Partager l'article ! Après le vote 800000 manifestants en France: Article paru le 24 mars 2010 dans l'Humanité Après le vote, l’avertissement syndical à Sarko ...
L e rendez-vous était attendu, et beaucoup de commentateurs croyaient pouvoir pronostiquer un ratage. Perdu ! Quarante-huit heures après avoir utilisé le bulletin de vote, des centaines de milliers de salariés se sont emparés de la journée d’action interprofessionnelle organisée par les syndicats pour presser le gouvernement de changer de cap. Des cortèges souvent nombreux et toniques, à l’image des 50 000 manifestants réunis à Marseille (12 000 selon la police), 60 000 à Paris, 20 000 à Bordeaux, plus de 15 000 à Lyon et Grenoble, 25 000 à Nantes… Sans oublier de nombreuses villes moyennes ou petites (on a dénombré 180 manifs et rassemblements sur tout le territoire) où la participation, au regard de la population, était aussi remarquable. Des pourcentages de grévistes significatifs dans la fonction publique, comme à l’Éducation nationale (52 % dans le primaire, selon le Snuipp-FSU, 40 % dans le secondaire selon le Snes) ou aux impôts (40 % d’après le Snui), et dans des entreprises publiques telle la SNCF (32,45 %, avec « des taux très importants » chez les conducteurs, précisait la CGT cheminots)… Ajoutons à cela la présence de nombreuses enseignes du secteur privé dans les défilés – comme, à Bordeaux, ceux d’EADS, de Conforama, d’Air France, de Sanofi-Aventis et Ford –, et l’on avait, hier après-midi, une première photographie de la journée donnant l’image d’une mobilisation plutôt réussie. D’autant que, comme l’a souligné Bernard Thibault, le mot d’ordre lancé par la CGT, la CFDT, la FSU, l’Unsa et Solidaires n’avait pratiquement pas été relayé par les médias, envahis par les élections régionales et ses suites. Et que, pour cette première relance après les puissantes journées d’action du printemps 2009, les syndicats ne partaient pas aussi unis que l’an dernier : la CFTC et la CGC avaient choisi l’abstention, et FO, le cavalier seul, la centrale de Jean-Claude Mailly faisant sa propre manif parisienne, au motif de valoriser « la mère des revendications », la défense de la retraite. De retraite, en vérité, il fut question dans l’ensemble des cortèges, avant tout pour dire « non » à la perspective d’une nouvelle réforme synonyme de sacrifices pour les assurés. Un premier message à l’intention du chef de l’État et de son nouveau ministre du Travail, Éric Woerth, en charge du dossier, dont la nomination a été très fraîchement accueillie par les leaders syndicaux (voir ci-contre). « On a sauvé les banques, je pense qu’on peut sauver les retraites », notait un manifestant bordelais, tout en précisant, pour dire sa détermination, que cette journée n’était qu’« un tour de chauffe ». Mais les manifs ont aussi fait entendre le fort ras-le-bol des fonctionnaires contre des réformes en rafale et des suppressions d’emplois aux effets délétères, tant sur les conditions de travail que sur le service rendu. À l’image des enseignants en mouvement depuis des semaines et des hospitaliers en bagarre incessante contre les restructurations.
Le ras-le-bol des salariés
Très sonore et très visible aussi, la conflictualité sur les salaires, autrement dit le refus de « payer l’addition de la crise » qu’expriment, depuis plusieurs semaines, de nombreuses luttes dans les entreprises privées. À Marseille, par exemple, ce sont les salariés de Fralib, filiale du groupe Unilever, fabriquant les thés et infusions Lipton et Éléphant à Gémenos, qui tenaient la vedette : en grève depuis trois semaines pour obtenir des hausses de salaires, ils marchaient en tête du cortège. Mais, bien souvent, dans les consciences, les différents thèmes revendicatifs étaient reliés les uns aux autres. « Résistance pour le service public, résistance pour les salaires, résistance pour les retraites », scandait-on à Paris. Et le leader de la CFDT, François Chérèque, pouvait faire observer : « Tout le monde sait très bien que le problème des retraites ne pourra pas être résolu tant qu’on n’aura pas fait chuter le chômage et remonter l’emploi dans ce pays. » Ce qui, pour autant, ne dispense pas de mesures touchant au mode de financement de la retraite, mettant notamment à contribution les revenus financiers, comme le réclame la CGT.
L’élaboration de propositions alternatives au projet régressif de Nicolas Sarkozy est certainement l’un des gros défis posés aux syndicats pour la prochaine période. En attendant, comme le pointait le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, ils peuvent se féliciter d’avoir, hier, « commencé à peser » sur le rendez-vous retraite. « Mettant en garde » l’exécutif « sur l’attitude qui consisterait à maintenir le cap des réformes antisociales et à passer en force », invitant aussi le Medef à répondre aux revendicdations, la CGT annonçait dans la soirée qu’elle proposera, lors d’une réunion intersyndicale le 30 mars, « d’autres initiatives de mobilisation coordonnées pour le mois d’avril et un 1er mai unitaire ».
Yves Housson
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