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Article paru le 23 avril 2010 dans l'Humanité
La perspective d’un bain de sang à Bang-kok s’est renforcée hier après les menaces à peine voilées de l’armée d’une intervention imminente pour disperser les manifestants antigouvernementaux, qui ont transformé le centre de la capitale en camp retranché. « Afin de disperser la foule, les autorités prendront des mesures décisives et ce sera le chaos », a assuré le colonel Sunsern Kaewkumnerd. Depuis lundi, les manifestants font face à des soldats armés de fusils d’assaut qui ont pris position pour les empêcher d’étendre encore leur territoire. Le pays tout entier redoute une répression sanglante après une première tentative ratée des militaires, le 10 avril, pour déloger les chemises rouges. Les affrontements avaient fait 25 morts (19 civils, 5 militaires et 1 journaliste japonais) et plus de 800 blessés. Le porte-parole de l’armée a lancé un avertissement aux contestataires, qui exigent la démission du premier ministre, des élections anticipées et le retour à la situation constitutionnelle d’avant le putsch de 2006. L’hypothèse d’une intervention armée est d’autant plus plausible qu’à l’impasse politique s’ajoute une tension sociale de plus en plus forte. Chaque nuit, quelques centaines de manifestants pro-gouvernement, qui se proclament « sans couleur », et dont certains sont des habitants du quartier, provoquent les rouges avec des insultes et des jets de pierres et de bouteilles.
Chemises rouges contre chemises jaunes
Dimanche dernier, les chemises jaunes royalistes, ennemis jurés des rouges, ont donné sept jours au gouvernement d’Abhisit Vejjajiva pour en finir avec le mouvement, dont la majorité des membres, à l’origine issus des couches populaires du nord et du nord-est du pays, s’étoffe des couches urbaines les plus défavorisées.
Les manifestations ont par ailleurs gagné la ville de Khon Kaen, un des bastions des rouges, dans le nord-est du pays. Un millier d’opposants bloquent depuis mercredi un train transportant des soldats et du matériel dans la gare de cette capitale provinciale. Dans la nuit, quelques centaines d’autres ont aussi forcé trois bus de militaires à regagner leur casernes. « L’incident a pris fin lorsque les 150 soldats ont accepté de repartir dans leur base, à Udon Thani », a indiqué le commandant de la police provinciale de Khon Kaen. Mais le blocage du train menace de s’enliser. Les leaders rouges ont ordonné à leurs sympathisants dans la région d’affluer vers la gare pour y renforcer leur présence.
Après avoir demandé, lundi, une audience au roi Bhumibol, quatre-vingt-deux ans, figure immensément respectée, qui est hospitalisé depuis septembre, l’opposition a déclaré, jeudi, qu’elle souhaitait l’intervention d’« une force de maintien de la paix » des Nations unies. Une lettre adressée au secrétaire général Ban Ki-moon, sera remise en ce sens à la représentation de l’ONU à Bangkok. Le porte-parole de l’armée a jugé cette demande inopportune. « Il s’agit d’une affaire intérieure », a affirmé Sunsern, appelant les manifestants « innocents » à rentrer chez eux.
Dominique Bari
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