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Article paru le 31 juillet 2009 dans l'Humanité

 

Des artistes africains privés de tournée !

Visas . Faute d’obtenir l’indispensable laisser-passer dans les temps, plusieurs artistes ont dû annuler leur participation au festival Africajarc dans le Lot.


Elles s’appellent Awa et Maaté, sont plus connues sous le nom de leur groupe, les GO de Koteba. Et ont gravement déçu leurs spectateurs : ces deux musiciennes d’Abidjan n’ont pas honoré leur tournée en France, 13 dates à partir de la mi-juin. Motif, habituel et enrageant : l’ambassade de France les a convoquées pour leur remettre leur visa le 7 juillet. Donc, faute de pouvoir assurer le début de leur tournée, les artistes n’ont pu toucher l’aide du Centre national de variétés et de jazz et ont annulé leur déplacement. « Leurs dossiers, complets avaient été remis deux mois et demi auparavant », s’émeut Régine Lacan, la directrice du festival africain Africarjac dans le Lot, qui les avait programmées. Le Festival - qui comptait quelques grosses pointures en tête d’affiche pour sa onzième édition, comme Salif Keita ou Alpha Blondy - a dû revoir sa programmation en tenant compte des problèmes de visa de ses artistes : un autre groupe, du Ghana, les Susuma, n’ont pas obtenu de visa faute d’avoir pu acheter leur billet retour avant de déposer leur dossier : ils devaient n’être payés par leur agent qu’une fois en France. Deux écrivains, le Mauritanien Mbarek Ould Beyrouck et le Sénégalais Fadel Dia, soixante-dix ans, convoqué, lui, en septembre, n’ont pas eu non plus le feu vert des autorités françaises.


Des festivaliers, excédés


Outre ces tracasseries administratives et autres délais kafkaïens qui se substituent au traditionnel refus, le festival a également essuyé deux « non », pour deux éducateurs de rue du Tchad et de République démocratique du Congo, au motif que le festival ne leur offrait pas de garanties sur leur séjour en France. « Or nos artistes sont transportés, nourris chaque jour, logés », s’attriste Amadou Diagne d’Africajarc qui rappelle que « le festival s’est clos le 26 juillet et les artistes invités sont rentrés chez eux ». Des festivaliers, excédés, ont lancé une pétition pendant le festival et recueilli 936 signatures. « Nous sommes une structure de plus de deux cents personnes, tous bénévoles, et dans le rush des préparations, nous n’avons malheureusement pas les moyens de nous battre en plus pour ces visas si leurs tourneurs ne le font pas, précise la directrice du festival. D’autant que, d’année en année, nous sommes maintenant habitués à cette situation. »

Chaque année, au gré des concerts et des festivals, la problématique refait surface. La question sera donc évoquée lors des États généraux des musiques du monde qui se tiendront en septembre, à Paris. À cette occasion, le label Zone franche présentera un comité professionnel « Visas artistes » qu’il est en train de mettre en place pour résoudre ce problème récurrent : en cours de création, cette médiation, « composée d’organisateurs de festivals, de représentants des autorités, a déjà permis de résoudre quelques situations de blocage, ce n’est pas facile parce que cela repose beaucoup sur des situations de diplomatie », explique Sophie Guénebaut qui travaille pour Zone franche. Les conclusions de ce comité seront présentées en février prochain, à la Cartoucherie de Vincennes à l’occasion d’une rencontre sur la circulation des artistes.


Anne Roy

Tag(s) : #Société