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« Changer de président ne suffira pas en soi »

 

Bernard Thibault : « Le vote CGT est celui qui porte le message le plus clair au pouvoir politique actuel ». photo RA
Bernard Thibault : « Le vote CGT est celui qui porte le message le plus clair au pouvoir politique actuel ». photo RA

Le secrétaire général de la CGT, BERNARD THIBAULT en visite à Montpellier vient évoquer les mobilisations à venir et la nécessité de l’action syndicale avant, pendant et après l’élection.

Bernard Thibault est à Montpellier aujourd’hui où il rencontrera notamment des salariés de France Télécom et du CHU. Il a bien voulu répondre à nos questions.


Vous venez rencontrer des fonctionnaires à Montpellier. Allez-vous commenter les propos de M. Sarkozy à leur encontre ?
Je leur dirai que d’une part ils lui ont permis de ne pas répondre aux revendications posées par nos collègues de l’éducation, d’autre part ils ont montré son ignorance de la nature des emplois qui sont occupés dans l’éducation nationale : tout le monde n’y est pas fonctionnaire, il y a beaucoup de contractuels. Enfin, sa déclaration vise à une division entre les salariés. L’intérêt de ceux du privé serait opposé à l’intérêt de ceux du public alors qu’on est sur un enjeu de service public lorsqu’on parle de l’Education nationale, de la santé. Je viens au CHU de Montpellier. Là aussi le sous-effectif est prégnant et ça a des répercussions sur l’ensemble de la population. Nous avons affaire à un chef de l’Etat qui évite d’apporter des réponses aux problèmes qui sont réellement posés, qui essaye de disqualifier les mobilisations. Ce qui explique pourquoi le fossé ne fait que se creuser entre les attentes des salariés et ce qu’il fait aujourd’hui.


Vous venez aussi dans le cadre des élections professionnelles de la fonction publique. Quel en est l’enjeu pour la CGT ?
Avec ces déplacements, nos objectifs principaux sont les manifestations qui sont à l’agenda. Je rappelle que le 6 octobre, nous organisons une journée de mobilisation des retraités avec les autres organisations syndicales, notamment pour la revalorisation des pensions, et le 11 octobre une grande journée de mobilisation interprofessionnelle. L’autre aspect c’est effectivement les élections professionnelles dans la fonction publique. Elles sont une première puisque l’ensemble des fonctionnaires vont voter le même jour pour désigner leurs représentants et au-delà pour la première fois aussi, les personnels contractuels vont pouvoir participer à ce scrutin. C’est quelque chose que nous avons obtenu dans la négociation. Donc nous avons besoin de les informer de ce vote tout à fait nouveau mis à leur disposition. Mes visites ont naturellement pour but de vanter les mérites du vote CGT. Le vote qui nous apparaît syndicalement comme portant le message le plus clair au pouvoir politique actuel.

François Fillon veut porter l’âge de la retraite à 67 ans, le gouvernement met en place un plan de rigueur… comment comptez-vous résister à ces menaces ?
Nous n’avons pas d’autre choix que d’essayer d’enrayer cette spirale infernale. Comme le font nos homologues syndicalistes dans les autres pays européens. Contrairement à ce que dit le gouvernement français il n’y a pas qu’en France que les salariés refusent l’austérité. Il y a des manifestations en Italie, en Espagne, en Grèce bien évidemment, en Grande-Bretagne, où une journée de grève a été décidée, en Pologne, en Hongrie – là la grève a été interdite – en Roumanie… On est loin d’être isolés dans notre refus de l’austérité qui se généralise en Europe, parce que cette austérité sociale est justement à l’origine de la crise économique globale. La crise n’est pas uniquement financière, c’est la crise d’un mode de développement qui sacrifie la dimension sociale, la reconnaissance du travail salarié, par une politique de bas salaires et de mise en concurrence. On ne risque rien à se mobiliser sauf à changer les décisions qu’on veut nous imposer aujourd’hui.

Justement le 11 octobre fait partie des actions pour arrêter la spirale infernale dont vous parlez. Vous attendez-vous à une grosse mobilisation ?
C’est encore tôt pour le dire. Vous savez qu’il y a eu débat entre syndicats pour décider ce qu’il convenait d’organiser ce jour-là et singulièrement avec nos amis de la CFDT qui hésitaient à aller jusqu’au principe de manifestations et d’arrêts de travail. Aujourd’hui on peut dire qu’il y aura des manifestations et nous sommes dans la phase où les arrêts de travail sont en train de se décider, entreprise par entreprise. Ca monte en puissance.


Comptez-vous sur l’élection présidentielle pour changer les choses ? Et la CGT prendra-t-elle position d’une manière différente des autres fois ?
Même si on n’est pas dans la compétition électorale proprement dite, comme première force syndicale des salariés du pays nous aurons des choses à dire. D’abord sur le bilan du président de la République qui prétendra sans doute à un nouveau mandat. Nous nous exprimerons aussi sur les besoins de transformation structurelle que nous attendons et à ce titre-là nous avons défini dix exigences qui touchent à l’économique et au social. Mais en même temps, nous dirons aux salariés que l’action syndicale dans les entreprises ne sera pas moins importante avant, pendant et après l’élection présidentielle. Autrement dit, nous n’entretiendrons pas l’illusion qu’en soi l’élection présidentielle suffit à changer les rapports entre capital et travail aussi profondément qu’on l’attend.

Ca ne sera pas le plus facile..
Non, mais on essaiera et je pense que beaucoup partageront cette idée qu’il faut qu’on occupe ce créneau. Il n’y a aucune raison de ne pas exprimer notre mécontentement au motif qu’il y a une future élection parce que la situation s’aggrave de semaine en semaine, du point de vue du chômage, du pouvoir d’achat, de l’avenir industriel du pays, la liste des entreprises qui ferment continue de s’allonger. Donc il n’y a aucune raison de laisser faire en attendant l’élection. Et en même temps, ne pas laisser penser qu’un changement de président de la République suffit en soi, ne veut pas dire naturellement qu’il faille faire en sorte que l’actuel président puisse renouveler son mandat.


PROPOS RECUEILLIS ANNIE MENRAS

 

Article paru dans la Marseillaise du jeudi 29 septembre 2011

Tag(s) : #Société