays pauvres cherchent à migrer vers les pays développés à la recherche d’un hypothétique eldorado. Les forces de l’argent mettent ainsi de plus en plus d’individus en concurrence pour faire baisser les salaires. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le monde capitaliste ne se contente pas de produire cette misère. Il s’en nourrit. Les dirigeants des pays capitalistes versent théoriquement 54 milliards de dollars aux 120 pays les moins développés, mais ils leur en pompent 436 milliards avec le remboursement de la dette, grossie des intérêts exorbitants.

On s’est réjouit que le prix Nobel de la paix ait été décerné au fondateur du micro-crédit, le Bangladais Muhammad Yunus. Il est bien que la ténacité, le courage, la générosité de ce professeur d’économie qui a délaissé ses cours pour se mettre au service des autres soit ainsi honorés. Il est bien aussi que le lien soit fait entre la lutte contre la pauvreté et la paix. Mais la nature du combat à mener est d’une toute autre dimension. Il s’agit de placer au cœur de toute politique, le bien être humain et non plus l’accumulation du capital. Cela nécessiterait de reconnaître la production agricole et alimentaire, l’accès à l’eau, à la santé, à l’éducation pour toutes et tous comme des biens et des droits humains universels imprescriptibles. En conséquence, ils ne devraient plus faire l’objet des discussions des grands marchands internationaux à l’Organisation mondiale du commerce. Comment continuer d’accepter que la « régulation mondiale » pour l’agriculture et l’alimentation se fasse par la concentration agraire, la mise en jachère des terres, la pression à la baisse sur les prix agricoles à la production, le surendettement des petits et moyens paysans dans les pays développés, la privation de terres pour les paysans du Sud, premières victimes de la famine ? En fait, les multinationales et les banques organisent la mise en concurrence généralisée des paysans du monde entier alors que leurs conditions de production sont radicalement différentes, pour obtenir la diminution des prix à la production. Les paysans du tiers monde sont contraints de produire des cultures d’exportation qui viennent concurrencer les producteurs du Nord. Cela se fait au détriment de leurs cultures vivrières. En retour, les multinationales se font subventionner pour exporter des produits alimentaires dans les pays du Sud, les rendant ainsi toujours plus dépendants. Les modifications successives de la politique agricole européenne, sous la pression de l’OMC et des dirigeants des Etats-Unis, n’ont pour objet unique que de servir ces quelques grands trusts transnationaux dominant les marchés mondiaux. Ainsi, seulement quatre multinationales se partagent 90 % du commerce mondial des céréales. Deux ou trois contrôlent le marché de la banane, du riz, ou du cacao.Il n’y a pas d’issue véritable pour éradiquer la famine, la malnutrition, la misère, sans des transformations radicales.

Annuler les dettes des pays pauvres devient un impératif. Une taxation légère des 1 500 milliards de spéculation financière quotidienne permettrait de résoudre les problèmes de l’accès à l’eau, à la santé, à l’alimentation. Il faut engager un grand plan mondial coordonné pour permettre aux paysans d’accéder a la terre. Une coopération entre pays ou entre continents doit être impulsée sur la base d’un système de préférence continental, inspiré d’une préférence communautaire rénovée. Cela impliquerait la définition de prix mondiaux de base pour des quantités données de production. Enfin les principes de sécurité et de souveraineté alimentaire devrait prévaloir dans tous les échanges internationaux. Il serait possible de libérer le monde de la faim si on ne consacrait que le dixième des dépenses de surarmement à la lutte contre l’extrême pauvreté et la malnutrition. Construire un monde meilleur, débarrassé de la famine, de la misère, appelle une lutte sans merci pour réorienter l’argent des profits vers les êtres humains ; faire cesser la ruineuse course aux armements ; sortir l’agriculture et l’alimentation des marchandages internationaux de l’Organisation mondiale du commerce. La vie de milliards d’êtres humains en dépend.

par Patrick Le Hyaric
Tag(s) : #GEOGRAPHIE