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Arsenic et vieilles recettes pour les retraites

mercredi 19 mai 2010 / "le Patriote"

Le dossier des retraites fait légitimement la Une de l’actualité sociale. La publication par le gouvernement de son "Document d’orientation" confirme son objectif essentiel faire cotiser et travailler plus longtemps les salariés. Pour les organisations syndicales, politiques de gauche, et associations citoyennes, le document gouvernemental comporte de nombreux mensonges et habillages trompeurs.


Travailler plus


Le texte gouvernemental est clair " le Gouvernement fera de l’augmentation de la durée d’activité le socle d’une réponse durable et juste au déséquilibre des régimes de retraite.

Premier levier : l’augmentation de la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein.

Deuxième levier : l’augmentation de l’âge d’ouverture des droits à retraite.

Troisième levier : le renforcement des incitations à liquider sa pension de retraite au delà de l’âge de 60 ans".

Epousant les thèses du MEDEF, c’est pour le gouvernement un problème essentiellement d’ordre "démographique" et son document exclu au nom de la "compétitivité", toute recherche de reforme du financement du côté des entreprises ou d’un rééquilibrage du partage des richesses entre les salaires et les dividendes.

Aucun regard sur l’inefficacité des "exonérations de charges" ( 30 milliards d’euros en 2010), rien non plus pour impliquer les revenus financiers des entreprises ( une cotisation au même taux que sur les salaires rapporterait 22 milliards d’euros ), un tabou total sur la part patronale des cotisations salariales.

Rien non plus sur cet élément décisif que représenterait une politique salariale et d’emploi qualifié dynamique. Le chômage des 20-30 ans, et le sous emploi massif des 50-60 ans, alliés au bas salaires, étant au coeur du manque de recettes actuel de la protection sociale. Rien que de vieilles recettes et du poison pour le monde du travail condamner au recul perpétuel de ces droits.


Quelle contribution sur les hauts revenus ?


Médias complaisants et experts bien pensants se relaient en boucle depuis lundi pour explique que le texte gouvernemental serait empreint de justice car faisant contribuer les hauts revenus et le capital. Alors parlons clair. Patrick Artus, directeur des études économiques chez Natexis et peu suspect d’un collectivisme outrancier indique dans Le Monde du 17 mai « procéder à une grande réforme fiscale en alignant la taxation des revenus du capital sur celle du travail pourrait rapporter 100 milliards d’euros sans dégâts économiques puisque ces revenus sont épargnés ». On est très loin de la contribution évoquée par le gouvernement, généralement évaluée à 2 à 3 milliards d’euros, et portant principalement sur les personnes physiques et non sur les personnes morales.

Après avoir exclu « tout nouveau prélèvement » et décrit le « bouclier fiscal » comme une "ligne rouge à ne pas franchir", la proposition du gouvernement est surtout le reflet d’une gène vis à vis de l’injustice ressentie de sa politique. Mais les ressorts de sa politique relève de la célèbre recette du pâté de cheval et d’alouette. Traitement de cheval contre le monde du travail, une alouette écornant à peine les revenus du capital.


Un mensonge total


Le pire est que tout ce dispositif est présenté au nom de la préservation du régime par répartition et du maintient des pensions. Or l’érosion des pensions et notamment du taux de remplacement lors du départ en retraite, a déjà commencé avec les lois Balladur et Fillon de 1993 et 2003. C’est ainsi une baisse de l’ordre de 20% des pensions qui est engagée, pénalisant particulièrement les femmes et les jeunes. Un nouvel allongement des durées de cotisations ne ferait qu’aggraver le phénomène.

Déjà des millions de retraités vivent de "petites retraites", de moins de 1000 euros. Quelle situation demain, quand une retraite à taux plein sera encore plus inaccessible ? C’est à la fois une question d’urgence, comme de civilisation et de choix de société.

Au final, et comme le souligne l’association ATTAC, c’est la porte ouverte à des "assurances complémentaires par capitalisation, uniquement pour ceux qui auront les moyens d’y souscrire" et une réforme qui est annoncée non "pour préserver la solidarité" mais pour donner de nouveaux gages aux marchés financiers. Le porte parole du PCF souligne lui que " Ce plan s’inscrit dans un plan d’austérité aux mesures socialement et économiquement dangereuses. En Grèce comme en France, en Europe, refusons que nos pays emboîtent le pas de cette capitulation devant les profiteurs de la crise." Ainsi convergent les motifs d’assurer la plus grande audience aux mobilisations du 27 mai.

