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Politique - Article paru le 30 juillet 2009 dans l'humanité

 

Emploi, croissance, pouvoir d’achat : ça reste à prouver !




Économie . Un bilan ministériel de la loi de modernisation de l’économie très optimiste fabriqué à l’aide de chiffres dont la partialité criante cache la réalité.


Christine Lagarde, ministre de l’Économie, et Hervé Novelli, secrétaire d’État aux Petites et moyennes entreprises, ont présenté hier, tout sourire, le bilan de la loi de modernisation de l’économie (LME), un an après sa promulgation. Objectif annoncé : soutenir la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat. L’optimisme des deux membres du gouvernement semble exagéré, alors que le taux de chômage est actuellement au plus haut et la croissance au plus bas.

Le nouveau statut d’auto-entrepreneur, qui prône le « tout le monde patron », qui aguiche avec des rêves d’autonomie et des formalités d’adhésion « enfantines », est glorifié par Hervé Novelli. Rappelons au passage que ce régime prive l’intéressé, s’il n’est pas salarié, de toute protection sociale : ni salaire minimum, ni indemnités de licenciement, ni formation… Le bilan privilégie les démonstrations chocs : « Un an après la promulgation de la loi, 182 000 Français ont adopté le statut de l’auto-entrepreuneur », « les créations d’entreprise sont en hausse de 60 % ». Le gouvernement, qui sait choisir ses chiffres, omet de préciser le taux de défaillance de ces entreprises, pour la plupart vulnérables et éphémères. Le statut des sociétés ainsi créées demeure également occulte. Or si la majorité d’entre elles s’avèrent individuelles, les créations massives d’emplois promises peuvent se faire attendre.

Christine Lagarde revendique avec fierté les 7 millions de livrets A ouverts dans les nouveaux établissements bancaires autorisés à les recevoir depuis la LME. La ministre oublie de mentionner que la chute constante de son taux d’intérêt (4 % fin 2008 contre 1,25 % à partir d’août 2009) va nécessairement renverser la tendance. « La décollecte nette était de 1,9 milliard d’euros en mai 2009 et de 2 milliards en juin », s’inquiète Jean-Philippe Gasparotto, secrétaire général CGT du groupe Caisse des dépôts. Avec une telle tendance, l’objectif de construire 120 000 logements sociaux par an, dont le financement dépend à 80 % des ressources de ce fonds d’épargne, paraît compromis.


La baisse des prix


« Les prix des produits de grande consommation sont en baisse régulière, de 0,65 % depuis décembre 2008 », se réjouit la ministre. Et ce serait le fait de la seule LME, plus particulièrement de la libéralisation des négociations entre producteurs et distributeurs. La vérité est ici bien maquillée : cette maigre baisse des prix est en grande partie la conséquence de la réduction du prix du pétrole et des matières premières. Les négociations libres entre distributeurs et fournisseurs ont surtout instauré un rapport de forces défavorable aux producteurs. À l’exemple des agriculteurs, qui aujourd’hui sont victimes de marges abusives pratiquées par les centrales d’achat et peinent à couvrir leurs coûts de production.

La réponse ministérielle au pouvoir d’achat, quant à elle, se restreint à la montée en puissance du hard discount, permise par l’assouplissement des règles d’urbanisme commercial. Traduction : les ménages les plus modestes ont plus largement accès à la malbouffe ! La réponse ne serait-elle pas plutôt une augmentation des salaires ?


Marion Lippmann

Tag(s) : #Economie