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Développement durable, la troisième dimension

 Vingt-cinq ans après le rapport Brundtland, que l’on peut considérer comme fondateur de la démarche, la notion de « développement durable » est désormais installée dans le débat public. L’expression recouvre un spectre d’approches extrêmement larges. Une majorité de citoyens y voient d’abord une visée écologiste. Il s’agirait avant tout de préserver les conditions environnementales d’une vie humaine sur terre. Une seconde dimension s’est rapidement ajoutée, prenant en compte la préoccupation d’un développement économique soutenable sur le long terme. Tous les besoins sont loin d’être satisfaits, a fortiori lorsque l’on se tourne vers les pays du tiers-monde et les immenses zones de pauvreté qui se développent en Europe et aux États-Unis. Il ne s’agit donc pas de stopper la croissance mais d’en repenser le contenu. Par contre, la dimension sociale est jusqu’à présent demeurée le parent pauvre du développement durable.

Le mérite du livre de Rémi Bazillier est de remettre la question sociale au centre de la problématique. Mieux, l’auteur ne se contente pas de rappeler l’importance de la question sociale en général. Il affronte le problème en mettant le travail, l’accès à un emploi décent et à la protection sociale partout dans le monde, au cœur de la question du développement durable. Il est évident que de bonnes conditions de travail participent à la construction de bonnes conditions de vie pour les individus. Mais, au-delà de ce constat, l’auteur estime qu’un travail décent, au sens de l’Organisation internationale du travail (OIT), « peut être considéré comme le fondement de la dimension sociale du développement durable ». Nous retrouvons ainsi l’inspiration initiale du rapport Brundtland estimant que « le travail est bien le moyen de satisfaire les besoins humains essentiels ».

Reste que l’auteur, s’il critique la logique libérale, ne l’affronte pas vraiment. La mise en valeur « des multiples complémentarités entre le social et l’économique, améliorant la soutenabilité du processus de développement » esquive l’obstacle des logiques de profit qui effectivement interdisent toute réponse à la contradiction principale. La démonstration s’affaiblit nettement lorsque l’analyse assimile le travail à un « capital social ». Le travail n’est plus considéré dans sa dimension anthropologique en tant que processus d’accomplissement humain. L’articulation des différentes préoccupations qui nécessiterait de s’interroger sur les critères de gestion des entreprises et le contenu des politiques publiques se fait alors dans les mots. L’ambition subversive de l’essai touche alors ses limites.

Jean-Christophe le Duigou

URL source: http://www.humanite.fr/tribunes/developpement-durable-la-troisieme-dimension-480315

Tag(s) : #Economie