Jean Paul Duparc


27 mai L’Appel syndical

Emploi, salaires, retraite : tous mobilisés, rassemblés et exigeants ! Extrait du communiqué commun CFDT, CGT, FSU, Solidaires, UNSA « Dans un contexte économique et social caractérisé par une situation de l’emploi dégradée, des difficultés de pouvoir d’achat et une aggravation des conditions de travail pour de nombreux salariés, dans le public et dans le privé, en France et en Europe, les organisations syndicales CFDT, CGT, FSU, Solidaires, UNSA réaffirment que la sortie de crise passe par des politiques publiques en faveur d’une relance économique intégrant la satisfaction des besoins sociaux. ( ) Les organisations syndicales ( ) considèrent que la réduction des déficits ne peut être envisagée sans assurer la cohésion sociale et la réduction des inégalités, en particulier par une fiscalité plus redistributive. Concernant les retraites, elles rappellent que l’emploi "en quantité, en qualité et qualifié, reconnu et valorisé" doit devenir une priorité dans les entreprises et les administrations pour redonner du sens au travail, à la société toute entière. C’est une source de financement incontournable pour assurer le devenir et la pérennité de notre système de retraites par répartition basé sur la solidarité intergénérationnelle. Une plus juste répartition des richesses, la réduction des inégalités, l’égalité entre les Femmes et les Hommes au travail s’imposent aussi pour garantir à tous un bon niveau de vie à la retraite. L’âge légal de départ en retraite à 60 ans doit être maintenu. La pénibilité du travail doit être reconnue et ouvrir des droits à un départ anticipé à la retraite. La concertation en cours, le calendrier extrêmement serré imposé n’offrent pas une qualité de dialogue social acceptable pour répondre à un tel enjeu de société, d’autant que les seuls éléments de la réforme proposée restent le recul de l’âge légal de départ à la retraite et l’allongement de la durée de cotisation dans un cadre budgétaire constant.

Pour toutes ces raisons et dans un cadre unitaire, les organisations syndicales CFDT, CGT, FSU, Solidaires, UNSA appellent les salariés, les retraités, les jeunes et les privés d’emploi à une journée nationale de mobilisation le jeudi 27 mai 2010 pour interpeller ensemble les pouvoirs publics, tous les employeurs et peser sur les choix à venir. »


Dans la Fonction Publique


A la suite de l’annonce du gel des dépenses publiques ( et même des diminutions des dépenses de fonctionnement et d’intervention ), les organisations syndicales de la Fonction Publique ont précisé dans un communiqué le 12 mai :

« Dans un contexte de crise économique et sociale qui touche l’ensemble des salariés du public et du privé, le gouvernement vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour les trois années à venir. Ces orientations vont faire peser davantage encore sur les salariés les conséquences de la crise. Les mesures annoncées dégraderont les services rendus aux usagers et les conditions de travail et de rémunération des personnels. Les organisations syndicales de la Fonction publique CFDT, CFTC, CGT, FSU, UNSA, SOLIDAIRES dénoncent cette politique qui aggravera la situation de l’emploi public avec la poursuite du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Elles affirment au contraire que des améliorations sont indispensables pour assurer les besoins de toute la population sur l’ensemble du territoire. »

Après le document d’orientation remis par le gouvernement, les organisations syndicales réagissent également. Par exemple la FSU indique " Derrière un habillage qui se veut rassurant, il manœuvre pour contenir une mobilisation qui s’amplifie mais confirme ses orientations dangereuses pour le niveau des pensions. Ainsi, il affirme vouloir « écarter toute solution qui baisserait le niveau de vie des Français ou augmenterait le chômage ». Mais il se situe dans la droite ligne des réformes précédentes qui ont déjà eu cette conséquence."


Emploi, salaires, retraite


Faire entendre les exigences du monde du travail Tous rassemblés

Jeudi 27 mai à 10 Place Masséna à NIce

Par laurentval83 - Publié dans : Retraites
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