Détournements de fonds publics, fausses factures, bakchichs, montres et voitures de luxe, affaires d’espionnage politique… En Espagne, les scandales se suivent et se répètent, levant ainsi le voile sur l’ampleur des magouilles politico-financières. Selon le quotidien de droite El Mundo, la corruption politique, liée à la spéculation immobilière qui a largement contribué à doper la croissance économique du pays pendant des années, aurait détourné 4,12 milliards d’euros rien que ces dix dernières années. Le tour de passe-passe préféré des élus de droite comme de gauche consistait à requalifier illégalement des terrains vendus à des constructeurs et à des promoteurs immobiliers tout aussi véreux, en échange de généreux pots-de-vin.
Près d’une trentaine de procédures ont mis au jour ces pratiques mafieuses dans lesquelles ont trempé les deux grandes formations politiques, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), et plus particulièrement le Parti populaire (PP, droite). Ce dernier, qui se déchire depuis des mois, est sur la corde raide après que l’affaire Gürtel a éclaté au grand jour. Près de 17 conservateurs sont soupçonnés d’avoir touché quelque 5,5 millions d’euros pour avoir attribué des marchés à un réseau d’entreprises présumé proche du PP avec, à sa tête, un certain Francisco Correa, connu dans le milieu comme « Don Vito ». Pâle copie du Parrain, ce scandale a entraîné dans son sillage le président de la communauté autonome de Valence (est), Francisco Camps, allié du président du PP, Mariano Rajoy. Depuis les « populaires » lavent leur linge sale en public, au grand bonheur du journal de centre gauche ( ?), El Pais, non content de tirer à boulets rouges sur l’opposition.
La guerre clanique qui oppose Rajoy à la très réactionnaire présidente de la communauté autonome de Madrid, Esperanza Aguirre, elle-même en conflit ouvert avec le maire de la capitale, Alberto Ruiz-Gallardon, donne la mesure du chaos. Les divergences politiques cachent mal le véritable bras de fer qui oppose ces barons, à savoir la mainmise politique sur la formation mais surtout le contrôle de puissants leviers économiques. En témoigne la manière dont ces trois-là s’écharpent sur le choix du futur président de la caisse d’épargne Caja Madrid, quatrième entitée financière de l’Espagne.
Les scandales à répétition, les combats de coqs et autres affaires de gros sous n’arrangent pas Mariano Rajoy mais ne profitent pas non plus au président du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero. Pis, ils alimentent un sentiment, déjà répandu, de suspicion, voire de dégoût, à l’égard du système politique auprès d’une opinion publique inquiète de l’aggravation de la crise économique, à l’heure où le chômage frôle les 19 %.
Cathy Ceïbe
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